Décryptage
La maladie de Lyme : quand les tiques passent à l’attaque

La maladie de Lyme : quand les tiques passent à l’attaque

Le point sur cette maladie encore méconnue

Publié le 19.09.2016 Anne-Charlotte Fraisse

Se faire piquer par une tique est indolore. On ne s’en rend parfois même pas compte car une fois repue, la petite bête noire se détache et disparaît. Une série de symptômes hétéroclites peuvent alors apparaître, déconcertant médecins et malades. On fait le point pour mieux comprendre, reconnaître et prévenir ce fléau qui transforme les promenades bucoliques en anti-chambre de l’enfer: la maladie de lyme .

La maladie de Lyme, qu’est-ce que c’est ?

On trouve la première mention de cas de la maladie de Lyme dans l’est des États-Unis, en 1970, dans le village d’Old Lyme : Polly Murray se plaint de fièvre, maux de tête, sensation de brûlures aux yeux, maux d’estomac et fatigue si intense que marcher devient impossible. Son médecin la diagnostique comme hypocondriaque. Elle constate qu’une trentaine d’enfants de son entourage souffre des mêmes maux. Il faudra cependant attendre 1982 pour que le professeur Willy Burgdorfer se penche sur ces cas d’arthrite qui se multiplient dans les états alentours pour comprendre le lien qui existe entre la morsure de la tique et l’infection par des bactéries de la famille des Borrelia.

Plusieurs bactéries sont responsables de ce que l’on nomme de façon générique « la maladie de Lyme » : regroupées dans la famille des spirochètes, trois genres sont identifiées : borrelia, leptospira et treponema. Ces bactéries en forme d’hélice se déplacent très rapidement, à tel point que les globules blancs garants de l’éradication des bactéries dans le corps n’arrivent pas à les attraper. La borrelia peut se cacher longtemps dans l’organisme et infecter les tissus conjonctifs, cartilages et collagènes sans que l’on en retrouve la moindre trace dans le sang ou les urines, ce qui complique les tests de dépistage.

On dénombre pas moins de 27000 nouveaux cas par an en France, mais le nombre réel de personnes infectées est probablement bien supérieur, car comme nous allons le voir plus bas, le diagnostic est bien souvent difficile à poser, et nombreux sont les malades en errance médicale.

Comment la tique transmet-elle Lyme ?

La tique se nourrit du sang de ses hôtes : rongeurs, oiseaux, chats, chiens et humains.

Elle se détache une fois repue, au bout de deux à trois jours. La tique transmet à son hôte, par le biais de sa salive, les agents pathogènes dont elle est elle-même porteuse, et c’est là que ça se gâte, car la piqûre de tique est indolore. Elle peut donc vous infecter sans que vous ayez le souvenir d’avoir été piqué. On parle de maladie vectorielle : transmise par le biais d’une piqûre. La piqûre d’une tique peut d’autant plus passer inaperçue que l’insecte est de très petite taille : le premier stade du développement, c’est une larve de 0,5 à 1,5 mm. Elle grandit ensuite pour mesurer de 1 à 2,5 mm – on dit alors qu’elle est une nymphe – pour atteindre une taille adulte entre 4 et 5 mm.

Les affreuses bactéries de Lyme

Une des bactéries principales responsables de Lyme se nomme Borrelia, catégorie qui compte plusieurs souches différentes. La bactérie passe dans le système sanguin, s’installe dans les organes pour se reproduire et peut rester des années dans les cartilages, collagènes et tissus conjonctifs sans faire le moindre dégât, roulée en boule dans un coin, réduisant sa taille pour se faire oublier de notre système immunitaire. Comment est-ce possible ? Par deux raisons principales : son flagelle, qui lui permet de se déplacer, est composé du même ADN que la myéline, cette gaine qui entoure la moelle épinière et les nerfs. On soupçonne un lien entre les pathologies auto-immunes et une infection de borreliose, le corps s’attaquant à sa propre myéline en tentant de combattre l’invasion. Ensuite, cette bactérie se déplace plus vite dans l’organisme que nos globules blancs, qui se retrouvent vite débordés par la multitude d’attaques en tous points du corps. Elles se traduisent par des symptômes tellement variés – maux de tête, douleurs musculaires diffuses, affections respiratoires, arythmie cardiaque – que le diagnostic ne va pas toujours de soi.

