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Crohn : bien vivre malgré la maladie

Crohn : bien vivre malgré la maladie

« Changer d’alimentation m’a sauvé la vie »

Publié le 26.03.2018 Hortense Meltz

Encore peu connue, la maladie de Crohn s’attaque à n’importe quel segment du tube digestif. On ne connaît aucun traitement pour la guérir. En général, la maladie dure toute la vie. A 18 ans, Jeanne Deumier est diagnostiquée Crohn. L’échec des traitements la pousse à changer son alimentation. Le résultat dépasse ses espérances les plus folles, elle témoigne dans un livre publié chez Flammarion.

 

« En rémission complète. Votre muqueuse intestinale est complètement cicatrisée et ne présente plus aucune ulcération », constate le médecin gastro-entérologue. En ce mois de février 2017, Jeanne Deumier, âgée vingt-cinq ans, attendait non sans appréhension ce résultat qui met fin à un cauchemar qu’on lui annonçait permanent. Elle peut alors se mettre à l’écriture pour attester de sa guérison. « Ce livre* est un témoignage sur la façon dont la maladie de Crohn a bouleversé ma vie. J’y raconte comment, poussée par une intime conviction, j’ai changé drastiquement de mode d’alimentation après avoir remis en question l’ensemble de mes habitudes. Je voulais témoigner pour tous les gens en souffrance, tenaillés par la peur, que j’ai croisés dans les salles d’attente des hôpitaux. »

Corticoïdes et immunosuppresseurs

Nous sommes en 2010 et cela fait des mois que Jeanne souffre de maux de ventre, de diarrhées, de vomissements à répétition. Elle en vient à « être dégoûtée » de la nourriture. À ces problèmes s’ajoute une fatigue constante si bien qu’elle finit par consulter un médecin. Elle a dix-huit ans quand le verdict tombe : la coloscopie révèle une muqueuse intestinale touchée par une vingtaine d’ulcérations. « C’est un coup de massue, écrit-elle. C’est bien ce que je pensais, me dit le médecin. C’est une maladie de Crohn, une maladie inflammatoire chronique qui affecte tout ton appareil digestif. Plus ça touche jeune, plus ça risque de progresser vite. On va te mettre sous corticoïdes immédiatement. »

Encore peu connue, la maladie toucherait 200 000 personnes en France. Elle s’attaque à n’importe quel segment du tube digestif, bouche et anus compris. Très répandue dans les pays occidentaux, mais très peu dans ceux en voie de développement, on ne connaît aucun traitement pour la guérir. En général, la maladie dure toute la vie.

Une fois le diagnostic posé, Jeanne va vivre un véritable calvaire au quotidien, comme tous les malades de Crohn. Elle va d’échec en échec. Après deux ans de corticothérapie sans résultat satisfaisant, son gastro-entérologue lui prescrit un immunosuppresseur. Le traitement, prévu sur plusieurs années, doit ralentir la maladie auto-immune en détruisant certains « globules blancs qu’on pense être à l’origine des ulcères qui s’attaqueraient aux intestins », explique la jeune femme.

Mais, trois mois plus tard, l’immunosuppresseur ne semble pas porter ses fruits. « Je vomissais sans cesse. Je souffrais toujours de carences en fer et en vitamine B12 ; la maladie continuait de gagner du terrain », se souvient Jeanne. On a peine à imaginer la souffrance de la jeune malade à la voir aujourd’hui, assise dans le canapé de son appartement sous les toits parisiens, une tisane de pensées sauvages posée sur la table basse. Connue pour assainir la peau et nettoyer les organes, la pensée sauvage, comme de nombreuses autres plantes médicinales, fait désormais partie de sa nouvelle hygiène de vie.

Nous savons aujourd’hui qu’il existe un rapport direct entre les microbes qui vivent dans notre intestin et les maladies inflammatoires. L’intestin intéresse de plus en plus les chercheurs.

« J’arrête tout, j’ai envie d’essayer autre chose. »

« Nous savons aujourd’hui qu’il existe un rapport direct entre les microbes qui vivent dans notre intestin et les maladies inflammatoires. L’intestin intéresse de plus en plus les chercheurs, raconte le professeur Laurent Degos, membre de l’Académie nationale de médecine et premier président de la Haute autorité de santé (HAS), interrogé par Jeanne Deumier pour son livre. La bonne nouvelle, c’est que le rôle des bactéries dans l’intestin, leurs relations avec les inflammations, tout comme les facteurs qui ont un rôle clé dans ce genre de pathologies – l’alimentation notamment – sont aujourd’hui identifiés et bien compris. En revanche, nous ne savons pas encore comment manipuler ce microbiote… Des pistes de recherches sont en cours et nous sommes enfin dans une logique qui ne cherche plus simplement à atténuer les effets de l’inflammation, mais à trouver la racine de cette inflammation qui fait tant de mal. Désormais, le grand défi est de trouver comment modifier le microbiote d’un patient atteint d’une maladie comme Crohn. »

J’ai dit à ma gastro-entérologue : j’arrête tout, j’ai envie d’essayer autre chose. Laissez-moi six mois. Si la maladie a progressé dans six mois, j’accepterai de passer à un traitement plus lourd. J’ai arrêté les médicaments et je me suis tournée vers une alimentation saine et un mode de vie équilibré.

