Décryptage
Accros au running : attention danger !

Accros au running : attention danger !

L’excès de sport est nocif pour la santé

Publié le 18.12.2017 Claire Sergent

Marathon, trail, ultra-trail… le running s’est imposé comme le sport incontournable. Le temps du jogging du dimanche est révolu. La course à outrance et le dépassement de soi mettent en danger notre santé. Affaiblissement des reins, du cœur, descente d’organes, abaissement de l’espérance de vie… À quel point l’abus de running est-il dangereux ? Pensées sauvages y répond.

 

Cet article s’adresse aux accros au sport, à ceux que l’on peut qualifier de bigorexiques [dépendance excessive à l’activité sportive], ou bien simplement à ceux qui oublient de bien se préparer, de bien récupérer ou de prendre soin de leur corps. Il est tout de même important de rappeler qu’il y a plus de morts de sédentarité que d’accidents graves dus à l’activité physique excessive.

1. Le cœur mis à rude épreuve

« Le sport blesse et peut générer des problèmes de santé », reconnaît le Dr Roland Krzentowski, médecin du sport. Mais alors qu’il peut aujourd’hui être prescrit par tout généraliste et que son efficacité est prouvée dans de nombreux domaines, notamment dans la prévention des cancers du sein, « il n’y a pas de médicament qui n’ait pas d’effets secondaires quand ils sont mal pris ou à des doses excessives », affirme-t-il. Fervent avocat des bienfaits du sport sur la santé, il est le fondateur de Mon stade, un complexe privé, situé dans le XIIIe arrondissement de Paris. Dédié à la pratique sportive et à son encadrement médical, ce lieu accueille des sportifs de haut niveau et des personnes souffrant d’affections de longue durée. Le Dr Roland Krzentowski explique que « pour s’améliorer, il y a des moments où il faut tutoyer ses capacités maximales » et, dans ces moments, « il peut y avoir un risque ». Les courses de longue distance peuvent entraîner des « complications ostéo-articulaires, musculaires : les tendinites, le genou, la cheville, les pieds », détaille-t-il, même si, souvent, « ces articulations ne sont pas suffisamment protégées ».

Des risques bien plus graves existent. « Chaque année, en France, on estime à 1 300 le nombre de morts subites et à 1 500 le nombre d’infarctus du myocarde non mortels survenant pendant ou après la pratique sportive », peut-on lire sur le site de l’association des cardiologues du sport. Il s’agit même d’un « enjeu de santé publique ». Avec le vieillissement de la population et le nombre croissants de vétérans qui se lancent dans la pratique d’une activité physique intense, ces accidents risquent d’augmenter, lit-on encore.

2. Le rein, victime de déshydratation

De rumeurs d’urgentistes, il n’est pas rare de retrouver des marathoniens aux urgences, certains ayant même besoin d’être dialysé après une course. Il est bien sûr impossible de chiffrer ces cas. Une étude menée par l’université de Yale, aux États-Unis, donne certaines indications. Réalisée auprès d’un groupe de 22 coureurs (9 hommes et 13 femmes), âgés de 41 ans en moyenne, à l’issue du marathon de Harford, dans le Connecticut, en 2015, elle a été publiée sur le site américain American Journal of Kidney Diseases et démontre que courir un marathon peut avoir des répercussions négatives, à court terme, sur  le fonctionnement des reins. Durant les 48 heures suivant la course, les chercheurs ont constaté que 82 % des coureurs souffraient d’insuffisance rénale aiguë de stade 1, leurs reins ne filtrant plus correctement le sang. L’insuffisance disparaissait au bout de deux jours, mais les chercheurs ont tout de même voulu alerter sur la souffrance engendrée pour cet organe quand cette activité est répétée.

Pour le Dr Roland Krzentowski, ce qui atteint les reins, « c’est la déshydratation ». Celle-ci « diminue le volume liquidien au sein du corps alors que le rein a plus de protéines, produites par les muscles, à filtrer (les CK, créatine kinase) ». Pour lui, l’accident est lié à « une mauvaise maîtrise des éléments extérieurs » de la part du coureur ou de la coureuse. Si cette personne « s’était hydratée suffisamment, n’avait pas couru parce que la chaleur était trop grande, ou si elle s’était mieux protégée de la chaleur, elle aurait évité la déshydratation ». Les experts de l’université de Yale rejoignent le Dr Krzentowski en pointant du doigt « l’augmentation de la température corporelle et la déshydratation » comme facteurs responsables de l’insuffisance rénale, mais ils notent également « la diminution du débit sanguin vers les reins ».

3. La longévité écornée

Le sport intensif est un facteur reconnu d’oxydation cellulaire. « Notre organisme produit en permanence (à chaque fois que nous respirons) des substances toxiques pour nos cellules : les radicaux libres », indique l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Normalement, notre corps contient un système de détoxification interne qui permet de s’en débarrasser. Mais il arrive que ce système ne soit pas suffisant. « Les radicaux libres vont alors s’accumuler et causer des dégâts », c’est ce qu’on appelle le stress oxydatif. Schématiquement, un marathonien ou un ultra-trailer est une victime privilégiée de cette oxydation cellulaire. La surconsommation d’oxygène pendant l’effort, l’intensité de l’effort prolongé et répété, souvent à des cadences de plus en plus élevées, sont un cocktail d’ingrédients propices à l’oxydation cellulaire. Mais l’alcool, le tabac, la pollution, le manque de sommeil, une trop forte exposition au soleil… sont aussi propices à ce stress.

