Décryptage
Armoise : la plante prix Nobel de médecine

Armoise : la plante prix Nobel de médecine

Comment va-t-elle éradiquer le paludisme ?

Publié le 13.02.2018 Annie Casamayou, naturopathe

L’armoise avec ses cinquante variétés forme une famille nombreuse aux propriétés vermifuges et antispasmodiques. En Afrique et en Asie, cette plante médicinale est aussi très utilisée contre les formes graves de paludisme, quand le parasite devient résistant aux médicaments. Une découverte distinguée par un prix Nobel de médecine.

Réputée pour ses pouvoirs magiques, l’armoise s’est fait connaître très tôt, car elle était dédiée au culte d’Artémis, l’une des divinités grecques les plus vénérées, déesse de la chasse et protectrice des naissances, à l’origine de son nom savant d’Artemisia.

Dans l’Antiquité, porter un bouquet d’armoise à la ceinture protégeait des mauvais esprits, et en accrocher aux portes des maisons chassait les épidémies. Au Moyen Âge, lors des feux de la Saint-Jean, on portait une couronne d’armoise pour danser avant de la jeter aux flammes pour s’assurer une bonne santé toute l’année. La trouver sur son chemin portait bonheur. Aujourd’hui, si on ne lui attribue plus de don magique, elle continue à être brûlée, notamment dans la tradition amérindienne, pour se purifier spirituellement et favoriser les rêves.

Un prix Nobel contre le paludisme

En 2015, l’armoise annuelle (Artemisia annua) est mise en avant lorsqu’une scientifique chinoise de 84 ans, Youyou Tu, reçoit le prix Nobel de médecine pour sa découverte de l’artémisinine, une molécule de cette variété d’armoise efficace contre le paludisme. Cette maladie chronique, qui fait des ravages dans les zones tropicales en Asie et en Afrique, est particulièrement difficile à soigner, car les parasites qui en sont les vecteurs développent rapidement des résistances aux médicaments de synthèse.

 Les recherches de Youyou Tu commencent en 1967, sur l’ordre de Mao qui veut éradiquer le paludisme dans son pays. Si l’armoise annuelle est une plante très connue en Chine, où elle est l’« herbe des médecins » traditionnels – ils utilisent des bâtonnets d’armoise séchée, ou « moxa », pour chauffer et stimuler des points d’acupuncture –, son usage contre le paludisme est alors oublié.

Youyou Tu découvre l’armoise, préconisée depuis des millénaires pour lutter contre les fortes fièvres provoquées par le paludisme, en épluchant les vieux traités de médecine chinoise. Durant des dizaines d’années, elle effectue des tests, tâtonne et finit par identifier l’artémisinine, la principale molécule active de l’Artemisia annua, toxique pour les parasites qui transmettent le paludisme tout en faisant baisser la fièvre. Elle poursuit ses expériences et développe une thérapie contre la maladie grâce à l’extrait de l’armoise annuelle.

Un traitement polémique

Actuellement, la plupart des médicaments de synthèse antipaludéens peuvent provoquer des effets indésirables, dont certains sont particulièrement préoccupants. Le chanteur Stromae en a été victime suite à un traitement préventif de Lariam lors d’une tournée en Afrique en 2015. Il a dû annuler une dizaine de concerts et être rapatrié d’urgence ; aujourd’hui encore, il lui arrive de souffrir de séquelles [1].

Pourquoi ne pas préférer l’armoise dénuée d’effets secondaires ?

Les études ne seraient pas encore tout à fait suffisantes pour convaincre tout le monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’est pas convaincue et ne recommande pas l’usage de la plante seule, car les extraits naturels d’artémisinine ne sont pas standardisés et ne répondraient pas aux normes requises. L’OMS indique que « le meilleur traitement disponible, en particulier pour le paludisme à P. falciparum, est une combinaison thérapeutique à base d’artémisinine (CTA). »

Néanmoins, en Afrique, parmi les populations locales qui privilégient l’Artemisia annua pour des raisons de coût, la preuve de son efficacité préventive et curative semble être faite [2].

Afin de prévenir la contamination, la prévention est indispensable et les associations qui travaillent dans les zones à risques recommandent de boire, tous les soirs, une infusion d’Artemisia annua ou de prendre des gélules de poudre de la plante.

Elle soulage les règles douloureuses

L’armoise commune (Artemisia vulgaris) fait partie de la grande famille des Astéracées. Elle a été employée, depuis l’Antiquité, comme remède des troubles féminins, une utilisation qui subsiste encore aujourd’hui.

L’armoise commune est emménagogue, elle facilite la venue des cycles, les régularise et soulage les règles douloureuses – des qualités particulièrement appréciables pour les toutes jeunes filles au moment de la puberté [3]. Elle lutte également contre le syndrome prémenstruel et facilite le passage vers la ménopause en diminuant les bouffées de chaleur.

En revanche, l’armoise est à proscrire pendant la grossesse car, à forte dose, elle augmente le risque de fausse couche. Autrefois, elle était appliquée en cataplasme, sur le ventre, pour déclencher les contractions au moment de l’accouchement.

L’infusion emménagogue

Verser de l’eau frémissante sur une cuillère à soupe de feuilles d’armoise Artemisia vulgaris. Laisser infuser 10 minutes. Boire 3 tasses par jour.

À utiliser pour faciliter la venue des menstruations en commençant une semaine avant la date prévue.

Se débarrasser des vers intestinaux

Le rôle d’Artemisia est loin de se limiter aux soins des femmes. On la dit aussi antispasmodique, tonique apéritive et digestive grâce à ses principes amers. L’armoise commune peut aider à se débarrasser des oxyures, des vers intestinaux qui infestent souvent les enfants.

L’armoise traite efficacement les douleurs d’estomac et stimule la sécrétion des sucs gastriques. Elle normalise les fonctions de la vésicule biliaire, lutte contre les troubles diarrhéiques et la nausée [4].

La décoction vermifuge[5]

Porter à ébullition un litre d’eau froide avec 3 cuillères à soupe de feuilles d’armoise.

Laisser frémir une minute avant de couper le feu.

Hors du feu, laisser infuser 5 minutes.

Boire 2 à 5 tasses par jour.

Pour les enfants de moins de 8 ans, une seule cuillère à soupe d’armoise par litre d’eau suffit. Éviter un usage prolongé.

 

Recommandations :

Ces conseils ne dispensent pas d’un avis médical. Si les symptômes persistent, consultez votre médecin. Gardez en tête que les plantes médicinales peuvent avoir des interactions avec d’autres médicaments. Privilégiez les plantes de qualité biologique, locales et avec une bonne traçabilité.

 

[1] https://www.ouest-france.fr/culture/people/stromae/lariam-le-traitement-anti-paludisme-qui-rendu-stromae-malade-5222974

[2] H. Zime-Diawara et al. / Int. J. Biol. Chem. Sci. 2015, 9(2): 692-702

[3] Kwang Ok Lee, Sue Kim, Soon Bok Chang et Ji Soo Yoo, Effects of Artemisia A. Smoke(Ssukjahun) on Menstrual Distress, Dysmenorrhea and Prostaglandin F2α, Korean J. Women Health Nurs, juin 2009, 15(2):150-159

[4] Arif-ullah Khan et Anwarul Hassan Gilani, Antispasmodic and bronchodilator activities of Artemisia vulgaris are mediated through dual blockade of muscarinic receptors and calcium influx, J. Ethnopharmacol, septembre 2009, PMID:19751814

[5] Dr Claudine Liu, Les 250 remèdes naturels à faire soi même, éditions Terre Vivante 2016.

 

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