Décryptage
Auriculothérapie : l’acupuncture à la française ?

Auriculothérapie : l’acupuncture à la française ?

Soulager les douleurs par l’oreille

Publié le 17.07.2017 Claire Sergent

Les sages-femmes s’y intéressent dans le cadre de l’accouchement sans douleur, quelques dentistes et médecins la pratiquent à l’hôpital pour soulager la souffrance des patients. Découvrez cette pratique grâce au témoignage du Dr Chadia Raad, chirurgien dentiste, qui soigne avec l’auriculothérapie à l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois.

 

L’auriculothérapie tient son nom de baptême du Pr Paul Nogier. Ce médecin lyonnais voyait arriver dans son cabinet des patients à qui l’on avait cautérisé un point à l’oreille pour guérir des sciatiques. Intrigué par ce procédé de guérison, il a cherché l’explication et a découvert que tous les nerfs qui partent du cerveau bifurquent par l’oreille avant de rejoindre les différents organes de notre corps.

L’étude de l’acupuncture traditionnelle chinoise nous a appris que des méridiens passent par l’oreille, c’est pourquoi une cautérisation permet de guérir des sciatiques. Mais le Pr Nogier s’est aperçu, dans les années 50, que l’oreille était comme le fœtus et il y a repéré plus de 190 points qui correspondent à autant d’organes de notre corps. Chaque fois qu’un organe est malade, le point à l’oreille qui lui correspond est douloureux. La cartographie de ces points est reconnue par l’OMS.

L’Inserm reprend la définition du consensus européen établi au Symposium international de Lyon, en octobre 2006, et définit l’auriculothérapie comme « la conception occidentale de l’acupuncture auriculaire ». « Les traitements par auriculothérapie sont pratiqués après un diagnostic médical. Ils font appel à des aiguilles stériles à usage unique de divers types (classiques ou semi-permanentes) ou à d’autres procédés de stimulation : micro-impulsions électriques, aimants, fréquences infrarouges portées par laser. »

L’auriculothérapie : comment ça marche ?

Un petit boîtier de 20 cm environ, à mi-chemin entre un petit tensiomètre et un voltmètre, permet de détecter le point malade grâce à la différence de potentiel. Le Dr Raad explique : « Normalement, l’influx nerveux est de 70 millivolt. Quand la polarité au niveau de l’influx nerveux est inversée, cela veut dire qu’il y a souffrance, puisqu’il se passe un déséquilibre ionique. » Le voltage est alors complètement différent, « généralement, il est abaissé quand le point est malade ou il est hyper quand il est complètement excité ». Le Dr Raad m’a proposé de tenter l’expérience : j’ai serré dans ma main une extrémité d’un embout conducteur relié à la machine pendant qu’avec l’autre extrémité, elle venait toucher un des points de mon oreille. Verdict : « À ce point précis, vous avez un potentiel de 5 sur 7 », autrement dit, un influx nerveux de 50 millivolt sur 70, ce qui est « un peu abaissé, parce qu’il y a un peu de stress mais ce n’est pas grave ».

Très efficace dans le traitement de la douleur

En plus de son activité de chirurgien dentiste, le Dr Raad pratique l’auriculothérapie dans les hôpitaux depuis 7 ans. Elle travaille au service du traitement de la douleur en s’appuyant sur le diagnostic posé par les médecins pour soulager la souffrance des patients. « Certains médecins se sont spécialisés en auriculothérapie, notamment beaucoup d’anesthésistes », précise-t-elle.

Une enquête réalisée par le SNMAF, le Syndicat national des médecins acupuncteurs français, recensait, en 2009 et 2010, 42 praticiens en acupuncture auriculaire répartis sur 33 sites, notamment dans les services de douleur et soins palliatifs de l’Institut Gustave-Roussy, du CHU Pitié-Salpêtrière, du CHU Saint-Antoine et du CHU Kremlin-Bicêtre. Le Dr Raad assure que ce nombre aurait, depuis, été multiplié par plus de 10, mais il a été impossible de le vérifier. Toujours selon cette enquête, les praticiens sont en premier lieu rattachés à des services prenant spécifiquement en charge la douleur, mais aussi à d’autres services, tels que l’anesthésie, l’obstétrique, le sevrage-addictologie ou l’oncologie.

