Modes de vie
Pourquoi pas une ruche dans son jardin ?

Pourquoi pas une ruche dans son jardin ?

Les conseils pour produire son miel

Publié le 02.05.2018 Anne de Labouret, pharmacienne

Avoir quelques ruches dans son jardin, c’est possible. Plutôt que de se fournir au supermarché ou dans les magasins bio, les amateurs de miel s’intéressent de plus en plus à l’apiculture. Une façon de favoriser la biodiversité et d’aider une espèce menacée.

À 40 ans, Lucie a été saisie d’un impérieux besoin de nature. Elle qui n’avait vécu qu’en ville a éprouvé une irrésistible envie de verdure. Elle vit désormais en Sologne, où elle télétravaille. Installée dans une petite maison rustique en bordure de village, elle ouvre tous les matins les yeux sur la campagne. C’est là que se sont concrétisés un vieux rêve et une idée un peu folle : élever des abeilles.

S’informer d’abord

Était-il possible de se lancer dans l’apiculture sans avoir jamais approché une ruche de sa vie ? Renseignements pris, il existait bien des cours d’apiculture, comme ceux de la Société Centrale d’Apiculture, au jardin du Luxembourg, à Paris, mais rien à proximité de son domicile. Lucie a donc rendu visite à des apiculteurs voisins, a déniché et consulté quelques ouvrages utiles… puis, un peu à tâtons, elle s’est lancée.

S’équiper ensuite

Une ruche se compose d’une base : le « corps » de la ruche. C’est là que la reine pond, que la colonie se développe et que les abeilles stockent le miel et le pollen qui les nourrissent. À la belle saison, une reine peut pondre plus de 2 000 œufs par jour et la colonie peut compter plus de 40 000 abeilles ! C’est lorsque l’activité des abeilles est à son comble que l’apiculteur place une ou plusieurs « hausse(s) » sur le corps de la ruche pour que les abeilles le remplissent du miel de leur récolte.

Lucie a acheté une première ruche « en kit » et elle a peint le bois d’un vernis protecteur non toxique. Puis elle a bâti les rayons de la ruche et des hausses, en les garnissant de plaques de cires alvéolées pour servir de support de base aux constructions des insectes.

La tenue adéquate est venue compléter l’équipement : combinaisons, chapeaux, gants d’apiculteurs… et enfumoir pour pouvoir effectuer toutes les opérations nécessaires. Apprendre à s’approcher et à manipuler les rayons sur lesquels s’activent des milliers d’abeilles n’a rien de naturel…

Soigner toute l’année

Une fois la colonie installée dans la ruche, le travail de l’apiculteur ne fait que commencer. Il faut suivre son évolution : vérifier l’absence d’insectes ou de petits animaux indésirables, traiter pour éviter les maladies, apporter au besoin des réserves nutritives en hiver. Les colonies d’abeilles sont aujourd’hui gravement menacées sans que l’on connaisse réellement la ou les causes de leur disparition progressive : entre la multiplication des pesticides, la présence de parasites, les ravages du frelon asiatique et l’impact du changement climatique, les ruches sont mises à rude épreuve… et la tâche des apiculteurs est d’autant plus importante et délicate.

Le varroa est un parasite redoutable pour les ruches. Il nécessite de traiter préventivement la colonie, en disposant par exemple dans la ruche un mélange à base de thymol, d’acide formique ou encore d’huiles essentielles (notamment thym et gaultherie). En hiver, les abeilles ont besoin d’être nourries avec des sucres (sous forme de pains, de sirops ou de candi) ou même avec du miel. Le nourrissement aide également à fortifier la colonie ou à stimuler la ponte au début du printemps.

Lucie a appris à reconnaître la reine, à surveiller la production de miel et à rajouter des hausses au moment opportun. Elle a également appris à diviser la colonie pour agrandir son rucher et éviter l’essaimage. Résultat : en 3 ans, elle veillait sur trois ruches.

