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Pourquoi le mercure est-il un poison pour le cerveau ?

Pourquoi le mercure est-il un poison pour le cerveau ?

Ce perturbateur endocrinien est partout

Publié le 17.04.2018 Propos recueillis par Hortense Meltz

Hautement toxique pour le cerveau, on trouve du mercure notamment dans les ampoules à basse consommation, et amalgames dentaires. Mais plus largement les principales sources d’exposition au mercure sont liées à l’industrie et à la combustion du charbon. La convention internationale dite de Minamata impose une réduction de la pollution au mercure. Elle est entrée en vigueur en août 2017 après la signature de l’union européenne. Toutes les explications avec André Picot, toxicochimiste.

 

Créé en 1989, l’association de Toxicologie-Chimie (ATC) œuvre au développement de la toxicochimie : une discipline qui associe la chimie (science étudiant les produits chimiques) et la toxicologie (science étudiant les effets néfastes des produits chimiques). Son président André Picot évoque le problème du mercure.

Le mercure : un métal toxique à très petites dose

« C’est un métal toxique qui existe en très petites quantités dans les aliments et dans tous les êtres vivants.

J’ai proposé le terme de métal trace toxique à la place de celui impropre de métal lourd qui a été repris par l’Académie des Sciences. On essaye d’imposer ce langage car c’est plus correct pour les chimistes que métal lourd.

Ce métal est pratiquement le seul à être liquide à température ambiante : lorsqu’on le respire des vapeurs de mercure, une partie peut remonter par le nerf olfactif et atteindre directement le cerveau.

Lorsque vous respirez des vapeurs de mercure si vous cassez une ampoule fluocompactes (LFC) à basse consommation, un quart d’heure, une heure après vous commencez à avoir mal à la tête et ça c’est une agression du cerveau. »

Le mercure : un perturbateur endocrinien redoutable

« Le mercure agit sur la fertilité des femmes et des hommes.  Il peut faire des dégâts sur le futur bébé car quand une femme est enceinte, son placenta accumule au moins trois fois la dose de mercure qu’elle a dans le sang. Et malheureusement, il passe dans le bébé.

Et là, vous avez trois possibilités, soit le bébé est normal et c’est merveilleux. Soit il est hyperactif car la cible première est le cerveau.  Soit malheureusement il est autiste et c’est beaucoup plus grave. »

Depuis 2017, une convention encadre l’usage du mercure

« La convention de Minamata [du nom de la catastrophe de la baie japonaise de Minamata qui a fait des milliers de victimes de la pollution au mercure] est un traité international pour la protection de l’homme et de la nature contre les effets néfastes du mercure. Entrée en vigueur le 16 août 2017, elle oblige les états dans des délais plus ou moins longs selon les pays à interdire le mercure.

En Europe, c’est déjà réglé. Il est interdit d’extraire du mercure [Almaden en Espagne, la plus ancienne mine de mercure au monde est fermée]. On fait du recyclage.

Maintenant, on s’attaque à l’utilisation. On avait commencé par les thermomètres et les baromètres. Maintenant, ce sont les ampoules à basse consommation qui contiennent à peu près 3,5 mg de mercure par ampoule. C’est une aberration. Il faut acheter des LED.

La France est malheureusement le pays qui a le plus freiné pour que l’Europe signe cette convention. Elle a été l’un des derniers pays à la signer. »

 

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