Décryptage
L’églantier : un festival de vitamines sauvages

L’églantier : un festival de vitamines sauvages

Son fruit est un exceptionnel stimulant du système immunitaire

Publié le 25.11.2016 Amanda Jullion

Ce rosier sauvage à petites fleurs délicates est surnommé « gratte-cul » à cause des poils urticants qui couvre son fruit. Mais ne vous y fiez pas, en infusion, il procure un excellent apport en vitamines. Au Moyen Age, il servait même à fabriquer de l’encre et du tabac.

Dans la classification des végétaux, la famille des rosacées est celle de la générosité : pommes, poires, abricots, cerises, mirabelles et autres prunes du verger, et même les suaves framboises sont sources de plaisirs nourriciers. Les vergers et les jardins sont les pourvoyeurs des tables du petit déjeuner où, selon les saisons, un festival de confitures réjouit nos papilles.

 

Mais dans cette famille, un rebelle, un coriace, a décidé de se tenir à l’écart, aux bords des chemins arides et des terres abandonnées : le rosier sauvage, l’églantier, Rosa canina.

Père de tous les rosiers cultivés, l’églantier est un arbuste piquant pouvant atteindre 3 m de haut, dont les fleurs, les feuilles et les fruits ont des vertus médicinales. Les botanistes reconnaissent une vingtaine d’espèces en France mais ils ont des difficultés pour classer, au milieu de toutes ces épines, les sous-espèces, les hybrides et autres variétés diverses. Son surnom, rosier des chiens, vient de son étymologie grecque (kunorhodon, « rose de chien »), car dans l’Antiquité, on soignait les chiens enragés avec ses racines.

Le rosier des chiens fouette le système immunitaire.

En phytothérapie, la forme galénique la plus connue est l’infusion de cynorrhodon. Le fruit acidulé couvert de poils urticants est ramassé à l’automne. Suite à la cueillette, il est séché, puis fragmenté. Ce fruit, rouge vermillon, renferme du carotène, des sucres (dextrose), de la pectine, des acides végétaux : malique, citrique et ascorbique (5 à 10 fois plus de vitamine C que le citron), puissant antioxydant. Les poils sont riches en acide citrique, mais ils sont dangereux à avaler et surtout à évacuer, d’où le surnom de « gratte-cul », célèbre pour le poil à gratter utilisé par les enfants.

Son huile favorise la cicatrisation.

Les graines du cynorrhodon contiennent de la vanilline, de l’acide silicique et de l’huile grasse. Elles sont très riches en vitamine E, un autre antioxydant efficace pour prévenir les faiblesses du système immunitaire et également connue pour ses propriétés réparatrices de la peau. Ces graines servent à fabriquer l’huile d’églantine. Comme l’huile rose musquée du Chili (Rosa rubiginosa), sa cousine américaine, on la trouve dans le commerce et, après une opération chirurgicale, elle permet de régénérer, adoucir et cicatriser efficacement.

Le complément alimentaire des explorateurs.

Au Québec, les Amérindiens ont utilisé et utilisent encore un aliment de survie confectionné, entre autres, avec du cynorrhodon : le pémmican. Il peut se conserver une cinquantaine d’années. Les explorateurs des pôles prennent toujours ses barres légères, véritable condensé de protéines animales et végétales.

Utile même pour les yeux.

Avicenne (980-1037), le célèbre médecin arabe, fut le précurseur de la fabrication de l’« eau de rose », par la distillation d’un macérat de pétales d’églantine. On trouve encore des personnes qui utilisent une infusion de fleurs de rose sauvage comme bain oculaire pour calmer diverses inflammations des yeux. Les eaux de roses médicinales sont fabriquées actuellement avec une des cousines orientales de Rosa canina, la plus célèbre et précieuse rose de Provins : Rosa gallica officinalis.

 

Encre ou tabac ?

Le bédégar est surnommé rose cochonnière (5 à 6 cm de diamètre). Cette excroissance anormale d’une plante est une galle, que l’on voit sur les branches d’églantier et qui ressemble à une boule échevelée. Après transformation, elle était utilisée en encre naturelle ou bien elle constituait un « tabac » pour la pipe, une fois réduite en miettes. Au Moyen Âge, elle était réduite en poudre pour servir d’astringent en cas de dysenterie.

 

 

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