Récolter... enfin !

La première ruche a fourni une récolte de 24 kg de miel dès le premier été. Quelle satisfaction ! Depuis, le délicieux nectar doré vient récompenser chaque été les efforts de Lucie : un merveilleux miel « toutes fleurs » qui réjouit les papilles des membres de la famille et des amis.

L’installation de ruches est sujette à des obligations légales qui concernent notamment leur emplacement, leur déclaration à la mairie et à la Direction des Services vétérinaires du département, et leur immatriculation. La distance entre le rucher et la route, ou les propriétés voisines, varie d’un département à un autre. La réglementation prévoit un écart ou des obstacles suffisants entre la ruche et les voisins pour mettre les personnes, les animaux et les récoltes hors d’atteinte des abeilles... et pour assurer le respect du voisinage, même en ville.

Les produits de la ruche (et leur utilisation)

Le miel, bien sûr ! Fabriqué par les abeilles à partir du nectar des fleurs, le miel est un produit sucrant naturel. Riche en glucides et en acides aminés essentiels, c’est un aliment très énergétique, qui aide à lutter contre la fatigue physique et intellectuelle. À la cuillère ou en infusion, il soulage la toux et les maux de gorge. Au coucher, une cuillerée de miel dans une tasse de lait chaud a un effet calmant et facilite le sommeil – après s’être laver les dents avant de sombrer dans les bras de Morphée.

La gelée royale est sécrétée par les glandes buccales des jeunes abeilles ouvrières pour nourrir la reine et les larves de la colonie. Ce « miel de luxe », très sucré, renferme des glucides et des éléments minéraux, de nombreux acides aminés, des antibiotiques naturels et des vitamines B. C’est le produit naturel le plus riche en vitamine B5 et un véritable aliment anti-fatigue qui stimule l’appétit, facilite la digestion et aide l’organisme à mieux gérer le stress. À utiliser en cures de 3 semaines. Attention : en cas de terrain allergique, prenez conseil auprès de votre médecin.

Le pollen est produit par les abeilles à partir de la poudre des étamines des fleurs. Elles l’utilisent pour nourrir les larves de la ruche. Le pollen contient des sucres, des protéines et des lipides insaturés, des vitamines, des substances antibiotiques, etc. : un produit naturel tonifiant bien appréciable lorsque l’organisme a besoin d’être « boosté ». Optez pour le pollen frais, en cure de 3 semaines.

À savoir : Le pollen par voie orale ne présente pas de contre-indication même en cas d’allergie au pollen par voie respiratoire.

La propolis est une substance dure et rouge à base de résine et de cire que les abeilles élaborent et utilisent pour colmater les brèches de la ruche. Elle contient des flavonoïdes, des huiles essentielles, des vitamines et des minéraux. Connue pour ses propriétés bactéricides, elle est conseillée contre les aphtes, les gingivites ou la mauvaise haleine. Elle renforce les défenses immunitaires et permet de lutter contre les troubles ORL (sinusites, angines, otites, etc.). Elle est également anti-inflammatoire, analgésique et cicatrisante par voie externe.

Si la propolis pure se mâche comme un chewing-gum, il existe aussi des tablettes de propolis à mastiquer. Les sprays et sirops à base de propolis sont conseillés en cas de maux de gorge. Enfin, les solutions alcooliques et huileuses s’appliquent localement pour aider à la cicatrisation des plaies (brûlures, abcès, furoncles, etc.).

À lire

C. Merle et R. Bacher, J’installe une ruche dans mon jardin : je récolte mon miel, je protège les abeilles, Éd. Terre vivante, 2015.

J. Riondet, L’apiculture mois par mois : Toutes les informations et les gestes utiles pour conduire son rucher de janvier à décembre, Éd. Eugen Ulmer, 2010.

Le traité Rustica de l’apiculture, Éd. Rustica, 2015

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