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Marre des sales gosses?

Marre des sales gosses?

Faites-les méditer!

Publié le 08.10.2018 Anne de Labouret

Apprendre aux enfants la tranquillité et l’attention, c’est possible…. même à toute une classe. Les enseignants pratiquent désormais La méditation pleine conscience à l’école primaire. Témoignages de ces précurseurs sur une méthode aux résultats bluffants.

Vite, vite, vite ! Comme nous, nos enfants vivent l’esprit en alerte, bombardés d’informations, soumis à de multiples sollicitations, impératifs et contraintes. Ils n’échappent pas à l’effervescence liée à nos exigences parentales et scolaires, de même qu’aux nombreuses stimulations qui, par écrans et smartphones interposés, leur imposent une réactivité à toute épreuve. Résultats : agitation et fatigue sont au rendez-vous. À l’école comme à la maison, leur attention s’envole, l’hyperactivité gagne du terrain. En acquérant la capacité d’être multitâches, ils perdent souvent celle de se concentrer sur une seule chose à la fois. Nous leur demandons fréquemment de se calmer… mais leur avons-nous jamais appris à le faire ?

Un outil pour résoudre les difficultés scolaires

Aux Pays-Bas, la thérapeute Eline Snel a développé une méthode éducative fondée sur la pleine conscience chez les enfants et les adolescents. Elle propose depuis 2008 une formation intitulée « L’attention, ça marche » à destination des enseignants, des psychologues et des parents. Les résultats sont tels que le ministère de l’Éducation néerlandais offre sa formation à tous les enseignants volontaires. Chez nos voisins belges, comme au Canada, un nombre croissant d’enseignants a intégré la pleine conscience dans le programme quotidien de leurs élèves.

Dans l’hexagone, certains spécialistes tentent de faire bouger les lignes. Pour Jeanne Siaud-Fachin, psychologue et spécialiste des enfants intellectuellement précoces, l’introduction de la méditation à l’école devrait être inscrite au programme de l’Éducation nationale. C’est de l’éducation préventive qui ne nécessite aucun moyen ni aucun poste supplémentaire et qui permettrait d’enrayer tellement de difficultés scolaires !

Trente années de pratique aux États-Unis

La pleine conscience a été développée il y a 30 ans, aux États-Unis, par le médecin Jon Kabat-Zinn pour aider les patients à utiliser leurs ressources intérieures afin de surmonter leur stress, leur douleur et leur maladie. La méditation est actuellement utilisée dans plus de 200 hôpitaux américains pour la gestion du stress. Ses effets sur le cerveau ont été scientifiquement validés chez l’adulte.

Pour le psychiatre Christophe André, la « pleine conscience », c’est être présent de façon consciente, comprendre ce qui se passe maintenant, en adoptant une attitude d’ouverture et de bienveillance. C’est apprendre à ramener son esprit à ce qui se passe dans le moment présent, s’entraîner à être attentif et pleinement présent à ce que l’on fait. C’est le contraire du bouillonnement étourdissant qui saute sans fin d’une idée à une autre. C’est l’installation dans l’instant présent, qui donne accès à une compréhension profonde de soi et de ce que l’on vit.

À l’école, objectifs attention et bienveillance

Sophie Raynal intervient dans les écoles belges pour initier les jeunes élèves à la pleine conscience : Au quotidien, l’esprit des enfants pourrait être comparé à une boule à neige que l’on aurait retournée : troublé, envahi de flocons qui brouillent le présent. Lorsqu’ils apprennent la pleine conscience, tout s’éclaircit, devient plus clair, plus limpide. Les enfants sont plus calmes, plus réceptifs.

Enseignante détachée, formée à la méthode d’Eline Snel, Rose Gonfond intervient dans les écoles primaires publiques du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. Le programme complet se déroule sur 8 semaines, à raison d’une séance hebdomadaire de 30 à 50 minutes. Les séances s’articulent autour d’exercices de yoga et de respiration, de courts récits, de petits jeux, d’activités d’éveil aux cinq sens et de moments de partage. À l’issue de chaque séance, l’animatrice propose à l’enseignant de courts exercices simples à effectuer avec sa classe : respiration, attention aux sons et au corps, etc. Un entraînement quotidien de 10 à 15 minutes permet de solidifier ce qui a été fait précédemment. Les enfants sont souvent très agités en classe sans même s’en rendre compte, dit Rose Gonfond. Avec la pleine conscience, ils deviennent capables de reconnaître quand ils gigotent et ils possèdent des outils efficaces pour arrêter de bouger. Le résultat est là : la classe est plus calme, plus apte à se concentrer, plus attentive au travail.

Les enfants deviennent aussi plus réceptifs à leurs émotions et à celles des autres. Ils les gèrent mieux, sont moins impulsifs, moins agressifs et davantage enclins à la discussion. Ils apprennent à faire preuve d’empathie envers les autres. Ils développent une meilleure confiance en eux.

Lorsqu’on leur donne la parole, ils sont eux aussi capables d’exprimer ce qu’ils ressentent : Je respire et je suis calme, mon cœur bat moins fort, je me calme et mes muscles se relâchent, c’est super de respirer, je suis tout doux et reposé à l’intérieur, etc. Ces modifications progressives bénéficient autant aux individus qu’au groupe : les enfants s’écoutent et se respectent davantage. Le climat en classe est plus serein.

Chaque enfant évolue à son propre rythme. Pour Rose Gonfond, les exercices de pleine conscience sèment une graine chez l’enfant. Il faut prendre le temps de cultiver le terreau pour voir émerger la plante. Elle insiste sur le rôle primordial de l’enseignant, qu’il connaisse ou pratique lui-même, ou non, la pleine conscience.

En France, la pratique de la pleine conscience à l’école relève encore de l’initiative individuelle. Elle dépend des propositions et de la bonne volonté des enseignants, des directeurs et des inspecteurs de l’Éducation nationale. Depuis 2015, les programmes scolaires ont fait entrer la notion de « bienveillance » à l’école. La pratique de la pleine conscience pourrait d’autant plus facilement s’intégrer à des projets plus vastes sur la citoyenneté, la lutte contre la violence ou le harcèlement scolaire, etc.

Pour en savoir plus :

Deux associations :
– Enfance et attention (France) : http://enfance-et-attention.org (France)
– Happyattention : http://www.happyattention.org (France et Belgique)

À lire :
– Siaud-Facchin Jeanne, Tout est là, juste là : Méditation de pleine conscience pour les enfants et les ados aussi, (livre + CD), Éd. Odile Jacob, 2014.
– Snel Eline, Calme et attentif comme une grenouille, (livre + CD), Éd. Les Arènes, 2012.
– Snel Eline, Respirez. La méditation pour les ados et leurs parents, (livre + CD), Éd. Les Arènes, 2015.
– Kaiser Greenland Susan, Un cœur tranquille et sage. La méditation, un art de vivre pour les enfants, (livre + CD), Éd. Les Arènes, 2014.

Une appli pour méditer :
– Petit bambou (pour iPhone et Android)

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