Décryptage
Détox : la grande arnaque

Détox : la grande arnaque

Un bain de jouvence ou une pénitence ?

Author picture Publié le 02.01.2018Le docteur Camille Isnard est médecin et phytothérapeute. Elle nous livre son regard bienveillant et incisif sur nos pratiques de santé.

Comment ? Nous voilà en janvier et nous n'avons toujours pas fait notre cure de détox ?

 

Depuis quelques années, on ne peut pourtant échapper à cette injonction. Cette cure prend entre quelques jours et 3 semaines et englobe tout un éventail de procédés censés nous faire reluire comme un sou neuf, par le biais de diverses substances à la naturalité discutable, mais vendeuse.

Alors que, aidé d’une armada de micro-organismes, l’humain élimine physiologiquement et en permanence ce qui est mauvais pour lui, il est vrai que, à force de surmenage, il a aussi le droit de se mettre en grève.

Par exemple, si nous nous remplissons de junk-food et restons assis toute la journée, victimes de réunionites chroniques en rêvant d’une autre vie, il y a fort à parier que nous développerons un foie gras, entre autres borborygmes embarrassants et frustrations asphyxiantes. La « cure détox » peut avoir un intérêt transitoire. Reste à définir lequel et pour qui.
Si nous mangeons intelligemment, et avec plaisir, tentons d’éviter les toxiques environnementaux sans obsession, utilisons les circuits courts, suivons les saisons, bougeons, partageons, aimons ce que nous sommes et ce que nous faisons, apprenons à écouter et à comprendre nos besoins et ceux des autres… La « cure détox » nous fera-t-elle vivre mieux et plus longtemps ? Probablement pas… Mais nous avons le droit d’être masochiste.
Si nous oscillons entre ces deux comportements, quelques efforts peuvent être payants sur le long terme: bouger plus, manger mieux, se réaliser. Pour certains, la « cure détox » permettrait d’amorcer un changement…

La « cure détox » nous rendra-t-elle immortels ? Aucunement.

Alors pourquoi ?

Parfois, l’humain est vulnérable, mal dans ses pompes, déconnecté de lui-même, hyper-connecté à ses frustrations et son smartphone, s’inventant des vies virtuelles par incapacité d’affronter le réel, décevant…Toujours, l’humain meurt. Alors, il trouve un réconfort immédiat dans des substances addictives, symboliquement actives, le consumérisme ou autres moyens de faire diversion, puis culpabilise et recommence.

Oui, l’alimentation est l’un des piliers fondamentaux de la santé et il est primordial de le marteler : on ne fabrique pas une maison durable sans fondation adaptée.

Oui, l’« alimentation santé » existe, elle est joyeuse et bénéfique au quotidien, pas seulement 7 jours par an dans la contrainte.

Oui, après un excès, il est mieux et souvent spontané de ne pas recommencer. D’ailleurs, après la crise de foie post-orgies de Noël, ma grand-mère me faisait du bouillon et des tisanes car je ne pouvais rien avaler d’autre! On appelait ça « le bon sens ». Est-il révolu ?

Oui, la « cure détox » est une intox, un vain rituel expiatoire, une grande prêtresse marketing qui ne nous purifiera ni ne nous délivrera du mal, mais continuera d’entretenir le marché lucratif de la souffrance autant que nos névroses. Le bien-être est un apprentissage continu, une remise en question parfois angoissante, où le miracle, même en ampoules, n’a pas sa place.

Alors, voyons plus loin, grandissons, n’ayons pas peur de la réalité, soyons curieux et découvrons ce qui nous fait du bien authentiquement et durablement. C’est le plus sûr chemin vers le bonheur !

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