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Ostéoporose : Et si la maladie n’existait pas ?

Ostéoporose : Et si la maladie n’existait pas ?

Le docteur Poinsignon alerte sur les dangers d’une surmédication.

Publié le 16.12.2016 Propos recueillis par Hortense Meltz

Aujourd’hui, malgré un nombre croissant de personnes traitées contre l’ostéoporose (plus de 6 millions de Français de plus de 50 ans), les hospitalisations liées aux fractures de fragilité osseuse ont progressé de 10% entre 2011 et 2013, s’élevant à 165 000 par an . Les médicaments, les produits laitiers, les suppléments en calcium seraient inutiles pour réduire l’ostéoporose affirme le Dr Jean-Pierre Poinsignon, rhumatologue. Auteur du livre Ostéoporose : mythe ou réalité ?, il raconte sa prise de conscience après 25 ans de lutte contre ce qu’il appelle aujourd’hui cette « pseudo-maladie ».

Aujourd’hui, c’est la maladie la plus fréquente du tissu osseux, redoutée par beaucoup de femmes du monde occidental. Pourtant, il y a 30 ans, l’ostéoporose n’était pas une maladie. Que s’est-il passé pour qu’un risque de fracture se transforme en maladie ?

Dr Jean-Pierre Poinsignon :
« L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit l’ostéoporose comme “une maladie généralisée du squelette, caractérisée par une densité osseuse basse et des altérations de la microarchitecture osseuse, responsable d’une fragilité osseuse exagérée et donc d’un risque élevé de fracture”. Quand on lit cette définition, on se rend compte que l’on est très loin d’une définition basée sur des critères scientifiques. L’emploi des mots “exagérée”, “donc” et “élevé” laisse place à la subjectivité.
Pour souffrir d’une ostéoporose, il faut combiner deux facteurs : une densité osseuse basse que l’on peut mesurer avec une machine appelée densitomètre et un certain nombre d’anomalies de la microarchitecture osseuse qu’un médecin aujourd’hui ne sait pas détecter.

Après sa phase de croissance, le squelette humain perd 2 % de sa masse osseuse par an. Mais peut-on dire que la sénescence du cristallin qui commence à l’âge de 7 ans est le début de la cataracte ? Que la diminution des fonctions cérébrales est le début d’une lésion de la maladie d’Alzheimer ? Il ne faut pas confondre le vieillissement naturel de l’être humain et la pathologie que certains laboratoires créent avec ce vieillissement.

Et pourtant, dès que le patient monte sur un densitomètre, il “tombe” malade. La machine est programmée pour rendre les gens ostéoporotiques. Ces machines sont fabriquées par des sociétés américaines, celles-là mêmes qui mettent au point les médicaments. Le médecin est manipulé par le densitomètre. »

En réalité, on ne sait toujours pas détecter la femme qui va se casser le col du fémur vers 81 ans, soit 30 ans après sa ménopause. Mais les médecins ne vous le disent pas.

Pourquoi le densitomètre condamne-t-il tout ceux qui l’utilisent à se croire atteints d’ostéoporose ?

« Le densitomètre mesure de façon précise la quantité de calcium et de phosphore de l’os, par l’atténuation des rayons X. Il établit la “densité osseuse” et surtout compare cette mesure aux chiffres d’une base statistique incluse dans la machine.
Elle compare les chiffres de densité osseuse d’une personne de plus de 50 ans par un écart type à la moyenne d’une population jeune. Le résultat de cette mesure est baptisé le T score.
Le problème est de savoir si cet écart à la moyenne reflète une anomalie. Car il est évident qu’un individu de 50 ans a moins de densité osseuse qu’un individu de 20 ans !
Si vous obtenez -2,5 comme écart type, vous êtes considéré comme malade. Ce chiffre a été décidé arbitrairement en 1992 par des experts “intéressés” de l’OMS.

En réalité, on ne sait toujours pas détecter la femme qui va tasser une ou deux vertèbres vers 65 ans, puisque c’est l’âge moyen, soit environ 15 ans après sa ménopause, ou celle qui va casser son col du fémur à 81 ans en moyenne, soit 30 ans après sa ménopause. On n’en sait rien. Mais les médecins ne vous le disent pas.

Les médecins sont formés pour établir le diagnostic d’une maladie et son traitement. Ils font 10 ans d’étude pour ça. Dans le cas présent, c’est une machine programmée qui établit une sentence statistique intéressée sur un risque, nous faisant prendre ce risque pour une maladie. L’ostéoporose est surmédicamentée car elle est surdiagnostiquée. On donne ainsi des médicaments pour “soigner” un risque de fracture, mais la triste ironie thérapeutique est que ces médicaments peuvent provoquer des fractures atypiques. »

Pourquoi la densité osseuse n’est-elle pas le reflet de la solidité osseuse ?