Pour le Dr Raad, « depuis qu’on s’intéresse à la douleur, l’auriculothérapie a trouvé sa place au même titre que l’hypnose » ou que d’autres médecines intégratives qui se développent dans les hôpitaux publics.

L’enseignement de l’auriculothérapie est ouvert aux dentistes et aux sages-femmes qui s’y intéressent dans le cadre de l’accouchement sans douleur. Selon le Dr Raad, « l’auriculothérapie permet au bout d’une heure d’avoir une ouverture du col de 14 cm », un dilatement du col difficile à obtenir aussi rapidement autrement.

De nombreux dentistes suivent les 2 ans de formation nécessaires à l’obtention du DIU d’auriculothérapie, car beaucoup de pathologies sont liées à la douleur.

Le Dr Raad prend l’exemple du stress et du bruxisme, le fait de « serrer les dents, jusqu’à les user ou les casser, à cause du stress ». Ce problème se règle grâce à l’auriculothérapie.

Elle cite également le cas d’une patiente qui souffrait de l’articulation temporo-mandibulaire depuis 10 ans, et ce, malgré une opération. Sur les conseils d’un ami médecin, elle est venue voir le Dr Raad et, après quelques séances d’auriculothérapie, elle n’a plus ressenti de douleur.

L’auriculothérapie serait également très efficace après une anesthésie. « Elle permet un meilleur réveil, elle permet d’enlever la peur et de récupérer plus facilement, c’est pourquoi beaucoup d’anesthésistes la pratiquent », explique le Dr Raad.

Dans son « Rapport d’évaluation de l’efficacité de la pratique de l’auriculothérapie » effectué en 2013, l’Inserm estime que « les données ne permettent pas de conclure ». L’institut reconnaît cependant que « dans le traitement de la douleur préopératoire ou de l’anxiété préopératoire », les études « sont positives » et conclut même qu’« il y a là une piste intéressante, qui incite à confirmer ces résultats, à les étayer par des études permettant de comprendre le ou les mécanisme(s) d’action et, à terme, à réfléchir à la place à donner à l’auriculothérapie dans ces indications ».

Un effet antalgique sans médicament

Mais, surtout, l’auriculothérapie permettrait de réduire l’utilisation d’antalgiques. Le Dr Raad a constaté qu’à la suite d’une intervention, certaines personnes n’avaient pas besoin d’en prendre, grâce à l’auriculothérapie. « Ils vont voir leur médecin et lui disent : “Je n’ai plus mal, je n’ai plus besoin de tel médicament” », décrit-elle. À l’hôpital, elle rencontre de nombreuses personnes qui souffrent énormément car la médecine traditionnelle n’arrive pas à guérir leur douleur et « la souffrance peut amener à la dépression », ajoute-t-elle.

Certains sont sous antidépresseurs, alors « il faut refaire le chemin inverse : d’abord trouver la cause de la souffrance, supprimer la douleur et ensuite se défaire des antidépresseurs ».

Cependant, elle reconnaît que l’auriculothérapie ne peut pas tout guérir. « C’est comme un pneu crevé à cause d’un clou, je peux toujours gonfler le pneu mais je ne peux pas enlever le clou, c’est pourquoi il y a des choses qui relèvent de la chirurgie », conclut-elle.

Une discipline loin d’être reconnue en France

Pour autant, « l’auriculothérapie a sa place, elle est complémentaire », assure-t-elle. Elle est reconnue dans beaucoup de pays d’Europe, comme le Portugal, l’Allemagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, mais pas en France.

« En France, le cadre légal de l’auriculothérapie n’est pas défini », explique l’Inserm. « Certains praticiens revendiquent son exercice dans le cadre légal de l’acupuncture. Cependant, le diplôme interuniversitaire (DIU) d’auriculothérapie n’est pas, contrairement au DIU d’acupuncture, reconnu par le Conseil national de l’Ordre des médecins ». Selon le Dr Raad, le CNOM reproche à l’acupuncture de ne pas être reproductible, mais « c’est de la neurophysiologie », explique-t-elle. « Le cerveau accomplit des choses selon les besoins de chacun. Ce qui est reproductible, c’est le soulagement de la douleur », conclut-elle.

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