Les cardiologues James O’Keefe et Carl Lavie, en avocats d’un régime de course léger, s’inquiètent d’un abaissement de la longévité causé par la quête de performance en running. « Courir trop vite, trop loin et pendant de trop longues années peut raccourcir votre existence », écrivent-ils [1]. Carl Lavie, qui a mené des études complémentaires, précise cependant que, si la course à pied peut avoir des conséquences négatives sur la santé, elles sont rares.

Pour James O’Keefe, l’intensité et la distance de la course qu’il faudrait pratiquer dans le but d’optimiser sa longévité seraient une à trois séances par semaine de 3 à 5 kilomètres. Il note : « L’entraînement à long terme et la compétition dans des épreuves d’endurance extrêmes peuvent prédisposer à des problèmes cardiovasculaires qui ne se manifestent pas dans des formes plus modérées d’activité physique. »

4. Descente d’organes : le périnée malmené

Autre rumeur que Pensées sauvages a souhaité vérifier : la course favoriserait la descente d’organes chez les femmes. C’est le cas de « beaucoup de sports », répond le Dr Krzentowski. La femme est beaucoup plus sujette à ce risque pour des raisons anatomiques. « Nous avons tous un bassin qui est fait d’un plancher : le périnée », explique le médecin du sport. Ce plancher subit des pressions quand on court et quand on respire. Si l’on respire mal, le diaphragme va créer des pressions qui vont créer des descentes d’organes, les complications les plus communes étant les insuffisances urinaires.

Toutes les disciplines qui créent des hyperpressions abdominales entraînent des risques d’insuffisance du périnée. Le Dr Roland Krzentowski cite l’exemple des abdominaux : « Si vous les faites mal, en respirant à l’envers, vous allez en même temps contracter les abdominaux et inspirer, et donc créer une double pression. » Une personne qui court un marathon et qui n’est absolument pas préparée à la bonne respiration, au contrôle de son périnée, à celui des hyperpressions abdominales, « va multiplier par cinq, six, sept voire dix, les risques d’insuffisance du périnée », conclut-il.

Faut-il pour autant recommander aux femmes de ne pas courir de trail ou de marathon ? La réponse est non pour ce médecin du sport, « mais parce que c’est un facteur de risque connu, il faut d’autant plus se préparer pour les éviter ». Il préfère laisser à chacune la possibilité de trouver un équilibre entre le plaisir que lui procure la course à pied et les inconvénients qui en découlent – qu’il faut apprendre à mieux contrôler.

5. Comment faire du sport en toute sécurité ?

Pour que l’activité physique soit sécurisée et pour en diminuer les effets secondaires, elle doit être pratiquée « avec progressivité et justesse » et « adaptée à la personne », déclare le Dr Krzentowski. Certaines recommandations semblent évidentes : on commence par s’échauffer, on fait monter la température du corps, on mobilise ses articulations pour les préparer à l’effort et, comme l’activité physique a souvent une action de contraction et de rétraction musculaire, on termine par ce que le médecin du sport appelle « une récupération ». Il s’agit d’un « relâchement musculaire » pendant lequel « on se laisse étirer », une séquence rythmée par la respiration qui « va contribuer au relâchement musculaire, à la diminution du risque cardiaque et à l’oxygénation ». « L’hygiène que l’on doit avoir de son corps », résume-t-il.

Petite remarque, on ne parle pas d’étirement, l’idée n’étant pas d’aller le plus loin possible, ni de le faire par à-coups dans le but d’allonger toujours plus son muscle. « Le sport crée des lésions musculaires », justifie le fondateur de Mon stade. Par exemple, quand vous courez, « vous détruisez des petites cellules musculaires ». Rien de grave « puisque c’est leur reconstitution qui va vous renforcer », mais il n’est pas recommandé, après avoir créé des lésions, « d’en ajouter par un étirement qui serait trop violent ».

L’association des cardiologues du sport a dressé une liste de dix recommandations, appelées ses « dix règles d’or ». Par exemple, avant de se lancer dans une course, « il est conseillé de s’entraîner environ trois mois avant ». Pour protéger son cœur, « il est important de se connaître, d’avoir de bons repères d’entraînement pour éviter le surrégime ». Pour échapper à la déshydratation, il faut « boire, à l’entraînement comme en compétition, et éviter de courir par des températures extrêmes, et lors des pics de pollution ». Pour les fumeurs, ne surtout pas toucher à une cigarette « les deux heures qui précèdent ou suivent la pratique sportive ».

Ils recommandent par ailleurs d’effectuer « un bilan médical avant de reprendre une activité sportive intense pour les hommes de plus de 35 ans et les femmes de plus de 45 ans ». Et, surtout, de « signaler à son médecin toute douleur dans la poitrine ou essoufflement anormal survenant à l’effort, toute palpitation cardiaque et tout malaise ».

 

[1] James O’Keefe, Carl Lavie, Harshal R. Patil, Anthony Magalski, Robert Vogel et Peter McCullough, « Potential Adverse Cardiovascular Effects from Excessive Endurance Exercises », Mayo Clinic Proceedings, 2012
Lavie, J. O’Keefe D. Lee, X. Sui, R. Arena, T. Church, R. Milani, S. Blair, « Effects of Running on Chronic Diseases and Cardiovascular and All-Cause Mortality », Mayo Clinic Proceedings, 2015.
www.newyorker.com/tech/elements/extreme-exercise-and-the-heart
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