« Il y a 30 ans, les rhumatologues ont été illusionnés par le fluor. Des études prouvaient que c’était très bon contre l’ostéoporose car il augmentait la densité osseuse. Nous nous sommes enthousiasmés et nous avons prescrit du fluor à toutes les femmes. J’en ai moi-même prescrit, très content de faire monter la densité osseuse de mes patientes mais, curieusement, on a observé que cela provoquait une augmentation des fractures sur la partie longue du fémur, la diaphyse fémorale. À l’image d’un bâton de craie, le fluor, après un, deux ou trois ans, augmentait la densité osseuse mais diminuait l’élasticité osseuse et donc la solidité des os. Des études scientifiques commencent à montrer que la densitométrie n’est pas le reflet de la solidité osseuse et n’a aucune valeur prédictive.
La solidité osseuse résulte de l’addition de trois facteurs importants : la densité osseuse, l’élasticité osseuse et la biotenségrité.

L’être humain n’est pas, comme on le pensait il y a encore quelques années, un empilement d’os fait de leviers et de moteurs musculaires, mais un ensemble de structures qui véhiculent des tensions invisibles entre les tendons, les ligaments, les fascias, les muscles et les os. L’élément squelettique du corps humain est un ensemble sous tension très solide. Les ostéopathes savent bien que l’on peut arranger une douleur cervicale en agissant loin du rachis cervical. Le concept de biotenségrité a été inventé en 1970 par un chirurgien orthopédiste, Stephen Levin. Le corps humain est un ensemble. Il faut le voir de façon holistique. »

En réalité, l’ostéoporose n’est pas liée au manque de calcium alimentaire comme on veut trop souvent nous le faire croire. Aucune étude scientifique ne montre de relation entre l’apport en calcium et le risque d’ostéoporose.

Pouvez-vous nous expliquer ce que vous avez baptisé le « paradoxe du rhumatologue » ?

« L’OMS recommande la consommation de 0,6 g de calcium par jour et par être humain. En France, on recommande 1,2 g ou 1,5 g de calcium par jour au prétexte que les Français mangeraient trop salé car le sel élimine le calcium. Ce seuil est impossible à atteindre sans consommer des produits laitiers.
Au début de mon activité, je conseillais à mes patientes atteintes d’ostéoporose commune sévère de manger des produits laitiers et elles me répondaient qu’elles n’avaient fait que ça toute leur vie. Je ne comprenais pas le problème.

En réalité, l’ostéoporose n’est pas liée au manque de calcium alimentaire comme on veut trop souvent nous le faire croire. Le manque de calcium alimentaire n’existe pas dans les pays occidentaux. Aucune étude scientifique ne montre de relation entre l’apport en calcium et le risque d’ostéoporose. Le calcium se trouve partout : dans l’eau et dans tous les végétaux.
Pendant 20 ans, les chercheurs de l’université de médecine d’Uppsala, en Suède, ont suivi 106 772 Suédoises et Suédois de 39 à 79 ans, amateurs de lait. Les résultats de l’étude publiée en 2014 dans le respectable British Medical Journal démontrent une augmentation du nombre de fractures osseuses et une augmentation de la mortalité proportionnelle à la consommation de lait, chez les femmes comme chez les hommes. »

La sédentarité, le stress, le surmenage, le tabac, l’alcool, l’excès de sel, le manque de sommeil, les pathologies chroniques, les carences en vitamines (D et C) et en oligo-éléments contribuent également à l’apparition de l’ostéoporose.

Quelles sont les causes qui favorisent l’apparition de l’ostéoporose que vous qualifiez de maladie de civilisation occidentale ?

« L’ostéoporose est une maladie polyfactorielle. La cause essentielle de l’ostéoporose est alimentaire. Elle résulte d’un excès d’aliments acidifiants (Cf. l’indice PRAL (Potentiel Renal Acid Load) ou charge rénale acide potentielle. C’est une mesure de l’acidité des aliments.) et d’un manque d’aliments alcalinisants (fruits et légumes). Trop de produits laitiers, trop de viandes, trop de céréales mutées et surcuites à haute température modifient le pH sanguin qui devrait être constamment à 7,42.

