Modes de vie
Un bain de forêt ?

Un bain de forêt ?

Se soigner avec les arbres

Publié le 29.05.2018 Hortense Meltz

Après le bain de soleil et le bain de mer, si vous vous mettiez au bain de forêt ? C’est une pratique médicale japonaise qui consiste, par des promenades en forêt, à retrouver un équilibre physique et mental permettant de réduire le risque des maladies de civilisation liées au stress et à l’environnement : cancer, maladies cardio-vasculaires, diabète... Le médecin japonais spécialiste des bienfaits des arbres sur la santé et le spécialiste français de la sylvothérapie nous apprennent comment guérir grâce à la forêt.

 

L’efficacité de la sylvothérapie (du latin silva, forêt) a été démontrée par des études scientifiques qui ont mis en avant ses bienfaits notamment sur le stress, la tension artérielle et le système immunitaire. On commence enfin à s’y intéresser en France, trente ans après le Japon, où la pratique du shinrin-yoku (bain de forêt) est officiellement reconnue comme une thérapie depuis 1982.

Le bain de forêt est un moment qui permet de nous connecter avec la nature par l’intermédiaire de nos cinq sens. Pour le Dr Qing Li, l’odorat ˗ le sens le moins stimulé quand on vit à l’intérieur ˗ serait celui qui aurait l’impact le plus puissant sur notre bien-être. Médecin immunologiste à Tokyo, il dirige des recherches sur le sujet depuis 2005 et vient de publier un livre, Shinrin Yoku. L’art et la science du bain de forêt. « Outre une grande concentration en oxygène, l’air de la forêt regorge de phytoncides. Les phytoncides (substances chimiques des plantes) sont des huiles naturelles libérées pour se protéger des bactéries, insectes et champignons, écrit le Dr Li. Ils varient d’une espèce d’arbre à l’autre et ont un parfum très spécifique. Plus l’air est chaud, plus il y a de phytoncides dans l’air. »

Les résultats des études ont montré que l’exposition à ces phytoncides :

˗ accroissait significativement le nombre et l’activité des cellules NK [natural killers ou cellules tueuses naturelles. Un type de lymphocyte qui doit son nom à sa capacité à attaquer et à éliminer les cellules indésirables, par exemple celles infectées par un virus ou les cellules cancéreuses] et améliorait également l’activité des protéines anti-cancer ;

˗ réduisait significativement le taux des hormones du stress ;

˗ augmentait les heures de sommeil.

D’autres chercheurs ont montré que les phytoncides sont capables de :

˗ favoriser la bonne humeur ;

˗ abaisser sensiblement la tension artérielle et la fréquence cardiaque ;

˗ accroître la variabilité de la fréquence cardiaque ;

˗ neutraliser l’activité du système nerveux sympathique et accroître celle du système nerveux parasympathique, en équilibrant votre système nerveux.

Ce sont des substances volatiles et éphémères, de structure suffisamment fine pour entrer dans notre corps par les poumons et venir ainsi apporter leurs bienfaits dans tout le corps via la circulation sanguine.

Comment prendre un bain de forêt ?

Éric Brisbare est un des trop rares sylvothérapeutes français. Après une formation d’accompagnateur en montagne, il a progressivement découvert et construit une pratique spécifique des bains de forêts qu’il partage avec des groupes lors de balades dans les Vosges. Dans son livre, Un bain de forêt, il donne des conseils très concrets pour nous guider dans cette expérience.

Il conseille de prendre son temps « idéalement l’espace d’un week-end ». «  En deux jours de sylvothérapie, vous vous imprégnez entièrement de la forêt, vous ne pensez à rien d’autre qu’à votre bain de forêt ». Les effets sur le système immunitaire sont plus durables lorsqu’on part plusieurs jours.

Les exercices qu’il propose ont pour but de faciliter le lâcher-prise, la détente, la pleine conscience. « Si vous ressentez une fatigue après un bain de forêt, c’est le signe que vous décompressez d’une grande tension » explique-t-il.

Voici comment s’y prendre pour sa rencontre avec les arbres :

Regarder la forêt

« Le simple fait de regarder la nature apaise . « Essayez de faire une lecture du paysage : quelles sont les essences qui peuplent cette forêt ? En quelle saison sommes-nous ? Ensuite, apprenez à reconnaître un arbre à sa forme (rond ou conique ?), à ses feuilles, à ses fruits, à l’aspect de son tronc, etc. »

Écouter la forêt chanter

« Asseyez-vous dos à un arbre, allongez-vous à côté de lui ou posez votre front contre le tronc et fermez les yeux. En été, vous entendez les abeilles et les oiseaux, le vent. En automne, les campagnols qui font bruisser les feuilles mortes. Une rivière qui coule à proximité ? »

Toucher du bois

« Il y a tellement de choses à toucher : l’écorce rugueuse, les amadouviers, ces champignons qui poussent sur l’arbre, très doux, les feuilles et leurs formes rondes ou dentelées, les aiguilles plus ou moins piquantes des pins… Comparez les différents touchers entre une écorce de mélèze rugueuse et pleine de crevasses et un jeune bouleau, doux comme de la soie. Comparez la douceur d’une châtaigne si lisse, avec les piquants de sa bogue ou encore expérimentez la visquosité de la sève d’un conifère qui vous laissera un film collant et parfumé sur les mains.

Déchaussez-vous : pieds nus, vous sentirez avec une acuité nouvelle les racines de l’arbre contre lequel vous méditez. »

Respirer les odeurs des saisons

« N’hésitez pas à renifler les mousses, les feuilles mortes au ras du sol, les champignons et la terre. Installez-vous confortablement dans un endroit plaisant, au calme, et respirez à pleins poumons pour essayer d’identifier les odeurs qui arrivent jusqu’à vous. Y a-t-il des odeurs inhabituelles (par exemple les odeurs que laissent les cervidés en période de brame, musquées et fortes) ou au contraire des odeurs familières (la puissante résine du sapin, le doux parfum du champignon) ? »

Goûter la forêt

« Beaucoup de choses se goûtent en forêt ! Sans essayer de mâcher pour avaler comme nous le faisons machinalement, poser une aiguille de pin sur la langue et la mâchonner légèrement suffisent à se recentrer sur ses sensations gustatives pendant une heure au minimum, tant le parfum dégagé par cet arbre est puissant et durable. »

 

Alors qu’aujourd’hui, quatre enfants sur dix (de 3 à 10 ans) ne jouent jamais dehors pendant la semaine, selon un rapport , que l’OMS considère le stress comme l’épidémie du XXIe siècle, quoi de plus simple et de plus accessible qu’une balade en forêt ?

 

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