Décryptage
Quand les poules sont soignées à l’homéopathie

Quand les poules sont soignées à l’homéopathie

Qui a parlé de placebo ?

Publié le 18.04.2017 Hortense Meltz

Drômoise de naissance, le docteur Christine Filliat a ouvert, en 2001, son cabinet spécialisé dans l’élevage (avicole, porcin et bovin) à Châteauneuf-sur-Isère. Dans un univers où la maladie des bêtes peut ruiner un éleveur, elle porte ses convictions avec force. Son credo ? Le respect de l’animal, un être vivant. Et la prévention, grâce aux plantes et à l’homéopathie : « Je ne suis pas un vétérinaire pompier. » Reportage dans deux élevages de poules pondeuses, l’un certifié bio et l’autre de poules en cages.

Chaque année, Bruno Graillat accueille 6 000 poulettes, âgées de 17 semaines, prêtes à pondre. Elles sont réparties dans deux bâtiments de 560 m2 qui possèdent chacun un parcours enherbé au sol sableux de 1,2 ha.
Cet élevage homologué bio depuis sa création en 2001 applique à la lettre le cahier des charges de l’agriculture biologique qui limite à 3 000 le nombre de poules par troupeau avec 6 poules au m2 à l’intérieur et 4 m2 à l’extérieur.

« Elles commencent à 0 puis le rythme de la ponte augmente régulièrement pour atteindre 90-95 % après un mois. Ensuite, elles vont pondre pendant un an, quasiment un œuf tous les jours, explique l’éleveur drômois. Je suis sur une moyenne 315 œufs par an par poule. La taille des œufs augmente au fur et à mesure et, après un an, elle dépasse le calibrage standardisé (55/60 cm) imposé sans le savoir par le consommateur. Puis, on assiste à une baisse de ponte progressive. »

Une vétérinaire qui soigne uniquement avec des plantes depuis 20 ans

 

Le cahier des charges lui impose une alimentation bio et des soins avec des médecines naturelles : homéopathie, phytothérapie et huiles essentielles.
Cette exigence n’est pas contraignante pour Bruno Graillat qui n’a jamais eu à donner un seul antibiotique à ses poules depuis la création de son élevage, il y a 15 ans. Pourtant, il aurait pu. « Les éleveurs qui se sont mis au bio par nécessité et pas par conviction ont la possibilité, tout en restant labellisés bio, d’utiliser deux vermifuges chimiques et un traitement antibiotique par an », explique le Dr Christine Filliat.
Bruno Gaillard a rencontré le Dr Filliat par le biais de la coopérative Valsoleil qui a soutenu son projet de création.
Le Dr Filliat, spécialiste en élevage de groupe (avicole, porcin et bovin) a choisi depuis 20 ans les méthodes naturelles. Entre la vétérinaire et Bruno Graillat, les préoccupations étaient les mêmes.
« Je pratique une médecine globale, souligne la vétérinaire. Je ne soigne pas la maladie mais je soigne un malade. C’est l’un des concepts de l’homéopathie. Je considère la maladie comme un échec. J’interviens beaucoup par anticipation, car on essaye de bien connaître les animaux dont on s’occupe. »

Si tout va bien, Christine Filliat visite une fois par an les poules de Bruno Graillat pour un diagnostic – elle suit avec ses deux associées environ 300 élevages – pour donner ses conseils et ses prescriptions. L’éleveur reste à l’écoute de ses poules pour anticiper les problèmes : « Je frappe toujours à la porte avant de rentrer dans le poulailler pour éviter de les effrayer. Quand j’arrive, elles chantent différemment, elles viennent à ma rencontre. Je leur parle en leur disant qu’elles sont belles, qu’elles ont de jolies crêtes. Je suis positif. »

