Décryptage
La pollution : un risque majeur pour le cœur

La pollution : un risque majeur pour le cœur

Une nouvelle étude étonnante

Publié le 22.01.2018 Claire Sergent

Tous les ans, la fondation Cœur & Recherche récompense trois projets de recherche en les finançant pendant deux ans. Cette année, l’un des lauréats s’intéresse à l’incidence de la pollution sur les risques d’infarctus et de récidives et, autre fait intéressant, à l’incidence d’une autre forme de pollution, sonore : le bruit.

 

La pollution est « un problème majeur de santé publique », déclare le Pr Yves Cottin, cardiologue au CHU de Dijon. Chaque année en France, « 48 000 décès prématurés sont liés directement à la pollution », ajoute-t-il. Les dangers de la pollution pour notre santé ne sont plus à démontrer et les cardiologues ont été parmi les premiers à lancer l’alerte (cf. liens en bas de page). Pour autant, on ne mesure pas encore complètement l’ampleur de l’incidence de la pollution, qu’elle soit atmosphérique ou sonore, ni comment s’en prémunir.

Les risques d’infarctus du myocarde liés à la pollution

Le projet ENVI-MI est l’un des trois lauréats sélectionnés par la fondation Cœur & Recherche. Ce projet, porté par le Pr Yves Cottin, va évaluer les risques d’infarctus du myocarde liés à l’exposition à la pollution, en milieu urbain, ainsi que les risques de récidives. Le Pr Marianne Zeller, cardiologue et chercheuse en physiologie à l’université de Bourgogne-Franche-Comté, collabore également au projet. Le premier effet, selon elle, est respiratoire. « On sait que c’est un facteur aggravant chez des patients qui souffrent d’une insuffisance respiratoire ou pour les asthmatiques » mais, poursuit-elle, « ce que l’on sait beaucoup moins, c’est que le risque cardio-vasculaire », notamment le risque de crise cardiaque est « un risque majeur avec la pollution ».

Ce projet repose sur l’expertise d’une équipe qui collecte des données sur les infarctus du myocarde depuis 2001, l’observatoire RICO (registre des infarctus de Côte-d’Or), menée par le Pr Zeller. Cette base de données, unique en France, permet d’étudier une large population de 15 000 personnes, dans une partie de la métropole dijonnaise, environ 15 communes. Cette étude, la première de cette ampleur, s’effectue en collaboration avec une équipe de chercheurs de Besançon qui cartographient les niveaux de polluants de l’air ambiant. Ils vont mesurer en fonction du lieu d’habitation, le niveau de 3 polluants : les particules fines, le dioxyde d’azote et l’ozone.

À Dijon, ville peu polluée, les risques existent déjà.

À Dijon, le niveau de pollution est modeste, mais le Pr Marianne Zeller affirme disposer « d’arguments scientifiques » qui lui « permettent de penser que même à des niveaux modestes, l’exposition aux particules fines est associée à un sur-risque d’infarctus du myocarde ». Cette étude propose de s’intéresser à une autre problématique originale : dans quelle mesure vivre à proximité d’un espace vert et/ou d’une zone bleue (autrement dit près d’un lac, d’une rivière ou d’un cours d’eau) a un effet bénéfique sur la santé ? Pour le professeur Zeller, les pistes que cette étude veut approfondir sont celles d’un « effet sur le bien-être et la santé mentale », notamment l’effet sur « les hormones du stress dont on sait qu’elles sont fortement impliquées dans le risque cardio-vasculaire », poursuit-elle.

Le bruit : un facteur aggravant des maladies cardio-vasculaires

L’originalité de ces travaux vient justement de cette relation établie entre le développement des maladies cardio-vasculaires et la pollution sonore. Le Pr Marianne Zeller précise que même si le nombre d’arguments dont ils disposent pour l’instant « est faible », toute l’équipe « va essayer de les étayer » pour démontrer « que le bruit influe sur le système cardio-vasculaire probablement par différentes voies ». Une voie majeure viendrait du fait que la pollution sonore favorise « l’élévation de la pression artérielle, or dans la problématique de l’hypertension, c’est un risque majeur d’infarctus du myocarde », conclut-elle. Le CHU de Besançon va réaliser des cartes extrêmement précises de l’exposition à la pollution atmosphérique et sonore à Dijon.

Une étude qui pourrait ouvrir la voie vers bien d’autres

L’étude est en cours, il faudra être patient avant d’obtenir des résultats définitifs. Mais elle pourrait être pionnière. Le choix de Dijon n’est pas anodin, le seuil de pollution y est relativement faible. Cela permet d’imaginer ce que pourrait révéler l’étendue de cette étude à des villes plus polluées comme Paris ou la vallée de l’Arve, aux pieds du Mont-Blanc. D’autres points essentiels pourraient également être développés par la suite : l’incidence sur une exposition pendant plusieurs années et sur des enfants, sachant qu’« il est prouvé que la pollution peut s’infiltrer à travers le placenta », déclare le Pr Zeller.

Pour en savoir plus sur l’incidence de la pollution sur la santé :

Un cardiologue lance l’alerte : son association mesure l’impact des polluants sur la santé :

http://www.pensees-sauvages.com/2017/01/20/cardiologue-pollution-alerte/

Comment naissent vraiment les maladies ? La pollution pointée du doigt :

http://www.pensees-sauvages.com/2016/08/16/comment-naissent-maladies/

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