Décryptage
Mieux vivre son cancer grâce aux médecines naturelles

Mieux vivre son cancer grâce aux médecines naturelles

Homéopathie, phytothérapie... les médecines naturelles améliorent le quotidien et les chances de guérison des patients

Publié le 22.06.2016 Cécilie Cordier

Pour mieux supporter les traitements, plus de deux tiers des malades utilisent des médecines dites complémentaires ou naturelles. Beaucoup de médecins en sont convaincus : homéopathie, phytothérapie, acupuncture, sophrologie, hypnose, etc. améliorent les chances de guérison.

Les effets secondaires des traitements contre le cancer peuvent s’avérer redoutables pour la vie quotidienne des patients. Les protocoles de soins, très agressifs par nécessité, atteignent collatéralement les cellules saines de l’organisme. Contre les effets indésirables, les « soins de support », traduction littérale du concept anglophone de« supportive care», se démocratisent. Certains médecins en deviennent même des spécialistes. Pourtant, les malades ne se sentent pas toujours entendus lorsqu’ils évoquent les effets indésirables de leur traitement. Et la médecine conventionnelle peine à trouver des solutions : certains médicaments prescrits pour lutter contre les effets des chimiothérapies (les nausées par exemple) provoquent à leur tour des effets indésirables.

Résultat : 28 à 60 % (1) des personnes atteintes d’un cancer déclarent avoir recours à au moins une thérapie complémentaire en soin de support – des thérapies considérées comme ne faisant pas partie de la médecine conventionnelle. Parmi les plus couramment utilisées, on trouve des techniques comme la méditation ou l’ostéopathie, des substances comme les compléments alimentaires ou la phytothérapie, mais aussi des systèmes médicaux comme l’homéopathie ou l’acupuncture. 84 % des malades estiment que ces thérapies sont efficaces (2). Ils les utilisent pour atténuer les effets indésirables du traitement anticancéreux, stimuler le système immunitaire, augmenter la qualité de vie et le bien-être global et guérir de la maladie (3).

 

Si le patient cherche une thérapie complémentaire, c’est que la médecine conventionnelle échoue à soulager ses symptômes. Nous devons pouvoir répondre à leurs questions, les avertir d’une éventuelle interaction avec leurs traitements

Des guides et tutoriels qui font référence

Avec les réseaux régionaux d’oncologie, l’Afsos (association francophone pour les soins oncologiques de support) informe sur les pistes possibles afin d’améliorer la vie des malades. Organisée en groupes d’experts et donnant la parole aux patients, l’association établit des guides accessibles à tous, destinés à servir de références. Ces référentiels sont rédigés de façon à ce que les malades et leurs médecins y trouvent des ressources à discuter. Ils sont mis à jour régulièrement, parfois accompagnés de tutoriels vidéo réalisés par les médecins ou les patients eux-mêmes. La recherche sur le site Oncologik est aisée, les recommandations étant répertoriées par organe touché et par trouble à soigner.

Parmi les thérapies complémentaires les plus utilisées en France, la phytothérapie occupe la quatrième place. Pour répondre à cet engouement, l’Afsos travaille à un référentiel sur l’usage de la phytothérapie qui devrait bientôt être mis en ligne. Les plantes sont de plus en plus prisées pour lutter contre les nausées (desmodium), régénérer le foie (le romarin ou le chardon-Marie), stimuler le système immunitaire (l’échinacée ou la propolis).

Oncologie7Pour guider les malades, il existe des outils grand public comme cette application mobile About Herbs conçue par le très réputé Mémorial Sloan Kettering Cancer Center de New York.

Mais l’automédication est périlleuse dans la mesure où certaines plantes peuvent interagir avec les traitements anticancéreux. « Ce n’est pas parce que c’est naturel que c’est inoffensif », rappelle Stéphanie Trager. Le pamplemousse et le millepertuis sont par exemple déconseillés de par leurs interactions avec les thérapies anticancéreuses. À l’inverse, certaines thérapies naturelles pourraient « améliorer l’efficacité des traitements » selon les docteurs Alain Dumas et Éric Ménat, auteurs de Cancer : un accompagnement qui change tout !(4) car elles augmentent le suivi des protocoles en améliorant sa tolérance.

