Décryptage
En finir avec les maux de ventre inexpliqués

En finir avec les maux de ventre inexpliqués

Vous souffrez peut-être du syndrome de l’intestin irritable

Publié le 26.03.2018 Annie Casamayou, Naturopathe

Crampes au ventre, ballonnements, troubles du transit… Si ces symptômes désespérants vous empoisonnent après les repas, vous souffrez peut-être du syndrome de l’intestin irritable. Il est grand temps de savoir comment vous soulager naturellement. 

Quelques indispensables notions de physiologie

Pendant longtemps, les maux de ventre ont été mis sur le compte du stress et de l’anxiété mais, heureusement, cette idée est largement dépassée aujourd’hui. Le terme officiel est celui du syndrome de l’intestin irritable (SII). On parle aussi de colopathie fonctionnelle ou de côlon irritable. Quand plusieurs noms désignent la même maladie, c’est dire si elle est complexe et mal connue ! Les causes sont encore difficiles à déterminer, mais il est certain qu’elles sont en lien avec un déséquilibre du microbiote intestinal (le nom savant de la flore intestinale). La majeure partie de la population bactérienne du microbiote est présente dans le côlon, la dernière partie des intestins mais, dans le cas du SII, les bactéries pullulent en amont dans l’intestin grêle où elles amplifient les fermentations qui provoquent gaz, ballonnements et douleurs. D’ailleurs, les symptômes du SII surviennent fréquemment pour la première fois à la suite d’une gastro-entérite ou de la prise d’antibiotiques, des situations qui bouleversent la composition du microbiote.

Comment identifier le SII ?

Les symptômes qui permettent le diagnostic d’un SII sont clairement définis : la douleur abdominale doit être présente au moins un jour par semaine depuis les trois derniers mois et elle doit s’associer à au moins un des deux points suivants :

– Troubles de la défécation.

– Modification de la fréquence et/ou de la consistance des selles.

À partir de là, on différencie le SII de type C (constipation prédominante), de type D (diarrhée) et de type M (alternance des deux).

Le microbiote fait toute la différence

On pourrait donc penser que la prise de probiotiques – ces bactéries qui améliorent l’équilibre du microbiote – va être bénéfique. Et c’est en effet généralement exact en période de crise : les probiotiques peuvent être une solution efficace pour améliorer ponctuellement la digestion. Cependant, leur effet est limité car ils ne peuvent pas coloniser le côlon durablement. Les bénéfices disparaissent quand vous cessez de les avaler. Par ailleurs, des souches bactériennes bénéfiques pour une personne peuvent être inefficaces pour une autre, chaque microbiote possédant sa propre carte d’identité composée de centaines de familles de bactéries agissant en collaboration.

En réalité, le seul moyen de rééquilibrer votre microbiote en profondeur est de modifier votre alimentation. Une nourriture mal tolérée enflamme directement vos intestins et bouleverse votre microbiote. Généralement, si vous souffrez d’un SII, vous avez probablement déjà remarqué que le café et les aliments gras et frits ne vous réussissaient pas. Mais pour le reste, il faut un peu partir à l’aventure… Voilà les éléments pour vous aider à faire l’état des lieux.

Le lait, c’est pour les tout-petits

La lactase, l’enzyme qui permet de digérer le lactose, le sucre du lait, est programmée génétiquement pour disparaître après le sevrage, au moment où elle devient inutile. Passé l’âge de 3 ou 4 ans, un quart de la population continue malgré tout à bien digérer le lait grâce à une mutation de leurs gènes, mais plus de 40 % des Français sont intolérants. Pour les autres, la digestion plus ou moins laborieuse s’accompagne de la production de fermentations et de toxines dans les intestins. Le lactose n’est pas la seule molécule à poser problème : la caséine, la protéine du lait, peut aussi créer des sensibilités.

Éliminez les produits laitiers animaux pendant un mois pour voir si votre état s’améliore : bannissez strictement le lait, les yaourts, la crème, les glaces et les fromages. Lisez les étiquettes des produits industriels et vérifiez la présence de protéines de lait dans la charcuterie, les viennoiseries, les gâteaux, les frites, les sodas, etc.

Si l’éviction vous réussit, vous pouvez tenter de réintroduire des fromages à pâte dure. Ils sont sans lactose mais contiennent de la caséine. Si vos symptômes s’aggravent, cela signifie que vous êtes sensible à la caséine.

