Décryptage
Vaincre sa peur de l’avion

Vaincre sa peur de l’avion

« Le meilleur psy, c’est vous ! »

Publié le 24.07.2018 Hortense Meltz

Comme 10 à 30 % des adultes, vous êtes anxieux à l’idée de prendre l’avion ? Ne laissez pas cette peur passagère devenir une vraie phobie. Médecin psychiatre, le professeur Antoine Pelissolo explique comment se débarrasser de cette angoisse irrationnelle en quatre étapes efficaces et simples à mettre en pratique.

 

Le professeur Antoine Pelissolo attribue la crainte de l’avion au spectaculaire et à la médiatisation des accidents aériens, « au point que la gravité et l’émotion l’emportent sur la statistique. Dans l’esprit de certains, le lien inconscient est très fort entre “l’objet” avion et le risque d’accident. Il est parfois gravé dans la mémoire après avoir vu des images de catastrophe aérienne à la télévision et dans les journaux. Comme dans toutes les phobies, cette association “objet égale danger” est plus forte que tout, même si elle est reconnue comme irrationnelle par la personne elle-même. »

« Les liens entre le cerveau émotionnel et le corps sont tellement forts et rapides que toute évocation d’un voyage en avion peut provoquer des palpitations, des bouffées de chaleur et une crise de tétanie, empêchant même de s’approcher d’un aéroport quand l’angoisse devient pathologique. »

Après la peur de l’accident, de loin la plus fréquente, l’agoraphobie se manifeste aussi dans l’angoisse de prendre l’avion. « Rester plusieurs heures dans un endroit coupé du monde, sans issue possible en cas d’urgence » peut être un élément déclencheur. Pour en venir à bout, le professeur Pelissolo explique qu’il est important d’avoir conscience et de bien comprendre les troubles auxquels il faut faire face, comment on fonctionne psychologiquement et émotionnellement. Ensuite, il est possible d’appliquer par soi-même « des principes et des méthodes à l’efficacité reconnues. Si les progrès ne viennent que sur la durée au prix de certains efforts, cela en vaut la peine ! »

1. Se confronter à sa peur

« Pour ne pas inscrire dans son cerveau que certains lieux sont dangereux et que vous devez les éviter, il faut continuer à les fréquenter. L’expérience vécue et répétée est le seul moyen de remplacer le message de danger associé à l’avion par un message rassurant : “J’ai déjà pris l’avion et rien de grave n’est arrivé”. »

« L’anxiété repose toujours sur des anticipations imaginaires et virtuelles négatives. Il n’est donc pas absurde de la combattre par les mêmes procédés, positifs cette fois. »

Pour créer un sentiment de familiarité avec le monde de l’aviation, pour que la rencontre réelle soit la moins déstabilisante possible, le professeur Antoine Pelissolo conseille une méthode simple et peu onéreuse, qui a fait ses preuves : « Regarder le plus possible de vidéos sur les avions et tout ce qui s’y rapporte : aéroports, pilotes, hôtesses, déroulements de vol, décollages, atterrissages… Le psychologue Thierry Merle a mis en ligne des vidéos de ce type sur son site. »

2. Être clair avec ce qu’on risque vraiment

Il est aussi nécessaire d’effectuer un travail « de compréhension des principes physiques qui permettent à l’appareil de voler, pour avoir confiance dans le “système” technique et humain auquel on se remet entièrement ». Pour y arriver, le psychiatre conseille de consulter « des sites internet, des livres sur l’aviation, des vidéos pédagogiques » afin d’avoir « une idée plus réaliste des risques réels d’accidents, quasi inexistants ».

3. Se relaxer

Des moyens naturels (sans médicament) permettent de raccourcir la durée du malaise ou de la crise d’angoisse. « La relaxation est la meilleure méthode, principalement fondée sur la régulation de la respiration, souvent perturbée par l’anxiété », affirme Antoine Pelissolo.

« Les avantages de la relaxation sont, d’une part, de mobiliser l’attention sur un objectif concret qui va distraire votre esprit de ses pensées négatives, et, d’autre part, de produire un réel effet de détente qui ne peut être que bénéfique pour l’apaisement de la crise. »

Le psychiatre propose un exercice à pratiquer quelques minutes tous les jours pour une bonne maîtrise une fois le moment venu : « De préférence en position assise, mais c’est possible debout, concentrez-vous sur votre respiration en essayant de la rendre la plus calme et régulière possible. Comptez de un à quatre à chaque mouvement d’inspiration et d’expiration. Prenez conscience du relâchement de tous les muscles à chaque expiration, au moment où vous soufflez doucement par le nez ou par la bouche (pas trop ouverte). Cette séquence de respiration “abdominale” calme doit durer au moins deux minutes et peut être prolongée si nécessaire. » L’exercice peut être complété par « d’autres techniques fondées sur la sophrologie, l’autohypnose, la visualisation, le yoga ou la méditation ».

« La motivation et la confiance en soi sont les seuls vrais ressorts durables et naturels de cette lutte contre la peur. »

4. Essayer de faire du voyage un moment agréable

Lors des temps de contrôle et d’embarquement, profitez-en pour « réviser vos exercices de relaxation plutôt que de vous laisser envahir par des anticipations anxiogènes en tous genres. Pendant le vol, votre principal objectif sera de vous occuper l’esprit : lire, discuter, regarder des films… Dans tous les cas, même si la tentation est grande, il est fortement déconseillé de recourir à l’alcool. D’abord, mêlées à l’alcool, l’anxiété et l’altitude ne font pas bon ménage, avec un risque de confusion mentale, voire d’effets cardiovasculaires (palpitations) probablement peu graves mais gênants. Ensuite, l’impact bénéfique de la réussite d’un vol sera en partie annulé si vous ne pouvez que l’attribuer à l’état second produit par l’alcool. La mémorisation positive se fera aussi moins bien. »

« Surmonter sa peur de l’avion n’est pas simple, il faudra vous en féliciter à l’arrivée. Car chaque trajet, qu’il soit vécu dans le calme ou le stress, est une grande victoire et vous permettra de vous sentir un peu mieux la fois suivante, peut-être déjà lors du retour ! »

Antoine Pelissolo déconseille également les médicaments qui nuisent à « la mémorisation positive » et peuvent créer « une dépendance psychologique ». Si, malgré tout, le besoin d’une aide pour se détendre est nécessaire, il recommande « de privilégier les tisanes ou la phytothérapie ».

Pour en savoir plus :

Professeur Antoine Pelissolo, Vous êtes votre meilleur psy ! Allez mieux sans divan ni médicaments, éd. Flammarion, 2017.

 

 

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