L’alimentation moderne n’a de cesse d’ajouter une continuelle surcharge acide. Le corps possède des mécanismes pour corriger en permanence cette acidification sanguine par des “systèmes chimiques tampons”. Il évacue l’acide carbonique par le gaz carbonique respiratoire et des acides par la fonction rénale. Mais quand il est débordé, le corps utilise des tampons alcalins qu’il va chercher dans le squelette : le phosphate de calcium du tissu osseux tend à se solubiliser pour passer dans le fluide sanguin. Au bout de 30 ans, on se trouve avec de la charge minérale osseuse diminuée car elle est passée dans le sang.
La sédentarité, le stress, le surmenage, le tabac, l’alcool, l’excès de sel, le manque de sommeil, les pathologies chroniques, les carences en vitamines (D et C) et en oligo-éléments contribuent également à l’apparition de l’ostéoporose. »

L’efficacité réelle de tous les médicaments pour empêcher la fracture du col du fémur est de l’ordre de 1 % !

La médecine préventive des fractures de l’ostéoporose devrait se baser sur la médecine des causes et non sur celles des symptômes. Cela ne fait aucun doute pour vous : le rapport efficacité/tolérance des médicaments prescrits pour prévenir l’ostéoporose est mauvais.

« Il faut savoir que les bisphophonates utilisés contre l’ostéoporose sont au départ des molécules utilisées comme agents anti-redéposition dans les lessives de la société Henkel. Ces molécules de bisphosphonates forment des complexes chimiques avec le calcium et le magnésium et les empêchent, en les chélatant, de se redéposer sur le linge… pour le rendre plus souple. Ces molécules ont été testées avec succès sur l’os pour voir si le calcium pouvait s’y déposer. Elles augmentent légèrement la densité osseuse mais altèrent la qualité de l’os de manière irréversible.

Très avides de calcium, ces molécules peuvent s’avérer très rapidement dangereuses pour le corps humain : elles provoquent des hypocalcémies brutales et troublent dangereusement le rythme cardiaque.
Pourquoi conseille-t-on aux femmes de rester assises une fois leurs comprimés avalés ? Aux USA, il était conseillé de prendre son comprimé à 8h du matin puis de se recoucher. Le cachet restait ainsi dans l’œsophage où il faisait un trou. Il faut avaler le médicament avec un grand verre d’eau pour qu’il tombe vite dans l’estomac et rester assis ou debout sinon la muqueuse est attaquée. Voilà le médicament que l’on donne depuis des années !

Il faut savoir que le médicament Aclasta (un bisphosphonate) gèle et tue l’os. C’est pour cela que l’Aclasta a d’abord été prescrit pour lutter contre les métastases cancéreuses osseuses : il évitait aux cellules cancéreuses de faire des métastases dans l’os.

Il existe d’autres traitements mais qui présentent aussi des risques latéraux et une efficacité également douteuse.

Les trop courts essais cliniques des laboratoires fabricants sont étudiés en fonction du nombre de fractures détectées. Ils sont présentés commercialement aux médecins en mettant en avant les pourcentages de risques relatifs et non les risques absolus. L’efficacité réelle, reflétée par le risque absolu, de tous les médicaments pour empêcher la fracture du col du fémur qui a lieu en moyenne après 80 ans est de l’ordre de 1 % ! Ce qui signifie que pour éviter une fracture du col du fémur, il faut traiter pendant des années 100 femmes avec un biphosphonate, plus de 300 femmes avec le Dénosumab, près de 50 avec le ranelate de strontium. La prévention des chutes des personnes âgées est beaucoup plus efficace. »

Comment soignez-vous ou prévenez-vous chez vos patientes ce risque fracturaire ?

« Tout d’abord, je rassure. Car l’idée d’un mal insidieux rongeant le squelette sans aucune douleur est entrée dans la tête des femmes ménopausées. C’est logique : elles montent sur un appareil et on leur dit qu’elles sont malades. Elles exigent un légitime secours médical. Les médecins répondent avec une empathie thérapeutique sincère. On a dit à ces femmes que leur squelette est fragile, qu’elles sont malades, etc. Elles sont tremblantes de peur à l’idée de se casser.

Je prescris du sport, un régime alimentaire, de la vitamine D. Je ne dis jamais d’arrêter les bisphosphonates. Je conseille à mes patientes de relire attentivement la notice et souvent elles cessent d’elles-mêmes. Après 4 ou 5 ans de bisphosphonates, les femmes se font des fractures atypiques. Au lieu de se casser le col du fémur qu’elles ne se casseraient éventuellement pas… elles se cassent la diaphyse fémorale. C’est écrit sur la notice ! Effrayer pour faire prendre un médicament pendant des années alors que vous n’avez aucune douleur, c’est abuser de la confiance dont vous honorez votre médecin. »

 

Pour en savoir plus :

Osteoporose

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