Acteurs du changement
Un cardiologue lance l’alerte

Un cardiologue lance l’alerte

Son association mesure l’impact des polluants sur la santé

Publié le 20.01.2017 Nathalie Picard

Pierre Souvet est co-fondateur et président de l’Association santé environnement France. Cardiologue, il invite les citoyens à prendre leur santé en main.

200 alertes santé environnement. Dans cet ouvrage paru fin 2016, le docteur Pierre Souvet liste 200 mots dont il présente définitions et enjeux en lien avec la santé et l’environnement. L’occasion de décrypter de multiples substances, leurs dangers et les moyens de s’en préserver. « Ce livre est l’aboutissement de 10 années de travail, indique son auteur. Il comporte des informations simples et courtes, à la portée de tous. Pour autant, il s’appuie sur une base scientifique étayée, à laquelle le lecteur peut se référer grâce aux nombreux travaux internationaux mentionnés. » L’huile de palme est-elle mauvaise pour la santé ? Les diesels sont-ils plus propres ? Quels produits ménagers faut-il privilégier ? Quel est l’impact des perturbateurs endocriniens ? Autant de questions qui font écho à l’actualité et interpellent les citoyens.

Tout commence en 2008. Pierre Souvet crée l’Association santé environnement France (Asef) avec Patrice Halimi, chirurgien pédiatre. « J’exerce mon métier de cardiologue en libéral à Vitrolles, à proximité de l’étang de Berre, une région où la pollution, pourtant très importante, était à l’époque négligée voire niée par les autorités. Or je voyais arriver un nombre impressionnant de patients malades à mon cabinet. » Il doit bien y avoir un lien, se dit Pierre Souvet. Suite à la projection du film d’Al Gore sur le changement climatique, Une vérité qui dérange, les deux médecins décident de passer à l’action et de créer l’association.

À l’époque, nous étions parmi les premiers à nous intéresser aux questions de santé et d’environnement. Lorsque je parlais de pollution à un congrès de médecine, on me regardait d’un air dubitatif.

Désormais, l’Asef rassemble près de 2 500 professionnels de santé, qu’elle informe sur l’impact des polluants sur la santé, grâce à une veille réalisée à partir de l’actualité et des études menées dans la communauté scientifique internationale. Elle réalise également ses propres enquêtes, sur la pollution de l’air intérieur dans les crèches ou l’exposition des femmes enceintes aux perturbateurs endocriniens, par exemple. Un moyen d’alerter les autorités et de jouer un rôle dans l’orientation des politiques publiques : « Le médecin doit reprendre une place dans les décisions de société : il doit être entendu des citoyens et des décideurs politiques », affirme le président de l’Asef. Autre objectif de l’association : sensibiliser les citoyens à travers des sujets du quotidien (qualité de l’air, alimentation, jardinage) et diffuser les bonnes pratiques grâce à des campagnes d’information. Exemple : pour améliorer la qualité de l’air intérieur, aérer chaque jour sa maison et n’utiliser ni pesticide ni encens.

« Informer les citoyens, les prévenir plutôt que les guérir : c’est le combat quotidien de Pierre Souvet. Il est l’un des piliers de l’association », reconnaît Ludivine Ferrer, directrice et salariée de l’Asef depuis 2009. Pourtant, Pierre Souvet a longtemps exercé comme nombre de ses confrères : centré sur sa spécialité, la cardiologie. Mais 10 ans de mobilisation sur les questions environnementales ont changé son regard. Désormais, à 60 ans, il n’hésite plus à l’affirmer : « On ne peut pas résumer une personne à un organe. Il faut la regarder dans sa globalité. Ce qui nécessite de relever la tête, prendre du recul et observer l’environnement. »

Et le médecin de raconter l’exemple de cette patiente de 50 ans, venue à son cabinet en se plaignant de blocages respiratoires. Comme l’examen n’a montré aucune anomalie au niveau du cœur, le cardiologue aurait pu s’arrêter là. Mais en poursuivant la discussion avec sa patiente, il a appris qu’elle utilisait de nombreux vaporisateurs dans sa maison : désodorisants pour les toilettes, produits pour l’entretien des meubles, etc. D’où le conseil du médecin : cesser d’utiliser ces produits néfastes pour le système respiratoire.

La santé ne se joue pas uniquement sur le plan individuel. Prenons l’exemple de la pollution de l’air : plus de 30 000 morts pourraient être évités si les pouvoirs publics prenaient des mesures plus drastiques. 

Un changement de regard qui a modifié, aussi, sa manière de mener ses consultations. Avant, l’entretien se résumait à quelques questions : Fumez-vous ? Buvez-vous ? Faites-vous de l’exercice ? Avez-vous de la tension ou du diabète ? Désormais, le cardiologue s’intéresse à de multiples facteurs : état psychiatrique, usage de produits toxiques, pollution de l’environnement, etc. « Ça permet de sortir d’une culpabilisation du patient, une sorte de message implicite qui dirait : “C’est votre faute si vous êtes malade”. Bien sûr, il faut continuer à l’avertir des dangers du tabac et de l’alcool, mais la santé ne se joue pas uniquement sur le plan individuel. Prenons l’exemple de la pollution de l’air : plus de 30 000 morts pourraient être évités si les pouvoirs publics prenaient des mesures plus drastiques. »

En somme, un bel objectif : informer les citoyens pour qu’ils puissent prendre leur santé en main. Et agir sur leur environnement. « Souvent, les substances toxiques n’ont d’autre intérêt que de faciliter le processus de fabrication et d’en baisser les coûts, dénonce le médecin. Si nous refusons tous un produit, les industriels cesseront de le produire. Devenir des consommateurs éclairés nous donne une force pour influencer le marché. »

À lire :

200 alertes santé environnement, par le Dr Pierre Souvet, édition Guy Trédaniel.

Pour en savoir plus :

Le site de l’association santé environnement France (Asef)

Pour télécharger gratuitement le Petit guide santé de l’air intérieur (édition 2016) de l’Asef.

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