Décryptage
Douleurs, extrême fatigue : si c’était la fibromyalgie?

Douleurs, extrême fatigue : si c’était la fibromyalgie?

Un programme pour se soigner

Publié le 15.06.2018Hortense Meltz

Vous souffrez de douleurs chroniques, parfois très intenses, d’un épuisement permanent, à la fois physique et moral, associé à une multitude de troubles : du sommeil, digestif, cognitif, état dépressif… Sans le savoir, vous êtes peut-être atteint de fibromyalgie.

Reconnue par l’Organisation mondiale de la santé en 1992, la fibromyalgie est une maladie encore peu identifiée alors qu’elle toucherait de 2 à 2,5 millions de personnes en France, dont 200 000 dans un état grave. Elle a toutefois été médiatisée en septembre 2017, quand Lady Gaga a annoncé qu’elle mettait fin à sa tournée mondiale, car elle souffrait, à 31 ans, de fibromyalgie : « La douleur chronique a changé ma vie et ces symptômes m’empêchent de mener une existence normale. »

La maladie est délicate à diagnostiquer, car ses manifestations sont nombreuses et d’intensité variable. Elle laisse également peu de traces perceptibles dans les analyses biologiques ou sur les clichés d’imagerie médicale classiques (radio, échographie…). Si la douleur est le premier symptôme, la fatigue et l’usure morale sont aussi très présentes. Se greffent à ce trio une dizaine de symptômes satellites : troubles du sommeil, de la digestion, allergies et intolérances diverses.

Il n’est pas étonnant que les symptômes de la fibromyalgie soient souvent, dans un premier temps, attribués à d’autres causes. « Les médecins peuvent évoquer une dépression réactionnelle (après un événement stressant), un syndrome de fatigue chronique ou une pathologie inflammatoire articulaire (comme la polyarthrite rhumatoïde). Parmi les confusions fréquentes, on trouve aussi la maladie de Lyme, la maladie cœliaque (intolérance au gluten), le lupus (maladie auto-immune), les intoxications aux métaux lourds (notamment le mercure), toutes les formes d’arthrose », explique Marie Borrel, auteur du Grand Livre de la fibromyalgie. C’est donc souvent « par défaut » que les médecins parviennent à poser leur diagnostic, cinq à six ans en moyenne après les premiers signes de la maladie. Yann Rougier, médecin spécialiste en neurosciences et neuronutrition, la qualifie de « burn-out psycho-neuro-musculaire ».

1- Les six questions qu’il faut se poser

En 2010, une équipe française de l’Inserm dirigée par le professeur Serge Perrot a mis au point un outil de dépistage rapide de la fibromyalgie baptisé First (FIbromyalgia Rapid Screening Tool). Cet auto-questionnaire comporte six questions. Une réponse positive à cinq de ces questions permet de dépister une fibromyalgie, dans 90 % des cas, chez les patients souffrant de douleurs diffuses (articulaires, musculaires ou tendineuses) depuis au moins trois mois.

  1. Les douleurs sont-elles localisées partout dans le corps ?
  2. Les douleurs s’accompagnent-elles d’une fatigue générale et permanente ?
  3. Les douleurs prennent-elles parfois la forme de brûlures, de décharges électriques ou de crampes ?
  4. Les douleurs s’accompagnent-elles d’autres sensations comme des fourmillements, des picotements, un engourdissement ?
  5. Les douleurs s’accompagnent-elles d’autres problèmes de santé : digestifs, urinaires ?
  6. Les douleurs ont-elles un retentissement important dans la vie quotidienne et notamment sur le sommeil et la concentration ?

2- Déceler le vrai du faux

  • Les douleurs de la fibromyalgie, c’est psychosomatique : vrai et faux. C’est psychosomatique au sens propre du terme, mais les douleurs sont bien réelles. Il s’agit d’une maladie neurologique ; la douleur, dénuée de toute origine tissulaire, existe en elle-même et pour elle-même. Elle résulte directement d’un dysfonctionnement dans les systèmes de son contrôle. Si la douleur est déconnectée de toute cause, elle est perçue comme très intense par le cerveau. Les chercheurs parlent d’allodynie pour désigner cet emballement de sensibilité centrale.
  • Il existe un profil type des personnes atteintes de fibromyalgie : vrai. Elles sont d’un naturel hyperactif et anxieux, naturellement très empathiques et d’une grande exigence envers elles-mêmes. « Leur acuité sensorielle est supérieure à la moyenne. Ces personnes sont très sensibles aux bruits, à la lumière, aux odeurs… et y réagissent violemment », explique Marie Borrel.
  • Les neurosciences ont permis une meilleure compréhension de la fibromyalgie : vrai. La fibromyalgie concerne près de 5 % des consultations chez le généraliste et 20 % chez les rhumatologues, même si l’on sait désormais que ce trouble appartient au domaine des maladies neurologiques. « Si les neurosciences ont été fortement médiatisées depuis les débuts des années 2000, c’est parce qu’elles ont permis de décrire, avec la rigueur éthique requise, les liens étroits qui unissent le corps physique, les pensées et les émotions », commente le docteur Yann Rougier dans Le Grand Livre de la fibromyalgie.

