Décryptage
Quand la science valide l’efficacité de la méditation

Quand la science valide l’efficacité de la méditation

Méditer rend plus intelligent

Publié le 06.11.2017 Cécile Coumau

C’est désormais prouvé par les neuroscientifiques : la méditation participe à la plasticité cérébrale, cette capacité du cerveau à se transformer tout au long de sa vie. Voici à quoi ressemble le cerveau d’un moine bouddhiste.

 

Voir ce qui se passe dans le cerveau pendant une phase de méditation… Cette idée, c’est le Dalaï-lama lui-même qui l’a eue en 2000. Suite à cette suggestion, des pratiquants de la méditation – confirmés et novices – ont prêté leur cerveau à la science ! Seize ans plus tard, après de nombreuses expériences menées dans une vingtaine d’universités américaines, les résultats sont là : des modifications au niveau de l’activité et de la structure du cerveau ont pu être mesurées. « Ces travaux sont encore jeunes et nos outils, assez grossiers, ne nous permettent de voir que des transformations majeures  », prévient Karim NDiaye, chercheur en neurosciences cognitives et en psychologie à l’ICM (Institut du Cerveau et de la Moelle épinière), un centre de recherche de renommée internationale implanté à Paris à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière. Grâce à l’IRM anatomique, ces recherches ont cependant mis en évidence une plus grande densité de matière grise dans certaines régions du cerveau (tel l’hippocampe, l’un des centres de la mémoire) chez les personnes qui méditent. Or, la matière grise, qui contient les neurones, joue un rôle majeur dans le traitement des informations.

Pour mesurer l’activité cérébrale, c’est la même machine mais programmée différemment, l’IRM fonctionnelle, qui est utilisée. «  Nous demandons aux participants de réaliser une tâche attentionnelle pendant l’examen. Par exemple, ils doivent regarder une série des lettres qui s’affichent successivement et au sein desquelles se glissent parfois un ou plusieurs chiffres (par exemple un 7  puis quelques lettres plus tard, un 3). À la fin de la série, on leur demande de dire le ou les chiffre(s) qu’ils ont vu(s). Or, explique Karim Ndiaye, les sujets ne ”voient “ pas le 3 s’il est trop proche du 7 parce que l’attention est captée par le premier chiffre. Les moines bouddhistes sont beaucoup moins affectés par ce phénomène de capture attentionnelle et restent capables de donner le deuxième chiffre même s’il suit d’assez près un premier chiffre. Ils ont une faculté d’attention hors norme. » Ce phénomène s’observe aussi, même s’il est moins marqué, après 3 mois de pratique méditative.

L'autre faculté étudiée grâce à l'imagerie est la «régulation émotionnelle» car l'empathie, la bienveillance et le non-jugement sont au cœur des pratiques.

En effet, la méditation semble augmenter l’activité dans les régions limbiques, que l’on appelle aussi le cerveau émotionnel. Face à la douleur d’autrui, il semblerait que le ressenti soit différent : la méditation aiderait à partager les émotions sans en être affectée négativement. Le comportement s’en trouverait du coup modifié : « Dans une étude récente, raconte Karim Ndiaye, des chercheurs ont testé à leur insu des participants après 8 semaines de méditation. Une fois les participants installés dans la salle d’attente du centre de recherche, les chercheurs ont fait entrer un complice avec la jambe dans le plâtre et des béquilles et ont observé discrètement leur comportement. Ceux qui avaient fait de la méditation (de type pleine conscience ou compassionnelle) cédaient leur place 3 fois plus souvent !  » Toutes ces recherches en imagerie mettent donc en évidence des modifications au niveau du cerveau qui peuvent aider à mieux comprendre les changements du ressenti et du comportement induits par la méditation mais il faut se garder de tomber dans la «  neuro-fascination », souligne le chercheur de l’ICM. Et il ajoute : «  Les données d’imagerie s’accumulent sur la pleine conscience car c’est une pratique codifiée et sécularisée. Les autres formes de méditation, de type hindouiste par exemple, ont été moins étudiées parce qu’elles se prêtent moins à une analyse scientifique. Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas efficaces.  »

 

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