À l’époque, personne ne parle à Jeanne de son microbiote (de sa flore intestinale). Il n’a pas été encore popularisé par le livre de Giulia Enders, Le Charme discret de l’intestin (éd. Actes Sud), vendu depuis 2015 à plus d’un million d’exemplaires en France. En 2012, la malade est seule avec son intuition qu’elle se forge grâce à des rencontres (naturopathe, ostéopathe…) et des lectures (les méthodes du docteur Jean Seignalet et du professeur Henri Joyeux). « J’en suis venue à une déduction très simple : avec Crohn, à chaque fois que je mettais quelque chose dans ma bouche, c’était le début des souffrances. Il y avait donc bien un lien évident entre ce que je donnais à mon estomac, cet état inflammatoire qui me rendait si malade, et mes vilains ulcères. J’ai dit à ma gastro-entérologue : j’arrête tout, j’ai envie d’essayer autre chose. Laissez-moi six mois avec mon propre fonctionnement. Si la maladie a progressé dans six mois, j’accepterai de passer à un traitement plus lourd. J’ai arrêté les médicaments et je me suis tournée vers une alimentation saine et un mode de vie équilibré. »

 

Je suis convaincue que l’on peut faire basculer la maladie du bon côté. On peut guérir d’un Crohn ou d’une maladie inflammatoire chronique.

Rééquilibrage alimentaire et yoga

Trois mois plus tard, tous les symptômes de la maladie ont disparu : « Plus de crampes d’estomac, plus de vomissements, plus de sang dans les selles, plus de douleurs articulaires. Et, surtout, j’avais retrouvé cette énergie qui m’avait abandonnée. Aujourd’hui, les médecins me disent que “j’ai eu de la chance” ! » Pour Jeanne Deumier, il ne s’agit pas de chance, mais d’un combat mené grâce à un changement de vie radical : « Je suis convaincue que l’on peut faire basculer la maladie du bon côté. On peut guérir d’un Crohn ou d’une maladie inflammation chronique. »

Pour mener son « rééquilibrage alimentaire », elle a fait disparaître alcool, tabac, sucre, caféine, blé, lait, colorants, agents de conservation et, plus largement, tous les produits transformés ou modifiés. Elle a aussi drastiquement diminué les produits d’origine animale. Elle a diversifié les fruits et légumes qu’elle choisit frais, bio et de saison. Elle leur associe des herbes aromatiques, des épices, des tisanes, des fruits secs, des légumineuses et du « curcuma partout, dans tous les plats, associé à du poivre noir ». Du gingembre le matin, du zinc, de la L-glutamine (un acide animé essentiel qui renforce, entre autres, les cellules intestinales) et de la spiruline pour le fer aussi. Si l’alimentation a été le pilier de sa guérison, son combat contre le stress a été déterminant grâce au sport – notamment le yoga dont les bienfaits ont été « démontrés par la littérature scientifique américaine ».

 Dès sa sortie, le livre obtient l’écho que Jeanne Deumier espérait : « J’ai reçu énormément de courrier, d’emails, d’appels, c’est ce que j’attendais. » Tous les jours, elle a un message sur les réseaux sociaux d’une personne qui la remercie d’avoir changé sa vie.

Devenue « coach bien-être », la jeune femme a créé un compte Instagram, une page Facebook et un blog où elle partage les témoignages des lecteurs qui ont guéri d’une maladie inflammatoire en changeant d’alimentation. Elle anime régulièrement des ateliers sur le sujet. En répétant inlassablement : « J’ai rebâti ma santé toute seule », Jeanne Deumier veut porter un message d’espoir à tous les malades de Crohn.

Pour en savoir plus sur la phytothérapie et la maladie de Crohn, regardez la conférence du Dr Bruno Chacornac lors du 3e congrès international de santé naturelle à Paris. La vidéo est vente sur le site de l’Institut pour la protection de la santé naturelle (IPSN).

 

*À lire

Diagnostiquée Crohn, par Jeanne Deumier, éd. Flammarion, 2017, 224 p., 19 €.

9782081416963_DiagnostiqueeCrohn_CouvBandeau_HD

 

L’alimentation ou la troisième médecine, par le Dr Jean Seignalet, éd. Du Rocher, 2012.

Changez d’alimentation, par le Pr Henri Joyeux, éd. Pocket, 2016.

 

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