 

3- Les cinq outils de santé à intégrer au quotidien

Alors que la fibromyalgie est vécue sans fin et sans réponse par les malades, il est en réalité possible de soulager ses symptômes. Dans son livre, Marie Borrel propose un programme basé sur les neurosciences appliquées, mis au point par le docteur Yann Rougier avec une équipe de chercheurs et de correspondants internationaux. Cette approche est particulièrement intéressante pour comprendre la maladie et la soulager, notamment grâce à l’alimentation et aux médecines naturelles. Le programme repose sur « cinq petits outils de santé simples, pratiques et facilement intégrables à son quotidien. Les moyens mis en œuvre pour soulager avec succès les troubles doivent s’adresser en même temps à ce qui se passe dans notre corps et à ce qui se déroule dans notre mental et nos émotions » : apprendre à mieux respirer, à manger différemment, à « nettoyer » son organisme en profondeur, à mieux gérer ses pensées et ses émotions.

  1. Contrôler son souffle. Sur le plan strictement physiologique, respirer plus lentement et plus profondément ralentit les battements cardiaques et fait baisser la tension artérielle. Des manifestations de la tension nerveuse, ou plus précisément de l’effet stimulant du stress sur le système nerveux sympathique, sont à l’origine de certains symptômes ou, a minima, en amplifient l’intensité. Le contrôle du souffle permet d’atténuer les douleurs, les difficultés digestives liées à la tension nerveuse (douleurs abdominales, brûlures gastriques…), les troubles du sommeil, la déprime, la fatigue… Pour apprendre à mieux respirer, Marie Borrel conseille de commencer par consacrer trois fois cinq minutes par jour à une respiration consciente et profonde. Il existe de nombreuses techniques respiratoires et des disciplines comme le yoga ou le qi gong, mais aussi la sophrologie, pour travailler le souffle.
  2. Bien s’alimenter. L’alimentation limite les manifestations micro-inflammatoires, améliore le sommeil et les symptômes intestinaux. La diététique adaptée aux fibromyalgiques repose sur deux concepts : faire la chasse aux aliments à indice glycémique élevé et adopter une alimentation anti-acide. À noter également que les malades sont particulièrement sensibles au lactose et au gluten.
  3. Soutenir l’activité du foie, des reins et de l’intestin. « Des organes bien drainés, dépollués, détoxifiés, renforcent les capacités d’auto-guérison. Il ne faut pas banaliser les outils détox de base qui relèvent souvent de la phytothérapie », détaille le docteur Yann Rougier.
  4. Se relaxer. Si vous libérez votre psychisme de la tension nerveuse et des pensées qui tournent en boucle, vous sentirez rapidement votre corps se défaire des tensions accumulées : crispations musculaires, douleurs articulaires… Tout votre fonctionnement organique va peu à peu se rééquilibrer. Pratiquer une méthode de relaxation permet d’améliorer sa résistance au stress.
  5. Gérer ses émotions. Joie, tristesse, peur, colère, dégoût et surprise : en contrôlant l’impact négatif des émotions qui vous submergent, vous contribuerez à diminuer vos troubles. « Le virtuel (les pensées) peut se matérialiser à travers le réel (les réponses du corps) quand celui-ci est touché par la baguette magique des émotions », constate encore le docteur Yann Rougier.

Pour en savoir plus

  • Le Grand Livre de la fibromyalgie, par Marie Borrel, aux éditions Leducs, 2018.
  • fibromyalgiesos.fr; http://fibromyalgies.fr ; www.fibromyalgie-france.org : trois sites d’informations, créés et gérés par des associations de malades.
  • delta-medecine.org: un site créé par les docteurs Michel Lallement, Hervé Castel et Yann Rougier proposant un programme complet, issu des neurosciences, pour accompagner les patients (notamment fibromyalgiques) dans la prise en charge quotidienne de leur maladie.
  • ameli.fr/assure/sante/themes/fibromyalgie : depuis août 2017, l’Assurance maladie a mis en ligne une fiche santé complète sur la fibromyalgie. La description très claire qui y est faite, associée à la reconnaissance officielle de la maladie, est une aide précieuse aux médecins.
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