Décryptage
Le problème de la baisse d’activité physique des femmes

Le problème de la baisse d’activité physique des femmes

Le sport pour lutter contre le cancer du sein

Publié le 16.10.2017 Claire Sergent

Le cancer du sein est une des maladies pour lesquelles l’incidence du sport a été le plus étudié. L’activité physique est efficace en prévention, pendant le traitement et pour éviter la récidive. Malheureusement seulement une femme sur deux atteint le niveau recommandé d’activité physique selon Santé publique France. Les conseils du Dr Roland Krzentowski, médecin du sport.

 

Les conférences « sport-santé » font en général salle comble. À première vue, c’est une excellente nouvelle, le sujet intéresse et rassemble. Lancez cependant un sondage à main levée : toutes les personnes présentes sont déjà des adeptes du sport, et vous aurez du mal à trouver quelqu’un qui ne pratique pas une activité physique et sportive régulière. Ce sont pourtant les inactifs qui auraient le plus besoin d’assister à ce genre de rendez-vous. L’anecdote, racontée par le Dr Roland Krzentowski, médecin du sport qui anime régulièrement des symposiums sur ce thème, illustre la difficulté à convaincre les inactifs de l’importance essentielle du sport pour leur santé – alors qu’il s’agit bien là d’un enjeu de santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 3,2 millions de décès sont attribuables, chaque année, au manque d’exercice.

L’activité physique des femmes en baisse inquiétante

En France, selon une récente étude, seules 53 % des femmes suivent les recommandations de l’OMS en matière d’activité physique, contre 70 % des hommes. Ces recommandations préconisent à tout adulte de pratiquer « au moins 150 minutes hebdomadaires d’une activité physique d’intensité modérée, ou au moins 75 minutes hebdomadaires d’une activité physique intense ». Le ministère de la Santé préconise 30 minutes de marche, trois fois par semaine. « Le bénéfice de l’activité physique ayant une durée de 48 à 72 heures, il faut reprendre la pilule “activité physique” à peu près tous les deux jours », constate le Dr Krzentowski.

Si, entre 2006 et 2015, la proportion d’hommes physiquement actifs a augmenté de 10 % parmi les 40-54 ans et est restée stable pour les autres classes d’âge, en dix ans, la proportion de femmes physiquement actives a baissé de 16 %, en particulier les 40-54 ans. Or, il s’agit justement de la « population du risque du cancer, des maladies cardiaques et de l’ostéoporose », rappelle le Dr Krzentowski.

Bouger pour lutter contre le cancer du sein

Parmi les cancers, celui du sein est la première cause de décès féminins : plus de 54 000 nouvelles personnes sont touchées chaque année. La ligue contre le cancer annonce que « près d’une femme sur neuf sera concernée au cours de sa vie, le risque augmentant avec l’âge ». En 2015, 11 900 femmes sont décédées d’un cancer du sein. La littérature scientifique s’accorde à dire que l’activité physique permet de limiter les rechutes de 40 %, d’améliorer la survie de 40 % et de réduire les effets secondaires liés aux traitements anticancéreux, notamment la fatigue.

Le docteur Roland Krzentowski explique que le cancer du sein est une des pathologies pour lesquelles l’incidence du sport a été largement étudiée. Il est catégorique : « C’est efficace à tous les niveaux. » C’est efficace en prévention, car on constate que le nombre de cancers du sein est plus important dans les populations sédentaires que dans les populations actives : « L’activité joue un rôle. » C’est également efficace « dans le traitement et en prévention de l’aggravation de la récidive. L’activité physique modifie le métabolisme » et le cancer du sein est fréquemment « hormonodépendant. Il dépend notamment des sécrétions d’insuline, d’œstrogènes, de facteurs de croissance tumoraux… ». Ces éléments étant régulés par l’activité physique, celle-ci a véritablement « une action pharmacologique », conclut le médecin.

Sédentarité et inactivité, un couple ravageur

Plus alarmant encore, au moins une femme sur cinq cumule sédentarité élevée et inactivité physique. La sédentarité est le temps passé assis ou allongé, en dehors des périodes de sommeil ou de repas. Or, ces deux facteurs augmentent les risques de maladies non transmissibles, définies par l’OMS comme « des maladies chroniques, tendant à être de longue durée et résultant d’une association de facteurs génétiques, physiologiques, environnementaux et comportementaux ». Globalement, 22 % des femmes cumulent sédentarité élevée et inactivité physique contre 17 % des hommes.

Pour le Dr Krzentowski, ces deux facteurs indépendants « s’aggravent l’un l’autre ». Il ajoute que l’on peut « faire du sport tous les soirs, mais que si on passe tous les jours cinq ou six heures devant un ordinateur, c’est aussi un facteur de risque en soi. Car, ne rien faire et avoir une activité purement cognitive module aussi les sécrétions de sucre dans le sang et d’autres hormones qui vont modifier le métabolisme en entraînant un risque pour la santé ».