D’autres bactéries, qui donnent les mêmes symptômes cliniques que Lyme, se transmettent également par les tiques : ce sont des co-infections, causées par des virus (arbovirus) des parasites (babésiose) ou encore des bactéries (rickettsiose, tularémie, bartonellose).

Les symptômes qui doivent vous alerter

Après une piqûre de tique, un érythème migrant  peut apparaître : un ou plusieurs cercles concentrique rouges plus ou moins étendus autour de la morsure. Cette manifestation cutanée n’est pas systématique. Viennent ensuite, selon l’état de la personne touchée et notamment de la résistance de son système immunitaire, en fonction des différentes infections qui se sont installées : fatigue chronique, douleurs éparses et changeant de localisation, fièvre, maux de tête, tétanies, fourmillements dans les membres, douleurs articulaires, nausées, vomissements, éruptions cutanées, sueurs nocturnes, flou visuel, difficultés respiratoires ou encore atteintes neurologiques, etc.

Des doutes sur les autres moyens de transmission

C’est un sujet tabou, car seuls les médecins spécialistes de Lyme osent penser que la tique n’est pas l’unique vecteur de la maladie. Qu’en est-il de la transmission de la mère à son fœtus, de l’allaitement, des transfusions sanguines et relations sexuelles non protégées ? Il n’y a pas d’études sur les cas de contagion humaine, mais les États-Unis, par mesure de précaution, n’acceptent pas les donneurs de sang infectés par Lyme, car les bactéries de Lyme se transmettent d’un animal transfusé à un autre.

Si tous ces moyens de transmission se révèlent effectifs, Lyme se révélerait être une redoutable épidémie.

Les mesures préventives et outils de diagnostic

La seule mesure préventive reste, à ce jour, d’éviter la morsure. Dans les zones les plus touchées (Alsace, Lorraine, Puy de dôme, Massif central, Rhône-Alpes et Centre) et lors de promenades dans la nature, la prudence et les vêtements couvrants sont de mise . La tique s’accroche depuis le sol jusqu’à environ un mètre de hauteur, c’est pourquoi la très seyante combinaison du pantalon plus chaussettes au-dessus est recommandée.

Lors des pique-niques et promenades, il est conseillé d’avoir un tire-tique sur soi, afin d’enlever la bestiole au plus vite, lui laissant ainsi le moins de temps possible pour la contamination avec sa salive. Ce petit instrument est un simple morceau de plastique, recourbé à une extrémité, permettant d’enlever la tique avec sa tête. Peu onéreux, il est vendu en pharmacie et chez les vétérinaires. Toute autre méthode pour la retirer, de l’éther à l’alcool en passant par le vernis à ongles ou le bout incandescent d’une cigarette, est déconseillée car elle risque de faire régurgiter la tique.

En cas de morsure, pas de panique mais de la vigilance :

Retirez donc l’animal au plus vite et désinfectez 4 fois par jour la zone de la morsure avec des antiseptiques ou huiles essentielles comme le tea-tree (Melaleuca quinquinervia), le niaouli (Melaleuca alternifolia), l’origan (Origanum compactum), toujours dilué dans une huile végétale à maximum 20 % d’huile essentielle, car c’est une huile irritante pour la peau si on l’utilise pure) et l’eucalyptus globulus. Pour éviter d’irriter la peau, diluez 2 gouttes de chaque huile dans une cuillère à soupe d’huile végétale comme l’huile de colza, d’olive ou d’amande douce.

Il n’est pas utile de faire le test juste après la morsure, car il sera alors négatif. Il peut y avoir une infection même en l’absence de rougeurs sur la zone de la morsure. Seul le diagnostic clinique effectué chez son médecin permettra de repérer les symptômes d’une infection et de prescrire les tests sanguins adaptés : Elisa ou Western-Blot (En France, on interdit de faire ce dernier si le test Elisa n’est pas positif, alors que le Western-Blot détecte d’autres souches). Ces deux tests ne détectent cependant pas l’intégralité des souches de Borrelia et les seuils de détection sont paramétrés différemment d’un laboratoire à l’autre. Le calibrage de ces tests est biaisé car il suppose la présence de borreliose chez 5 % de la population saine. De plus, les tests sérologiques ont été développés à partir d’une souche présente en Amérique du Nord. Pour que les examens sérologiques soient adaptés à nos régions, il faudrait que le test soit réalisé selon les souches présentes en Europe.

Il existe une aide au diagnostic par le biais d’un questionnaire créé par le docteur américain Richard Horowitz, spécialiste de la maladie de Lyme. Vous pouvez le trouver en français ici.

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