Acteurs du changement
Un urgentiste découvre le pouvoir des plantes

Un urgentiste découvre le pouvoir des plantes

Si l’avenir de la médecine passait par les plantes ?

Publié le 11.12.2017 Hortense Meltz

Habitué à soigner dans les conditions extrêmes, des massifs alpins au désert de Gobi, le Dr Bernard Fontanille est parti interviewer des guérisseurs à travers le monde. Ces rencontres ont changé son regard sur la médecine.

 

Tout a commencé quand le Dr Bernard Fontanille a croisé par hasard la route de chamanes, au fin fond d’une forêt indonésienne. Médecin urgentiste à l’hôpital de Chamonix, il travaillait sur le tournage de l’émission de Frédéric Lopez Rendez-vous en terre inconnue. Intrigué, il discute avec eux pour essayer de comprendre ces soignants d’ailleurs : « comment faire quand on doit soigner et que l’on a que des plantes à sa disposition ? J’ai découvert un autre monde, raconte Bernard Fontanille, où les contraintes, les exigences des malades, tout était différent ». Animé par ce désir, il en a fait deux séries de documentaires (40 films) Médecines d’ailleurs de 26 minutes diffusés par Arte en 2014 et 2016 et deux livres qui accompagnent la série.

C’est l’histoire d’un médecin urgentiste habitué aux interventions en terrains difficiles qui part faire le tour du monde des pratiques médicales traditionnelles.

Peut-être que dans 20 ans, les médecins réapprendront à soigner avec les plantes et que l’on rira de la manière dont on soigne aujourd’hui.

Savoir traditionnel et recherches scientifiques peuvent se rejoindre

Au départ peu adepte de ces médecines qualifiées de complémentaires le Dr Fontanille découvre que ces tradipraticiens connaissent parfaitement, de façon empirique, les molécules actives des plantes auxquelles ils associent des rituels. Et que ça marche. D’ailleurs chaque jour de nouvelles études scientifiques valident la pertinence de ces traditions thérapeutiques !

Pour preuve, l’histoire étonnante qui a servit de point de départ à l’épisode du documentaire tourné au Cameroun : il y a 4 ans, Germain Sotoing Taïwe, aujourd’hui chercheur en pharmacologie, contacte un laboratoire grenoblois afin d’étudier les effets sur la douleur d’un arbre emblématique de la médecine traditionnelle africaine, le Nauclea latifolia, ou pêcher africain. L’institut des neurosciences de Grenoble a analysé la racine de Nauclea latifolia et y a trouvé une très forte concentration d’une molécule antalgique en tout point identique à une autre molécule synthétisée chimiquement il y a 40 ans, le Tramadol !

Cet antidouleur, un opioïde, découvert sur la paillasse d’un chimiste allemand qui cherchait à fabriquer un dérivé de la morphine, existait en fait déjà à l’état naturel.

Il y a bien d’autres exemples de molécules naturelles réinventées par l’homme qui donnent beaucoup de crédit aux guérisseurs. Ainsi, le dernier Nobel de médecine a été décerné en 2015 à la chercheuse chinoise Youyou Tu pour récompenser sa découverte de l’artémisine, le principe actif de l’artémisia annua, une plante utilisée depuis 2000 ans par la médecine traditionnelle chinoise comme remède au paludisme. « Encore une plante qui a sauvé le monde » résume Bernard Fontanille.

Médecines alternatives ou complémentaires ?

Le médecin a récolté beaucoup de récits de ces soins surprenants et efficaces d’une sagoma en Afrique du sud, d’un medecine-man navajo aux Etats-Unis, d’une guérisseuse à Madagascar, d’une sage-femme au Mexique, des guérisseurs au Sénégal, Philippines, Vietnam… Mais il n’est pas question de mélanger les genres : loin de lui l’idée de considérer les médecines traditionnelles comme des médecines alternatives.

Il n’y a pas d’alternative, ce sont des médecines complémentaires issues de démarches différentes et les pathologies mortelles ne peuvent être traitées que par l’allopathie. Le recul de la mortalité s’est fait grâce aux progrès de l’hygiène et de la médecine occidentale, par delà le rôle des plantes. Cela ne l’empêche pas d’être favorable par exemple à l’intervention des coupeurs de feu à l’hôpital pour soulager les patients des brûlures des radiothérapies. Il ne s’agit pas pour Bernard Fontanille, d’opposer deux conceptions mais de progresser en rappelant à notre médecine d’autres conceptions du corps et de la maladie. Après tout, la médecine occidentale elle-même n’est pas une science exacte. « J’ai vu tellement des molécules, arriver et disparaître. Peut être que dans 20 ans, les médecins réapprendront à soigner avec les plantes et que l’on rira de la manière dont on soigne aujourd’hui, s’interroge le Dr Fontanille. »Dr Bernard Fontanille home

A lire : Médecines d’ailleurs, rencontre avec ceux qui soignent autrement, tome 2, du Dr Bernard Fontanille et Alice Bomboy, Editions La Martinière, 29 euros.

Courtesy Editions de La Martinière © Bonne Pioche Télévision / Arte France – 2016.

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