Sportif de haut niveau ou porteur d’une ALD : même combat

Santé publique France – le portail Internet créé par l’INVS (Institut national de veille sanitaire), l’Inpes (lnstitut national de prévention et d’éducation pour la santé) et l’Éprus (Établissement de préparation et de réponse aux urgences) – rappelle que l’inactivité physique est « le quatrième facteur de risque de maladies non transmissibles (diabète, maladies cardiovasculaires, certains cancers…) impliquées dans plus de trois millions de morts évitables ». Et, selon la liste d’Affections de longue durée (ALD) disponible sur le site de l’Assurance maladie (incluant notamment cancer et diabète), 10 à 11 millions de Français seraient concernés.

Le Dr Krzentowski est le fondateur de Mon Stade, un complexe privé (alliant équipement médical de pointe et salle d’entraînement libre d’accès pour les riverains, moyennant 20 euros par mois) situé dans le 13arrondissement de Paris, qui accueille des sportifs de haut niveau et des personnes souffrant d’une ALD, que l’activité physique va aider dans la prise en charge de leur maladie. Ils sont tous traités de la même façon. Tous doivent d’abord passer une batterie de tests pour évaluer rigoureusement leur état de santé et leurs capacités (cardiaques, musculaires, respiratoires…), dans le but d’établir un programme d’activité physique personnalisé. « Pour performer en sport comme en santé, il faut avoir des capacités cardiaques, des capacités musculaires et une composition corporelle au mieux de ses possibilités », résume le Dr Krzentowski. La logique médicale est la même pour se soigner comme pour atteindre le meilleur niveau dans une discipline, mais l’intensité et les modalités du programme sportif varient en fonction des besoins et des capacités de chacun.

Le bon équilibre à trouver entre graisse et muscle

La première chose à établir avant de définir un programme d’activité physique est la composition corporelle, le rapport entre la masse graisseuse, la masse osseuse et la masse musculaire. Le Dr Krzentowski explique que « la graisse est un organe qui se comporte comme une glande qui sécrète des substances, les adipokines ». L’une d’entre elles « est un facteur croissance tumoral ». Ce qui signifie que plus la masse graisseuse est importante, plus le cancer risque de gagner du terrain, ou plus le risque d’en développer un grandit. La graisse développe encore d’autres substances, dont l’une est « délétère pour le système nerveux central. Les études montrent qu’en étant obèse à 40 ans, les risque de développer une maladie d’Alzheimer sont beaucoup plus importants ».

À l’inverse, le muscle est un tissu qui se comporte « aussi comme une glande, mais qui secrète des substances pour nous protéger ». D’où l’importance d’obtenir une bonne proportion entre la graisse et le muscle.

Le sport prescrit au même titre qu’un médicament

Le sport est reconnu comme « thérapeutique non médicamenteuse » par la Haute Autorité de santé. Autrement dit, son « efficacité dans la prise en charge de certaines maladies est validée avec la même méthodologie qu’on étudie l’efficacité des médicaments », détaille le Dr Krzentowski. Depuis le 1er mars 2017, les médecins généralistes peuvent ainsi prescrire du sport à leurs patients.

Mais comment convaincre les inactifs de s’y mettre avant que la maladie ne survienne ? La sédentarité est une tueuse silencieuse. En apparence, il n’y a aucun mal à ne rien faire ; un(e) sédentaire par nature ne ressent pas le besoin de bouger. Et « changer de comportement est quelque chose d’extrêmement difficile », reconnaît le Dr Krzentowski.

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Quand la notion de plaisir entre en compte

Prescrire du sport est une première étape : le médecin va pouvoir expliquer à son patient que, face à son problème cardiaque, son cancer ou son diabète, l’activité physique aura une efficacité qui « dans certains cas peut être égale aux médicaments. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas prendre de médicaments », mais le sport peut « doubler l’efficacité du traitement », précise le Dr Krzentowski.

Il ajoute que la différence avec la médecine traditionnelle « est qu’on ne s’habitue jamais à prendre des médicaments ou à une piqûre ; ce n’est jamais un plaisir ». En revanche, l’activité physique et sportive peut devenir, dans un deuxième temps (après quelques semaines ou quelques mois de pratique), un plaisir. « Parce qu’on va en ressentir les bienfaits, la sécrétion d’hormones et le fait de se sentir bien dans son corps. »

Le Dr Krzentowski déplore simplement que ce ne soit pas pris en charge par la sécurité sociale. Ce qui, selon lui, « enlève une partie de la crédibilité de cette approche auprès du grand public ». Le remboursement de l’activité physique et sportive n’est pour le moment pas envisagé par la Caisse nationale d’assurance maladie.

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