Homéopathie et acupuncture en tête

En France, les personnes atteintes d’un cancer se tournent en priorité, parmi les médecines complémentaires, vers l’homéopathie. Elle accompagne plus de 30 % des malades, soit la moitié de ceux qui ont recours à des soins de support. En 2010, le congrès Eurocancer organisé par la Société française du cancer présentait l’homéopathie comme une thérapie à intégrer à chaque étape des soins, de l’annonce à la période de rémission.

L’homéopathie a deux gros avantages : elle ne provoque pas d’interaction avec les traitements conventionnels et elle est généralement bien remboursée. Parfois incluse dans la prise en charge à 100 %

Jean-Lionel Bagot assure exclusivement des consultations de soins de support à Strasbourg. Il publie une nouvelle édition de son livre Cancer et homéopathie(5) à destination des médecins, des pharmaciens et des malades. On y trouve des tableaux de prescription en fonction des troubles à traiter et des protocoles médicamenteux en cours. Mais « la prescription homéopathique doit être personnalisée », souligne-t-il.

L’acupuncture se démocratise également beaucoup dans les services d’oncologie. 15 à 20 % des patients en chimiothérapie ont recours à l’acupuncture. Elle permet de soulager les nausées, les bouffées de chaleur, la douleur, la fatigue, l’anxiété et les troubles du sommeil.

Ses effets sur ces troubles sont de plus en plus démontrés. Certains établissements hospitaliers, comme à Pau, ne se contentent plus d’un intervenant occasionnel mais se dotent de services dédiés, afin d’accueillir notamment les patients suivis en oncologie.

Se réconcilier avec son corps

Le travail avec le corps ne doit pas être négligé. Le sport a démontré ses bienfaits. À n’importe quel moment d’une pathologie cancéreuse, une activité physique réduit de 30 % le niveau de fatigue, un résultat très difficile à obtenir avec la médication. Elle améliore également l’état psychologique.

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« Je n’ai jamais arrêté de marcher tous les jours, environ une demi-heure, en adaptant mon rythme à mon état », témoigne Hélène, qui se bat contre le cancer du sein depuis un peu plus de douze ans.

« C’est nécessaire pour mon moral, cela m’oblige à prendre l’air si je n’ai pas d’autre raison. J’ai pu voir que ça me donnait de l’énergie dans les périodes les plus dures des chimiothérapies, et je pense que cela m’a beaucoup aidée après les chirurgies. » Elle voit également régulièrement une réflexologue. Et elle a un peu adapté son alimentation, selon des recommandations simples.

Les régimes alimentaires sont porteurs de nombreuses promesses face à la maladie. Le jeûne a été présenté comme un ralentisseur de cancer. Officiellement pourtant, il ne fait l’objet d’aucune recommandation et il doit être pratiqué avec un suivi médical. Jeûner pendant les traitements n’est pas unanimement conseillé, même si pour Éric Ménat, l’alimentation doit être adaptée en suivant des diètes périodiques à base de légumes.

« Il faut aussi satisfaire nos sensations, dont la faim et les petits plaisirs qui l’accompagnent », ajoute Hélène. Comme beaucoup de patients, elle ressent un besoin de prendre soin d’elle. « Notre premier travail sera d’aider les patients à reprendre contact avec eux-mêmes, à s’écouter et à mieux s’aimer », martèle Éric Ménat. La sophrologie et d’autres techniques de relaxation, comme la méditation « en pleine conscience », auraient des effets positifs en accompagnement d’un traitement anticancéreux. Elles offrent des temps de repos, voire des exercices à reproduire lors de moments stressants et sont donc recommandées à tous.

Le meilleur de la médecine conventionnelle et de la médecine complémentaire

En s’intégrant aux pratiques en cancérologie, les soins de support s’élargissent donc à de nombreuses thérapies non médicamenteuses. L’un des pionniers français dans le domaine, le groupe hospitalier Saint-Vincent, à Strasbourg, met actuellement sur pied un département de « médecine intégrative ».

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« Le principe est de proposer le meilleur de la médecine conventionnelle et le meilleur de la médecine complémentaire, de façon coordonnée », indique Jean-Lionel Bagot, qui participe déjà aux Réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) dédiées aux soins de support, mises en place mensuellement à la clinique Sainte-Anne (Strasbourg).

