Décryptage
Quel programme santé pour Macron et Le Pen ?

Quel programme santé pour Macron et Le Pen ?

Publié le 25.04.2017 Claire Sergent

Les thèmes les plus abordés lors de cette campagne n’ont certainement pas été les problématiques de santé. Avant le second tour, voyons ce que propose chacun des candidats. Qui a tenté de répondre à nos interrogations ? Qui a des propositions à côté de la plaque ? Pensées-Sauvages compare.

Les perturbateurs endocriniens

Selon l’OMS : « de nombreuses substances chimiques synthétiques, dont les effets perturbateurs sur le système endocrinien n’ont pas été testés, pourraient avoir des conséquences non négligeables sur la santé».

Marine Le Pen se positionne pour l’extension du principe de précaution et la lutte contre les perturbateurs endocriniens. Fidèle à la ligne directrice de sa campagne, la patronne du FN accuse l’Union européenne quant à l’utilisation des pesticides et produits nocifs que nous ingérons. Dans un communiqué du collectif Nouvelle Écologie, l’un des collectifs thématiques du FN, il est écrit clairement que  « la protection du vivant et des consommateurs ne peut se faire dans le cadre de l’Union européenne ». Le FN refuse d’attendre que « des technocrates sous influence des lobbies nous protègent des perturbateurs endocriniens ». « Reprenons notre souveraineté pour protéger nos citoyens avec une réglementation qui sert leurs intérêts et non ceux des multinationales de “l’agrobusiness” » explique le communiqué. Avant de conclure : « Oui, l’écologie passe par le Frexit ! »

Emmanuel Macron, lui aussi fidèle à sa ligne politique, se montre plus mesuré et déclare qu’il « faut une politique volontariste concernant les perturbateurs endocriniens ». Il estime que « c’est un vrai sujet de santé publique sur lequel on doit renforcer l’action et les interdictions » mais il pense que  « l’éradication complète n’est pas possible ». Le candidat d’En Marche ! propose plutôt « une interdiction progressive de certains perturbateurs endocriniens » et le maintien du principe de précaution.

Une recherche publique à la hauteur d’une vraie politique de santé ?

Marine Le Pen entend faire de la santé un facteur de croissance et de souveraineté. Elle veut créer « un fonds d’investissement pour l’innovation en santé, en partenariat avec la BPI (la Banque publique d’investissement). Elle compte également conditionner  « les subventions aux startups innovantes, à un engagement pour l’entreprise de rester sur le sol français et au fait de ne pas revendre les technologies à une entreprise étrangère pendant 10 ans ». Enfin, elle ajoute : « Les financements de la recherche scientifique, en particulier biomédicale, doivent être réévalués à la hausse, afin de garantir un avenir à nos jeunes chercheurs, et faire rayonner notre savoir et nos technologies sur la scène internationale ». La candidate du Front National souhaite « une participation de la recherche publique à l’élaboration de nouveaux traitements, afin de ne pas laisser cette prérogative à de grandes puissances financières ».

Emmanuel Macron entend « soutenir l’innovation et la production en  France », car  « une industrie innovante est créatrice d’emplois ». Il pense que « pour inciter nos entreprises innovantes à produire en France et diffuser plus rapidement l’innovation », il faut « assurer des autorisations plus rapides de mise sur le marché ». Le candidat d’En Marche ! propose d’ouvrir « un dialogue sincère et exigeant avec les industriels, pour payer les médicaments à leur juste prix ». Il entend également « soutenir la recherche en santé environnementale ».

Marine Le Pen prête à « engager un bras de fer avec labos » ?

Marine Le Pen affirme que « le prix des médicaments innovants doit être jugulé » et propose que « l’utilisation des génériques soit étendue et facilitée, afin de permettre des économies ».

Pour agir sur le prix du médicament, elle souhaite utiliser la licence d’office, qui permet de commercialiser un médicament générique, avant même que le brevet du médicament autorisé n’ait expiré. La candidate se dit prête à « engager un bras de fer » avec les laboratoires pharmaceutiques qui refuseraient d’adapter le prix de leurs médicaments par rapport au niveau de remboursement appliqué dans le pays de commercialisation.

Lutter contre l’automédication

Emmanuel Macron s’est intéressé au problème de l’antibiorésistance, établissant un lien direct avec l’automédication. Il propose « la vente de médicaments à l’unité ». Le candidat d’En Marche ! affirme que « nous vivons dans une époque de gâchis du médicament », justifiant « la mise en place du médicament unique » comme « un impératif ». Il s’appuie sur les données suivantes : un médicament acheté sur deux n’est pas consommé, ce qui entraîne « un risque d’automédication et d’impact environnemental et un gaspillage de 7 milliards d’euros par an », conclut-il.

Marine Le Pen est également favorable à la vente des médicaments à l’unité. Cependant, elle n’a pas le même motif. La candidate du Front National pense que cela permettra « de lutter contre le trafic, au niveau national mais également international, certains patients étrangers venant se faire prescrire des traitements coûteux en France pour les revendre à moindre prix à l’étranger ».

 

Les deux propositions supplémentaires d’Emmanuel Macron

Cette première proposition avait été fortement décriée par le professeur Even, au début du mois de mars. Emmanuel Macron souhaite « rétablir le remboursement à 100 % du traitement des formes sévères d’hypertension artérielle (HTA) ». Pour le Pr Even, ces médicaments contre l’hypertension sont un exemple de prescription inutile. La garde rapprochée du candidat affirme que cette  « mesure fait actuellement l’objet d’une expertise indépendante et qu’elle pourra être modifiée à la lumière des résultats de cette expertise », mais assure également qu’Emmanuel Macron tient à cette mesure.

Sa deuxième proposition a plus de chance de faire l’unanimité. Le leader d’En Marche ! entend aider au développement du marché bio. Il a « pris l’engagement d’avoir 50 % dans la restauration collective de produits qui viennent d’agriculture biologique et locale. » Il estime que c’est un objectif « ambitieux mais tenable ».

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