Christine Filliat explique : « C’est la différence entre l’éleveur et le technicien. L’éleveur a une empathie pour la bête. Il sait observer l’animal. Il est à l’écoute de son comportement pour faire du préventif. La poule est un être vivant, il faut être respectueux.
Quand on a soigné la digestion de la poule, 70 % des problèmes sont résolus. Après, il faut soigner tout ce qui gène la poule : les mouches, les poux, l’environnement extérieur et là on arrive à 95 % de réussite. Enfin, il reste ce que l’on ne contrôle pas : les virus et les problèmes imprévus. »

Le Dr Filliat privilégie pour la prévention hépatique un cocktail de plantes à base de chardon-Marie, artichaut, fumeterre et boldo, éventuellement de l’orthosiphon pour son action diurétique. L’homéopathie est utilisée pour lutter contre les passages viraux, notamment les bronchites qui entraînent des chutes de pontes. « Ces préparations sont mélangées à l’eau de boisson. Les poules n’ont pas conscience d’être soignées, explique Christine Filliat. C’est pour cela que cela m’amuse toujours quand on parle de l’homéopathie comme d’un placebo. Il faudrait que Bruno développe une empathie gigantesque pour ses 6 000 poules qui passerait à travers les murs. »

Des médecines naturelles pour des poules élevés de façon industrielle

À 20 kilomètres de Saint-Avit, dans la commune d’Arthémonay, Dominique Deroux manifesterait également une empathie exceptionnelle car son élevage compte 120 000 poules en cages réparties dans 3 bâtiments. Des poules également soignées avec de l’homéopathie. La législation impose un maximum de 16 poules au mètre carré. Ce type d’élevage carcéral ne semble pas prédisposé à la médecine naturelle. Pourtant, le Dr Filliat intervient également dans cet élevage où elle a convaincu Dominique Deroux de l’efficacité de l’homéopathie et des plantes.

« Au départ, c’était un test. Dominique m’a fait confiance. Cela a démarré sur un problème d’agressivité dans un bâtiment. Faute de solution évidente, on a mis de la musique et de l’homéopathie, raconte la spécialiste avicole. Nous avons eu des résultats et Dominique s’est dit qu’il pouvait continuer à travailler comme ça. J’avais prescris Gelsenium sempervirens (nervosité), Ignatia amara (stress), Chamomilla vulgaris (colère), Argentum nitricum (enfermement, fuite). »
Depuis, pour les chutes de ponte et les troubles du comportement, Dominique Deroux utilise l’homéopathie et la diffusion d’huiles essentielles.

S’il y a de la mortalité, des autopsies sont effectuées et, si cela est possible, le traitement en phytothérapie est privilégié. Les huiles essentielles sont également utilisées en pulvérisation pour désinfecter les bâtiments.
« C’est bien le diable si on a un traitement antibiotique par an sur un lot », commente Dominique Deroux.

Certains cocktails de plantes ont une activité antibiotic-like ce qui fait qu’on peut vraiment se passer d’antibio à 100 % si on pose le bon diagnostic. Cela ne demande pas de travail supplémentaire. L’avantage est que la convalescence est moins longue. La poule recommence à pondre plus rapidement. Je dirais qu’à long terme, les plantes coûtent 20 % moins cher que les antibiotiques.

Les éleveurs en cage sont moins sensibles à cette façon de soigner car les traitements traditionnels y sont autorisés. Mais les autres vétérinaires commencent à s’y mettre, contraints par le plan ÉcoAntibio (2012-2017) mis en place conjointement par les ministères de l’Agriculture et de la Santé. Sur le sujet, la France peut se targuer d’avoir considérablement progressé. Entre 2012 et 2015, l’usage vétérinaire des antibiotiques dans l’hexagone a diminué, toutes espèces confondues, de 20,1 % par rapport à 2011 dont – 22,1 % pour les volailles. Le Dr Filliat se félicite de cette dynamique même si elle regrette que la qualité de l’élevage en France et en Europe ne soit pas plus protégée des importations de viandes qui ne respectent pas les mêmes exigences.

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