Ces RCP d’un nouveau genre, rares en France, sont « primordiales » pour Stéphanie Trager. Elles sont garantes d’une meilleure prise en charge globale et d’un meilleur lien entre ville et hôpital. L’un des obstacles à leur organisation est logistique : le temps passé à coordonner les soins des patients est rarement rémunéré, donc difficile à imposer à des soignants déjà débordés.

L’autre gros obstacle est financier. Faute de rémunération des actes de soins de support par le système de santé, les budgets manquent dans les services d’oncologie pour créer des postes. Le plan Cancer 2014-2019 inclut dans ses objectifs un meilleur accès aux soins de support et vise à revoir la tarification pour le permettre aux établissements. Mais ce sont aujourd’hui souvent des associations locales, avec leurs propres limites, qui font entrer ces soins à l’hôpital.

« La Sécurité sociale ne pourra bien sûr pas tout payer, mais certains soins sont indispensables et devraient être offerts à tout patient cancéreux : soutien psychologique, consultations diététiques, séances de kinésithérapie, soutien social, séances de soins esthétiques, activités physiques adaptées. Or, la plupart des établissements n’ont pas les moyens de le proposer », regrette la représentante de l’Afsos.

Des résultats concrets plutôt que des études scientifiques

Quand bien même la preuve de l’efficacité d’une thérapie complémentaire ne serait pas établie l’important reste le ressenti du patient. « Avons-nous vraiment besoin de prouver les effets ? interroge Stéphanie Trager. Même s’il n’y a qu’un effet placebo à une thérapie, il est positif, donc il faut en profiter et savoir s’en contenter. Tant que le patient se sent mieux sans être en danger, notamment sur le plan des interactions ou de l’état physique, le soin de support est un succès. »

Ces soins personnalisés relèvent de l’accompagnement plutôt que de l’administration d’un remède universellement efficace. Ils permettent de donner un pouvoir de décision aux patients. Car l’un des éléments importants dans la prise en charge du cancer, soulignent Alain Dumas et Éric Ménat dans leur livre, est de « se prendre en main ». « Quelle tristesse si le malade ne pouvait rien faire pour lui, s’il n’avait aucun rôle à jouer pour être en meilleure santé et s’il ne devait compter au final que sur la science du médecin, sur le hasard de la nature ou sur la volonté d’un Dieu qui serait cruel ou indifférent ! »

Les auteurs plaident pour l’information des patients et dressent une liste impressionnante de remèdes, depuis les indications et posologies pour l’homéopathie ou la phytothérapie, jusqu’aux conseils sur la nutrition et les compléments alimentaires, en passant par des pratiques moins répandues comme l’enzymothérapie(6) ou la mycothérapie(7). « Il est important de considérer les malades comme des êtres responsables et surtout de ne pas les infantiliser. »

D’autres outils se développent, comme le Guide des compléments alimentaires, site belge qui recense les compléments les plus courants et les présente en fonction des soins du patient. Pourquoi et quand prendre un antioxydant ? Des extraits de pépins de raisins ou du gingembre ? Très intéressant aussi, le moteur de recherche inverse : que prendre pendant la chimiothérapie avec tel ou tel produit ? Pendant la radiothérapie ? Avant et après une chirurgie ?
Le but de ces publications, écrites par des médecins, est toujours le même : donner des armes aux patients, dans un parcours de soins qui peut facilement devenir étouffant.
  1. Simon L et al. Bull cancer 2007, Brugirard M et al. Support Care Cancer 2011, Träger-Maury S et al. Bull cancer 2007
  2. Brugirard M et al. Support Care Cancer 2011
  3. Richardson et al JCO 2000, Boon H. et al JCO 2000
  4. Cancer : un accompagnement qui change tout ! Alain Dumas et Eric Ménat, éditions La Source Vive, octobre 2015, 352 pages.
  5. Cancer et homéopathie : Rester en forme et mieux supporter les traitements, Jean-Lionel Bagot, éditions Narayana – Unimedica, mai 2016, 310 pages
  6. Thérapie utilisant les enzymes, des molécules qui permettent le déroulement normal des réactions chimiques de notre organisme.
  7. Médecine naturelle utilisant des extraits de champignons. Très développée en Asie, utilisée en Allemagne et en Espagne par exemple, mais peu connue en France.
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