Décryptage
200 ans d’une médecine naturelle plébiscitée

200 ans d’une médecine naturelle plébiscitée

L’homéopathie divise la communauté scientifique sur son efficacité

Publié le 01.06.2016 Nathalie Da Cruz

56 % des Français se sont déjà soignés avec l’homéopathie. En 2004, ils étaient 39 %... Pourquoi ce regain d'intérêt ? Comment fonctionne-t-elle ? Quelles sont ses règles d'utilisation et pour quelles pathologies est-elle indiquée ?

Histoire et principes de l'homéopathie

L’homéopathie a été inventée par le Dr Samuel Hahnemann au XIXe siècle. Par curiosité, Samuel Hahnemann prit un peu d’écorce de quinquina, qui avait déjà à l’époque la vertu de soigner les fièvres intermittentes et la malaria. Surprise : alors qu’il était en bonne santé, la prise de quinquina provoqua chez lui des fièvres intermittentes – bref, les symptômes censés être soignés par le quinquina ! Il répéta l’expérience sur des amis, ce qui confirma sa découverte : le remède à une maladie peut déclencher cette maladie chez une personne saine. Les recherches d’Hahnemann venaient de commencer…

En 1799, Hahnemann réussit, grâce à un remède homéopathique, à prévenir et à traiter les épidémies de scarlatine qui ravageaient l’Allemagne. Mais au XXe siècle, le développement des médicaments allopathiques et notamment les antibiotiques fit beaucoup reculer la thérapeutique d’Hahnemann. La fin du XXe siècle, avec sa cascade de scandales sanitaires, signe le retour en grâce de l’homéopathie, reconnu pour son absence d’effets secondaires.

Aujourd’hui environ 27 millions de Français ont recours à l’homéopathie.

Bien que cette médecine demeure décriée par une certaine partie de la communauté scientifique, elle est aujourd’hui intégrée aux systèmes de santé publique de plusieurs pays, tels que l’Allemagne, l’Angleterre, l’Inde, le Pakistan, le Sri Lanka et le Mexique. En France, elle bénéficie de la reconnaissance de l’Ordre des médecins, est remboursée par la Sécurité sociale et enseignée à l’université. Sur les 220 000 médecins français, on compte environ 5000 médecins homéopathes dans l’Hexagone.

Quels sont les deux grands principes de l'homéopathie ?

  • La loi de similitude (« Homeos » = semblable ou similaire)

Pour qu’un produit homéopathique soit efficace, il doit provoquer chez une personne saine des symptômes identiques à ceux qui caractérisent la maladie. Cette notion de similitude est également la base des vaccins : afin de provoquer la fabrication d’anticorps, on transmet une partie de la maladie à l’organisme. Ainsi le traitement des piqûres d’abeille s’obtient en diluant du venin d’abeille qu’on administre au patient à de très faibles doses. Vous souffrez d’allergie ? Pollen (dilution de pollen) sera votre remède. La loi de similitude s’oppose à l’approche médicale classique qui, pour combattre la maladie, se base sur des médicaments dont le but est d’éliminer les symptômes ou de détruire les agresseurs : un antibiotique détruit les bactéries, un antiacide soigne l’hyperacidité gastrique… L’homéopathie se base sur le postulat suivant : le corps possède en lui la force de générer un processus naturel de guérison. Il importe plus de trouver les moyens de stimuler ce processus que de connaître l’agent pathogène spécifique.

