Décryptage
Et si les candidats décidaient de changer notre rapport aux médicaments et aux vaccins ?

Et si les candidats décidaient de changer notre rapport aux médicaments et aux vaccins ?

17 questions au futur président

Publié le 08.03.2017 Claire Sergent

À moins de 2 mois de l’élection présidentielle, mardi 7 mars à Paris, le professeur Philippe Even, ancien doyen de la faculté de médecine de Paris et président de l’institut Necker, Michèle Rivasi, député européenne EELV et le biologiste Jacques Testard interpellent les candidats sur la politique actuelle du médicament et des vaccins. En tout 17 questions sont posées aux candidats, qui sont autant de pistes pour réduire la consommation de médicaments et de vaccins et la réorienter vers une prescription plus efficace, le problème fondamental étant les conflits d’intérêts. Dans leur communiqué, ils parlent même de « capture scientifique et réglementaire de l’industrie pharmaceutique sur notre système de santé publique ». Le but est de réaliser 10 milliards d’économie qui pourront être utilisés à bien meilleur escient pour garantir à tous un accès aux soins.

La surconsommation de médicaments

Ils rappellent en préambule que « les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments au monde », avec une moyenne de « 540 € par an et par Français, 1 500 € pour les plus de 55 ans ».

Les conflits d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques

La première question aborde logiquement « la lutte sans relâche contre les conflits d’intérêts ». Le problème est que les laboratoires pharmaceutiques sont à la fois « juge et partie », explique Michèle Rivasi, puisqu’ils font souvent eux-mêmes leurs propres études à partir de leurs propres informations concernant un médicament qu’ils produisent eux-mêmes. Alors une piste est proposée : la création d’un « corps d’État d’experts universitaires détachés à plein temps ou à mi-temps pour 3 à 6 ans ». Michèle Rivasi se sert de l’exemple de l’ASN (Agence de la sûreté nucléaire), elle qui a beaucoup travaillé sur la question du nucléaire et qui est une ancienne membre de Greenpeace. Il s’agirait de créer un groupe de personnes qui s’occuperait uniquement d’analyser toutes les études cliniques et les demandes de mise sur le marché de médicaments.

« Des étudiants en médecine biberonnés par les labos. »

Le problème des conflits d’intérêts se retrouve dès la formation. « Les jeunes médecins sont biberonnés par les laboratoires pharmaceutiques », déclare Michèle Rivasi, « il faut réinvestir la formation continue des jeunes médecins ». Dès les premières années de leur cursus universitaire, les étudiants en médecine sont soumis à l’influence des lobbys pharmaceutiques. Le classement de Formindep, publié en janvier 2015, est sans appel. L’association pour une information médicale indépendante a adressé aux doyens de 37 facultés de médecine en France un questionnaire de plusieurs critères qui prend notamment en compte le degré de limitation des cadeaux offerts par l’industrie pharmaceutique, la tolérance aux financements des fabricants de médicaments, etc. Seules les facultés d’Angers et Lyon-Est (Lyon-I) enregistrent les moins mauvais scores. L’explication se trouve aussi dans les chiffres du financement : « L’IGAS (l’Inspection générale des affaires sociales) estime que les pouvoirs publics injectent chaque année environ 75 millions d’euros dans la formation médicale des médecins » contre « 300 à 600 millions d’euros » pour l’industrie pharmaceutique.

Des médicaments prescrits inutilement

Résultat : il faut complètement revoir « la prescription médicale ». La Haute autorité de santé et la revue Prescrire s’accordent sur un point fondamental. Le professeur Even explique : « Depuis 20 ans, il y a eu 2 % de grands médicaments inventés, 10 % de médicaments intéressants et tout le reste, ce sont des médicaments inefficaces ou inutiles. » Il faut « nettoyer la pharmacopée », dit le communiqué. Le Pr Even ajoute que, sur l’ensemble des médicaments, « un tiers des médicaments est efficace, un tiers est moyennement efficace et le dernier tiers est totalement inefficace voire inutile ». Il faut donc sérieusement « renforcer la pharmacovigilance ». Il cite l’exemple de médicaments censés prévenir l’apparition du cholestérol ou du diabète, dont on oublie souvent les effets secondaires quand l’efficacité reste à vérifier. Pour lui, un exemple évident de prescriptions inutiles concerne les médicaments contre l’hypertension : « Dès qu’on a 14, 15 de tension et parce que la moyenne est à 13, on prescrit des traitements qui vont jusqu’à 3 ou 4 médicaments différents » or, « selon certains essais cliniques, il n’y a aucun intérêt et que des inconvénients à traiter l’hypertension en dessous de 16 ».

La sur-vaccination

« Vous engagez-vous à en finir avec l’obligation vaccinale comme dans la majorité des pays de l’UE ? » (question n°14 posée aux candidats) Dix-sept pays de l’UE émettent des recommandations mais pas d’obligation. Aujourd’hui, en France, nous sommes à 3 vaccins obligatoires (diphtérie, tétanos, polio) et 3 recommandés (coqueluche, haemophilus influenzae de type B et hépatite B). Michèle Rivasi s’amuse ironiquement de la vaccination d’un nourrisson contre l’hépatite B qui est une maladie sexuellement transmissible. Philippe Even évoque même des risques car « les nourrissons ont un système immunitaire immature et on ne sait pas comment il peut répondre ». Pour autant, il croit aux vaccins mais « à condition que l’on prouve leur efficacité ». C’est pourquoi « l’épidémiologie » est essentielle et permet de « déterminer une fenêtre de tir du vaccin », explique-t-il. « Les données épidémiologiques nationales évaluent objectivement les besoins de chaque vaccination », précise le communiqué.

Autre point essentiel, « l’âge de la vaccination ». Un exemple est mis en avant : « Le vaccin contre la grippe n’est efficace que chez le jeune enfant et chez les plus de 65-70 ans. »

Encore une fois, pour contrôler l’efficacité des vaccins – dont la composition peut parfois révéler des « nanoparticules, aussi toxiques que celles contenues dans l’air mais beaucoup moins contrôlées », précise Michèle Rivasi – il s’agit de faire appel à un corps d’experts indépendants. Point central de ce questionnaire à l’attention des candidats à la présidentielle : ce corps d’experts doit s’assurer de l’efficacité des médicaments et des vaccins et éviter la consommation inutile et abusive. Reste à savoir maintenant, quelle sera la réponse des candidats.

Philippe Even est l’auteur de Corruptions et crédulité en médecine.

Michèle Rivasi est co-auteure du livre Le racket des laboratoires pharmaceutiques et comment en sortir.

Pour en savoir plus.

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