Décryptage
Présidentielles 2017 : que proposent les candidats contre les perturbateurs endocriniens ?

Présidentielles 2017 : que proposent les candidats contre les perturbateurs endocriniens ?

Publié le 10.04.2017 Claire Sergent

Dans son Rapport historique sur les effets pour l’homme de l’exposition aux perturbateurs endocriniens chimiques, l’OMS avertit que « de nombreuses substances chimiques synthétiques, dont les effets perturbateurs sur le système endocrinien n’ont pas été testés, pourraient avoir des conséquences non négligeables sur la santé ». L’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire) explique qu’« en perturbant le système endocrinien, ces substances peuvent altérer différents processus tels que la production, l’utilisation et le stockage de l’énergie et plus largement la régulation du métabolisme et le développement ». Elle ajoute même que « certaines de ces substances peuvent avoir d’autres effets toxiques, notamment sur la reproduction, et nuire à la fertilité ou perturber le développement du fœtus ». Entre ceux qui accusent l’Europe, ceux qui les négligent ou ne connaissent même pas leur existence, que proposent nos 11 candidats pour lutter contre les perturbateurs endocriniens ?

À gauche : les champions de la lutte contre les PE

Benoît Hamon a fait de la lutte contre les PE un des fers de lance de sa campagne : « Contre les pesticides et les perturbateurs endocriniens, des mesures devront être prises dès 2017 pour stopper au plus vite les effets nocifs de ces substances sur la santé de nos enfants et de nos concitoyens », déclare-t-il. Il inscrit cette lutte dans un projet global « pour une alimentation de qualité ». Il prévoit d’interdire « les perturbateurs endocriniens, les nanoparticules et les pesticides dangereux » dans l’alimentation. « En application du principe de précaution, nous retirerons les autorisations de tous les pesticides pour lesquels un certain niveau de dangerosité est permis », déclare Hamon en citant l’exemple du glyphosate. Il ajoute que « les autorisations de mise sur le marché seront soumises à des exigences renforcées » et veut interdire « l’importation des produits agricoles utilisant une substance interdite en France ». Le candidat du PS propose, au niveau européen, de « labelliser les pesticides (nature et quantité autorisées) pour conditionner les subventions de la PAC au respect de hautes exigences en la matière ». Enfin, pour réduire définitivement notre exposition aux PE, Benoît Hamon souhaite développer l’agriculture biologique.

Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, accuse « le productivisme le plus aveugle » dont « l’usage généralisé des pesticides et l’absence de restriction des perturbateurs endocriniens » en sont « les conséquences ». Il souhaite une « réévaluation complète de l’ensemble des substances chimiques utilisées sur le territoire français ». Il compte « refuser les OGM et bannir les pesticides nuisibles en commençant par une interdiction immédiate des plus dangereux (glyphosate, néonicotinoïdes, etc.) ».

C’est toujours la faute de Bruxelles

Philippe Poutou dénonce les « intérêts capitalistes en jeu » qui sont « énormes » puisque les perturbateurs endocriniens sont « présents partout, dans les emballages alimentaires, les cosmétiques, les produits d’entretien, les textiles imperméables ou anti-taches, les jouets, les ustensiles, les appareils électroménagers, etc. », explique-t-il. Le candidat du NPA (le Nouveau Parti anticapitaliste) se prononce pour l’interdiction des PE au sens de la définition de l’OMS : « Une substance ou un mélange exogène possédant des propriétés susceptibles d’induire une perturbation endocrinienne dans un organisme intact chez ses descendants ou au sein de sous-populations. » Pour lui, cette définition est claire et sans appel à la différence de l’Europe qui joue le jeu des lobbies.

Cette proposition est reprise par Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) qui dénonce « les décisions a minima de l’Europe » au sujet des PE.

Là où on ne l’attendait pas forcément, Marine Le Pen se positionne pour l’extension du principe de précaution et la lutte contre les perturbateurs endocriniens. Mais de manière beaucoup moins surprenante, pour la patronne du FN : point de salut dans le cadre de l’Union européenne. Dans un communiqué du collectif Nouvelle Écologie, l’un des collectifs thématiques du FN, il est écrit clairement que  « la protection du vivant et des consommateurs ne peut se faire dans le cadre de l’Union européenne ». Le FN refuse d’attendre que « des technocrates sous influence des lobbies nous protègent des perturbateurs endocriniens ».  « Reprenons notre souveraineté pour protéger nos citoyens avec une réglementation qui serve leurs intérêts et non ceux des multinationales de “l’agrobusiness” », explique le communiqué. Avant de conclure : « Oui, l’écologie passe par le Frexit ! »

Les candidats plus timorés ou plus raisonnés

Nicolas Dupont-Aignan se dit « extrêmement préoccupé par le sujet des perturbateurs endocriniens ». Il explique que « ces substances sont réputées générer des maladies et anomalies comme des cancers hormono-dépendants, du diabète, des troubles de la fertilité, des problèmes cardiovasculaires » et s’inquiète particulièrement des « statistiques des Affections de Longue Durée (ALD) » qu’il juge « alarmantes ». Le candidat de Debout la France propose de « promouvoir le principe de quali-sécurité afin d’élever le niveau des productions européennes vers ce qui se fait de mieux, et non de tout tirer vers le bas ».

Emmanuel Macron déclare qu’il « faut une politique volontariste concernant les perturbateurs endocriniens ». Il estime que « c’est un vrai sujet de santé publique sur lequel on doit renforcer l’action et les interdictions ». Mais il estime que « l’éradication complète n’est pas possible ». Le candidat d’En Marche ! propose plutôt « une interdiction progressive de certains PE » et le maintien du principe de précaution.

Le problème du principe de précaution

François Fillon veut « supprimer de notre Constitution un principe de précaution dévoyé et arbitraire », explique-t-il. L’article 5 de la Charte environnementale explique : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertain en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. » Revenir sur ce principe, aussi contraignant soit-il, destiné à prévenir les risques dans les domaines de l’environnement et de la santé n’est pas anodin. Le candidat des Républicains estime que « l’économie est étouffée par les carcans réglementaires, fiscaux, sociaux et par le principe de précaution, qui sert de prétexte à l’inaction ». Il propose de supprimer le principe de précaution et de le remplacer par un « principe de responsabilité » qui reste encore à définir.

Un oubli dans le programme ?

Il reste François Asselineau, Jacques Cheminade et Jean Lassalle. Dans leur programme, il n’est nulle part fait mention de perturbateurs endocriniens. Par ailleurs, ils n’ont pas souhaité répondre aux questions de Pensées sauvages sur ce sujet.

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