  • Le procédé des dilutions

Les remèdes homéopathiques sont dilués plusieurs fois dans de l’eau ou dans un mélange d’eau et d’alcool. Entre les dilutions successives, on administre au remède une série de secousses énergiques (appelées « succussions ») dans le but de le « dynamiser »
Une préparation homéopathique qui porte la mention 6X désigne un remède dans lequel l’extrait original a été dilué dans une proportion de 10 pour 1, à 6 reprises. C’est ce qu’on appelle une basse dilution ou une dilution décimale. À chacune des six étapes, le mélange a été dynamisé en lui imprimant un certain nombre de secousses. On trouve également des dilutions centésimales (proportion de 100 pour 1 à chaque dilution) qui sont désignées par la lettre C, et des dilutions millisimales portant la lettre M (1 000 pour 1). Ces deux derniers types de préparation constituent de hautes dilutions, qui sont les remèdes les plus puissants.Exemple : ingéré à faible dose, l’arnica donne simplement des crampes ; à forte dose, un vrai malaise avec vomissements, étourdissements… Un sportif courbaturé prendra donc Arnica Montana 5 ou 7 CH, tandis qu’une personne sous le coup d’une forte émotion et prête à défaillir devra prendre Arnica 30 CH.
A savoir : CH signifie « centésimale hahnemannienne ».

Quels sont les produits-souches ? Que dilue-t-on ?

Les produits souches utilisés peuvent être d’origine végétale, animale ou minérale. Parfois, la relation entre le produit et l’affection traitée paraît assez logique. Mais pas toujours !

Jolie plante à fleur jaune, reconnaissable à son feuillage touffu à la base, l’arnica des montagnes, que les randonneurs peuvent croiser sur leur chemin, est traditionnellement utilisée contre les petits traumatismes, comme les entorses ou les contusions. En homéopathie, Arnica Montana possède la même vertu.

Autre exemple : tiré de l’arsenic, un métal lourd très toxique, le médicament Arsenicum album est recommandé contre certaines maladies de peau et divers types de rhume. Le lien entre le produit et l’affection ne semble pas évident dans ce cas-là !

Plante née en Amérique tropicale, le jasmin jaune, ou Gelsemium sempervirens provoque des paralysies à haute dose. Il était autrefois utilisé comme tel par les Amérindiens lors de rites sacrificiels. A dose… homéopathique, Gelsemium sempervirens est recommandé pour lutter contre le trac et l’anxiété. Mais, pour certains patients, selon le principe de l’individualisation, il peut être prescrit contre le syndrome grippal et la migraine ophtalmique.

Pour quelles pathologies et aires thérapeutiques l'homéopathie est-elle indiquée ?

Les patients ont souvent recours à la médecine homéopathique pour des maladies chroniques et les petits bobos. L’homéopathie agit en effet pour « modifier le terrain » chez des personnes souffrant d’affections ORL à répétition (rhinites, rhinopharyngites, otites), ou atteintes de maladies de la thyroïde ou de diabète.

Si le traitement n’entraîne pas toujours la guérison, il peut au moins ralentir la progression de la maladie, en atténuer les symptômes, ou renforcer l’organisme lorsqu’il subit les assauts répétés d’une maladie incurable.

Mais l’homéopathie peut aussi agir dans les situations de maladie aiguë… y compris le cancer. En 2010, une étude publiée par le prestigieux M.D. Anderson Cancer Center, aux Etats-Unis, a mis en évidence que quatre préparations homéopathiques différentes pouvaient détruire en laboratoire des cellules du sein cancéreuses. L’action de deux d’entre elles s’est révélée similaire à celle du paclitaxel (Taxol), un produit de chimiothérapie très utilisé. Les auteurs ont conclu que ces remèdes semblaient prometteurs d’un point de vue préventif et thérapeutique (1).

Par ailleurs, des études font état d’une certaine efficacité de l’homéopathie pour :

  • contribuer au rétablissement postopératoire des fonctions de l’intestin. Une méta-analyse menée en 1997, incluant près de 800 patients, indique qu’un traitement homéopathique réduit le temps requis pour un retour à la normale des contractions intestinales, comparativement à un placebo (2) ;
  • réduire les effets secondaires des traitements du cancer : selon une revue systématique réalisée en 2009, l’action de l’homéopathie se révèle encourageante pour réduire les effets de la chimiothérapie, de la radiothérapie et des symptômes ménopausiques chez les femmes traitées pour un cancer du sein (3), même si d’autres études doivent être produites pour attester leur efficacité.
  • soulager les enfants souffrant de diarrhée : la durée des diarrhées est réduite de 15 à 20 % par rapport au recours à un placebo (4) ;
  • atténuer les symptômes de l’arthrose : un gel homéopathique possède une efficacité au moins équivalente au produit anti-inflammatoire classique (5) ;
  • contribuer au soulagement des symptômes de la fibromyalgie. Dans le cadre d’une expérience à double insu, des chercheurs ont mesuré des différences significatives entre les électroencéphalogrammes de patients atteints de fibromyalgie ayant pris un produit homéopathique ou un placebo (6) ;
  • mais aussi réduire les symptômes de la ménopause, soulager le syndrome prémenstruel, traiter les céphalées et les migraines.