À savoir : les symptômes de l’intolérance au lactose sont très proches de ceux du SII. Le diagnostic d’une intolérance au lactose peut facilement être réalisé par un test respiratoire prescrit par votre médecin.

Le cas du gluten

Le gluten est l’autre grand responsable de l’inflammation chronique des intestins et de l’affaiblissement du microbiote et au moins 15 % de la population y seraient sensibles, sans toutefois présenter d’allergie ou d’intolérance. Il existe des tests d’hypersensibilité au gluten pour en avoir le cœur net, mais ils ne sont pas toujours fiables. Le plus simple (et le moins cher) est de faire l’essai d’un régime sans gluten pendant trois mois. Généralement, une amélioration est ressentie dès le premier mois.

À la place du blé et des autres céréales à gluten (avoine, seigle, orge), privilégiez le riz, le sarrasin, le quinoa et le millet.

Durant quelques semaines, vous devez faire l’essai d’un régime sans produits laitiers et sans gluten : c’est généralement celui qui est efficace pour soulager la plupart des symptômes du SII. Si cela ne suffit pas, il reste ensuite à évaluer l’implication des FODMAP, ces glucides qui peuvent jouer un rôle délétère dans les intestins.

Le régime sans FODMAP

Comme tout le monde, les bactéries peuplant le microbiote ont besoin de se nourrir pour se développer. Or, celles qui fermentent sont avides de FODMAP (Fermentable Oligo-, Di-, Mono-saccharides And Polyols-), un terme qui recouvre l’ensemble des glucides à chaîne courte présents dans les aliments. Si les FODMAP sont en quantité importante dans vos repas, les bactéries prolifèrent et fabriquent des gaz difficiles à gérer dans les intestins. Mettre en pratique un régime pauvre en FODMAP est efficace pour 75 % des personnes souffrant de SII. Mais les FODMAP se trouvent dans nombre d’aliments sains et ils ne sont pas évidents à repérer.

Où se trouvent les FODMAP ?

– Le blé, l’orge, le seigle, les poireaux, l’ail, l’échalote, l’artichaut, la betterave, le fenouil, les petits pois, la chicorée, les pistaches, les noix de cajou, les lentilles et les pois chiche.

– Le lait et certains fromages frais comme la ricotta et la mozarella.

– Les sirops, la pomme, la mangue, les cerises, la pastèque, les asperges, le sucre, les pois mange-tout, le miel, le sirop de glucose-fructose.

– Les édulcorants utilisés dans les produits industriels : sorbitol, mannitol, isomalt, maltitol, xylitol. Les abricots, les prunes, le chou-fleur, le poivron vert.

En pratique

Deux étapes permettent d’être au clair face à votre sensibilité personnelle aux FODMAP :

– Mettez en place un régime limitant autant que possible l’ensemble des aliments à FODMAP pendant deux mois.

– Si vous constatez une amélioration, il est important de retrouver une alimentation plus variée. Pour cela, testez la réintroduction de chaque aliment un par un afin de faire le tri entre les vrais fautifs et ceux que vous tolérez.

Les graines de psyllium blond

Régulatrices du transit, elles luttent à la fois contre la constipation et la diarrhée tout en modifiant la composition du microbiote.

La dose efficace est d’une à trois cuillères à soupe par jour, à prendre avec beaucoup d’eau.

Le curcuma

Pour ses vertus anti-inflammatoires et protectrices des muqueuses digestives, incorporez une cuillère à soupe de poudre de curcuma dans votre alimentation et, selon vos besoins, ajoutez des gélules d’un extrait sec bien dosé en curcumine.

La tisane reconnue par la Commission E (organisme gouvernemental allemand d’évaluation de l’efficacité des plantes médicinales)

Carvi : 10 g

Matricaire : 50 g

Menthe poivrée : 30 g

Prélevez une cuillère à café du mélange par tasse et faites infuser 10 minutes dans de l’eau bouillante. Filtrez et buvez avant chaque repas.

L’huile essentielle de menthe poivrée Mentha piperita

En cas de douleur, déposez deux gouttes de menthe poivrée sur un comprimé neutre et laissez fondre en bouche.

Attention, la prudence s’impose et fait interdire cette HE aux femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants de moins de 7 ans, aux cardiaques et aux épileptiques.

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