Acteurs du changement
3 questions à une intolérante alimentaire

3 questions à une intolérante alimentaire

Margot Montpezat raconte sa résurrection

Publié le 16.01.2017 Propos recueillis par Anne-Charlotte Fraisse

Margot Montpezat a vécu une enfance où chaque repas était synonyme de maux de ventre atroces et de fatigue permanente. Devenue journaliste, elle a enquêté sur son propre cas, rencontré de nombreux spécialistes et décidé de changer de vie. Elle en a fait un récit plein d’humour et dérision, truffé de conseils pratiques.

Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?

Margot Montpezat: « C’était d’abord un désir personnel de raconter mon histoire. Raconter pour que ceux qui me lisent comprennent qu’être malade n’est ni un hobby, ni une mode, mais un vrai handicap. Dire ce que je n’ai pas toujours le temps de dire aux gens qui m’interrogent sur mes intolérances, redire une bonne fois pour toutes ce que je ne cesse de répéter aussi. Écrire pour me soulager en quelque sorte !

Et avec humour, parce que c’est un sujet tellement sérieux, de l’ordre de l’intime, qui prend beaucoup de place dans ma vie, me met très souvent dans des situations inconfortables, honteuses aussi, que j’ai voulu prendre le parti d’essayer d’en rire et de dédramatiser au maximum, de prendre du recul.

J’avais également besoin de répondre aux questions que je me posais moi-même sur mon cas, essayer de comprendre pourquoi je suis malade, parce que personne ne pouvait le faire à ma place. J’ai décidé d’aller chercher des réponses en interrogeant des spécialistes, en lisant des études sur le sujet, en me renseignant au maximum, en faisant une auto-enquête. Je me suis pris comme sujet d’étude parce que je sais que mon cas n’est pas isolé et que cela peut sans doute aider d’autres personnes qui font face aux mêmes difficultés que moi avec leur ventre. »

On comprend que vous avez vécu un véritable enfer au quotidien pendant de longues années et, pourtant, vous gardez un ton résolument positif, comment expliquez-vous ça ?

« J’ai passé une vingtaine d’années de galère mais j’ai aujourd’hui beaucoup de chance : je sais ce qui me rend malade et pourquoi ! C’est une bonne raison de rester positive. J’ai désormais le choix : je peux me rendre malade en mangeant ce que je ne digère absolument pas ou je peux faire le choix de me faire du bien. En mettant le doigt sur la cause de mes problèmes, j’ai eu un résultat très positif : ce ne sont plus mes intestins fragiles qui contrôlent ma vie. Je savoure cette chance tous les jours parce que j’ai enfin découvert le plaisir de manger. C’est ce plaisir là que j’ai voulu partager dans mon livre.

Je pense d’ailleurs que si je n’avais pas été positive, je n’aurais même jamais eu l’idée d’écrire ce livre : j’aurais été trop renfermée sur ma douleur. J’ai accepté la situation.

Oui, c’est compliqué et triste de ne pas pouvoir manger de gluten sans être malade pendant une semaine, de ne jamais pouvoir dévorer un bout d’emmental sans que les conséquences soient invivables, et j’ai souvent une petite larme quand je passe devant vos boulangeries, vos pizzerias ou quand quelqu’un m’en veut parce que je ne partage pas son gâteau d’anniversaire avec lui. Mais ça m’a donné l’opportunité de découvrir de nouvelles façons de me nourrir, de rencontrer des tas de gens comme moi et d’apprendre énormément de choses. »

Quels conseils avez-vous envie de donner aux gens qui cherchent encore pourquoi ils ont le ventre douloureux en permanence ?

« Avant les conseils, un constat que j’ai dû faire et qui est souvent le premier pas pour aller mieux : non, ce n’est pas normal d’avoir constamment mal au ventre. Ce n’est pas un petit problème mais un vrai handicap. Le chemin est souvent long et semé d’embûches mais il y a des solutions pour aller mieux. Et ces personnes ne sont pas seules.

Ce qui a bien marché pour moi, c’est d’y aller pas à pas : tenir par exemple un carnet de ce que l’on mange pour commencer à voir le lien entre les aliments et l’état dans lequel on est. À partir de là, essayer un régime « sans », pendant une période donnée, et voir s’il convient. Il faut en tout cas éviter d’être dans une démarche radicale d’exclusion de trop d’aliments en même temps parce qu’on ne saura pas exactement ce qui nous rend malade et cela risque d’entraîner des troubles du comportement alimentaire.

Bien s’entourer est essentiel : de spécialistes qui nous soutiennent et qui nous guident vers des tests ou des compléments alimentaires, des thérapies qui peuvent soulager les douleurs. Il n’y a pas de recette miracle qui marche pour tout le monde malheureusement, mais un régime d’exclusion en Fodmaps, des sucres indigestes que l’on retrouve dans un certain nombre d’aliments, permettrait de soulager 70 % des gens qui ont des problèmes d’intestins. C’est le seul régime à avoir prouvé une efficacité en cas de syndrome de l’intestin irritable. Dans les Fodmaps, il y a notamment le lactose (le sucre présent dans le lait), le blé, etc., des aliments qui provoquent des inflammations des intestins, ce qu’il faut éviter à tout prix si on veut prendre soin de son ventre.

Et c’est vraiment un service à se rendre que de s’occuper de son microbiote (l’ensemble des bactéries qui peuplent nos intestins), que l’on soit déjà malade ou pas, d’ailleurs ! Les intolérances alimentaires sont souvent diagnostiquées tardivement, c’est quelque chose que j’ai découvert en écrivant mon livre.

Dans l’ordre : un déséquilibre du microbiote, qu’on appelle une dysbiose, peut apparaître après une gastro-entérique, la prise de trop d’antiobiotiques – qui nous débarrassent des mauvaises bactéries mais aussi des bonnes –, ou si on ne mange que des produits transformés tout le temps. Cela peut entraîner des inflammations et une hyperperméabilité de la paroi intestinale, cause et conséquence des intolérances alimentaires.
L’hyperperméabilité de la barrière intestinale laisse passer des fragments de protéines, de grosses molécules alimentaires dans le sang et peut provoquer non seulement des maux de ventre mais également des migraines, des douleurs articulaires, de l’eczéma, etc. Certains symptômes sont à retardement et peuvent mettre des années à se faire ressentir.

La bonne nouvelle, c’est que l’on peut traiter un petit déséquilibre du microbiote, et donc éviter de se provoquer des intolérances alimentaires avant qu’il ne soit trop tard, en mangeant plus de légumes, de fruits, de fibres, en évitant les pesticides et les antibiotiques quand ce n’est pas nécessaire. L’environnement est aussi très important et le stress est un vrai facteur d’inflammation. Je pratique la méditation de pleine conscience et le yoga. Quand on a des douleurs chroniques, respirer est au moins aussi important que suivre un régime qui nous convient. »

Pour en savoir plus:

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