En résumé, l'homéopathie est-elle efficace ?

Difficile de répondre de manière tranchée à cette question.

« La controverse sur l’efficacité clinique des traitements homéopathiques perdure depuis des décennies pour deux raisons, explique le docteur Bernard Poitevin, président de l’Association française de la recherche en homéopathie. D’abord, les études qui concluent à un effet significatif de l’homéopathie sont difficiles à reproduire. En cause, l’individualisation du traitement homéopathique, qui s’adapte à la maladie et à chaque patient. Ceci explique les difficultés d’évaluation et les batailles d’experts sont souvent partisanes qui méconnaissent les conditions réelles d’utilisation de l’homéopathie. Deuxième raison : il n’y a pas d’organisme de recherche indépendant sur l’homéopathie en France. Seule l’expertise d’une structure hospitalo-universitaire pourrait permettre de régler ce problème de fond. Comment justifier qu’il n’y ait pas d’argent public dédié à l’évaluation de l’homéopathie, vu le nombre de Français qui l’utilisent ? »

Ainsi, entre analyses contradictoires ou études lacunaires, faute d’un nombre suffisant de patients inclus ou d’études complémentaires pour les valider, les détracteurs de l’homéopathie ont des arguments. Pour eux, l’homéopathie aurait un seul effet placebo. En 2005, une méta-analyse publiée dans la revue The Lancet concluait que l’homéopathie n’avait pas plus d’effet qu’un placebo (7). Cette étude a été très médiatisée. En 2013 et 2014, à l’inverse, deux études anglaises concluent à une efficacité supérieure au placebo (8) ! Une récente étude menée en Australie en mars 2015 dit le contraire. Le Dr Bernard Poitevin publiera d’ailleurs prochainement une analyse des résultats australiens.

Aujourd’hui, un certain nombre d’études montrent qu’on ne peut pas décrédibiliser l’homéopathie. Mais, dans le même temps, on ne peut arguer de son efficacité avec certitude. L’homéopathie peut donc être conseillée, seule ou en complément de médicaments allopathiques, aux patients qui sont intéressés. Si de nombreux guides de l’homéopathie existent, le mieux est de consulter un médecin homéopathe pour bénéficier d’une prescription précise et ciblée.

Notes

    1.  Barnes J, Resch KL, Ernst E. Homeopathy for postoperative ileus? A meta-analysis. J Clin Gastroenterol. 1997;25(4):628-33.
  1.  Electroencephalographic cordance patterns distinguish exceptional clinical responders with fibromyalgia to individualized homeopathic medicines. Bell IR, Lewis DA 2nd, et al. J Altern Complement Med. 2004 Apr;10(2):285-99 –  EEG alpha sensitization in individualized homeopathic treatment of fibromyalgia. Bell IR, Lewis DA 2nd, et al. Int J Neurosci. 2004 Sep;114(9):1195-220.
  2. Shang A, Huwiler-Müntener K, Nartey L, Jüni P, Dörig S, Sterne JA, Pewsner D, Egger M. Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy. Lancet. 2005 Aug 27-Sep 2;366(9487):726-32.
  3.  Mathie RT, Hacke D, Clausen J, Nicolai T, Riley DS, Fisher P. Randomised controlled trials of homeopathy in humans: characterising the research journal literature for systematic review. Homeopathy. 2013 Jan;102(1):3-24 – Robert T Mathie, Suzanne M Lloyd, Lynn A Legg, and al, Randomised placebo-controlled trials of individualised homeopathic treatment: systematic review and meta-analysis. Syst Rev. 2014; 3: 142.
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