Décryptage
Rien ne prouve les bienfaits de l’huile de coco

Rien ne prouve les bienfaits de l’huile de coco

Essayez plutôt l’huile de colza

Author picture Publié le 26.11.2018 Dr Camille Isnard, médecin et phytothérapeute

Le docteur Camille Isnard nous livre son regard bienveillant et incisif sur nos pratiques de santé. Aujourd'hui, elle fait la peau à l’huile de coco, panacée du moment dans la blogosphère bien-être... et réhabilite l’excellente huile de colza.

Compte tenu de la grisaille et du froid, nous allons partir au soleil. Nous reviendrons ensuite dans nos contrées, au printemps, où le jaune soleil du colza apporte la lumière manquante au cœur de l’hiver ! 

J’ai déjà insisté sur le fait que les résultats d’une étude pharmacologique étaient très loin de ceux d’une étude clinique [voir ici] autant que Trump l’est de l’abbé Pierre, c’est dire ! Et les résultats d’une étude clinique, comme ceux d’une étude épidémiologique, demandent une critique, des biais méthodologiques notamment, ainsi que de l’application raisonnable qui peut en être faite, en évitant les syllogismes.

Bref, la démarche scientifique ne consiste pas seulement en une lecture aveugle de résultats mais en une critique des moyens pour dégager de nouvelles questions de recherche et pondérer les conclusions… Mais rien n’empêche les opportunistes de se servir malhonnêtement de résultats intermédiaires. 

Que trouve-t-on dans les bases de données scientifiques sur les bienfaits de l’huile de coco ?

Eh bien, beaucoup et peu de choses à la fois… Beaucoup d’incertitudes et de minimes certitudes. 

Ce qui est sûr, c’est que les Papous de Nouvelle-Guinée n’ont pas plus de maladies cardiovasculaires que les Occidentaux, et, pourtant, ils boivent de l’huile de coco pleine de gras saturés (dont la quantité ne devrait pas dépasser 12 % de nos apports totaux en gras)… Peut-on dire pour autant que les Occidentaux doivent prendre de l’huile de coco et qu’il n’y aura pas d’augmentation de l’incidence des maladies cardiovasculaires ? Non, voilà un syllogisme faux. 

D’une part, le régime alimentaire et le mode de vie en Papouasie-Nouvelle-Guinée sont assez différents des nôtres, et ses habitants ne se nourrissent pas que de l’huile de coco, évidemment.

D’autre part, s’ils ont le même génome que nous, ils n’en ont probablement pas la même expression, l’environnement étant différent. On peut donc dire que dans ce contexte précis, cette consommation n’augmente pas le risque de développer une maladie cardiovasculaire. Il serait donc maintenant primordial d’aller s’intéresser au reste de leur régime alimentaire et à leur mode de vie ! 

 

L’huile de coco aurait moins d’impact sur l’élévation du taux de cholestérol que le beurre, mais plus que les huiles végétales poly-insaturées… Rappelons que le cholestérol est un marqueur intermédiaire du risque de maladies cardiovasculaires… Ce n’est pas une maladie, et la régulation de ce paramètre biologique n’implique pas toujours une diminution de la mortalité ni du pourcentage de personnes malades (ce qui est le but ultime d’une intervention en santé)… Ces résultats sont donc une première étape dont on ne peut pas tirer grand-chose, si ce n’est que vous pouvez en manger sans mourir dans d’atroces souffrances, ce que nous savions déjà.

 L’huile de coco tirerait ses bénéfices de sa richesse en acide laurique (acide gras saturé à moyenne chaîne) qui pourrait montrer un intérêt dans le cadre de régime cétogène chez des personnes atteintes de maladies neuro-dégénératives. Cela ne signifie pas que l’huile de coco soit bonne pour le fonctionnement cérébral d’un être humain en bonne santé, encore une forme de syllogisme…

De plus, l’acide laurique n’est pas l’huile de coco, et celle-ci a la fâcheuse tendance à être aussi riche en acides myristique et palmitique. Ces trois acides gras : palmitique, laurique et myristique sont aujourd’hui considérés comme les plus mauvais pour la santé si consommés en excès. Ils sont notamment très présents dans le beurre… surtout sans sel ! Même un Breton n’aurait pas l’idée d’en manger une plaquette par jour. Alors oui, les connaissances peuvent évoluer, mais dans le doute, ne faisons pas de cette huile un aliment phare ni une nouvelle religion. 

 

Si l’huile de coco est votre seule source de matières grasses, vous ne couvrirez pas vos besoins en acide gras essentiels (ceux que nous ne pouvons synthétiser et qui sont indispensables au bon fonctionnement humain) tout en ayant en revanche couvert une bonne partie de vos besoins en acides gras saturés, dont les pires.

Que peut-on donc dire de l’huile de coco ? 

Vous pouvez l’utiliser raisonnablement. Elle est comestible et pour certains très agréable au goût. Mais si c’est votre seule source de matières grasses, vous ne couvrirez pas vos besoins en acide gras essentiels (ceux que nous ne pouvons synthétiser et qui sont indispensables au bon fonctionnement humain) tout en ayant en revanche couvert une bonne partie de vos besoins en acides gras saturés, dont les pires. Vous pouvez aussi l’utiliser intelligemment en cosmétique, notamment pour la saponification, mais c’est un autre domaine, le savon ne se mange pas ! 

L’huile de coco est donc loin d’un super-aliment, c’est un aliment à utiliser avec autant de modération que le beurre… et cela augure encore d’une gloire éphémère aux dépens des producteurs et consommateurs locaux. 

On pourrait donc appeler l’huile de colza, un super-aliment, ou au moins une « super-graisse », mais ce serait absurde. Restons sobre et pragmatique : l’huile de colza est une source de gras intelligente pour cuisiner, avec un impact positif sur la santé à raison d’une à deux cuillères à soupe par personne et par jour réparties dans une alimentation équilibrée.

Huile de colza : nous avons aussi du soleil chez nous ! 

Alors laissons l’huile de coco à ceux qui l’utilisent sans impact délétère et l’exploitent de façon durable, et revenons à notre production locale. 

 

C’est certain, le colza évoque plus la France rurale que les plages paradisiaques, et l’odeur de ses fleurs est loin de celle du tiaré… C’est là que le marketing pourrait agir : rendre glamour un aliment qui ne l’est pas encore ! 

Pourquoi ? Car l’huile de colza combine de nombreux atouts : 

  •  Elle est gustativement riche quand vierge, neutre sinon.
  •  Son rapport omega 6/omega 3 (les fameux acides gras essentiels) est idéal. Elle est pauvre en acides gras saturés et la majeure partie de sa composition est l’acide oléique (omega 9, acide mono-insaturé très important lui aussi) aussi présent dans l’huile d’olive.
  • Elle se déguste en assaisonnement mais peut aussi se cuire car elle est très stable.
  • Elle est peu coûteuse et de bonne conservation.
  • Enfin, la culture du colza, locale, présente des avantages écologiques, en agissant notamment comme engrais vert.

On pourrait donc l’appeler un super-aliment, ou au moins une « super-graisse », mais ce serait absurde. Restons sobre et pragmatique : l’huile de colza est une source de gras intelligente pour cuisiner, avec un impact positif sur la santé à raison d’une à deux cuillères à soupe par personne et par jour réparties dans une alimentation équilibrée. C’est déjà bien non, mon coco, pour une plante si insignifiante ? 

Consultez le site l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), pour des informations sur les matières grasses et les compositions nutritionnelles.

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