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Au Brésil : l’écologie, une arme contre la pauvreté

Au Brésil : l’écologie, une arme contre la pauvreté

30 000 arbres et 200 ruches pour un nouvel écosystème

Publié le 30.03.2018 Hortense Meltz

La forêt atlantique, au Brésil, réduite à peau de chagrin suite aux multiples campagnes de déforestation, n’en constitue pas moins une ressource vitale pour la région Nordeste. La création d’un couloir forestier encourage à sa sauvegarde.

 

L’Amazonie est toujours menacée. Malgré les engagements du gouvernement brésilien, la déforestation ne cesse de progresser depuis trente ans et de nouvelles autorisations continuent d’être accordées pour la création d’activités minières ou agricoles. « Ce déboisement, estimé à 14 196 kilomètres carrés entre juillet 2014 et août 2016, n’est pas destiné à la commercialisation de produits de la forêt, mais à un changement de l’exploitation du sol. Et on sait que ces transformations des sols ont une forte incidence sur le changement climatique », explique Antoni Lopes, ingénieur en sciences de l’environnement chez Imnergy-The Tree Hub, une coopérative luxembourgeoise.

Créé en 2006, The Tree Hub sollicite des entreprises pour soutenir financièrement – de manière volontaire – des projets de plantation d’arbres à travers le monde. En 2016, la coopérative s’est engagée au Brésil dans la région Nordeste, l’une des plus pauvres et des plus arides du pays. Au sommet de ses montagnes côtières, on trouve les reliquats de la grande forêt atlantique (Mata Atlântica en portugais). Beaucoup moins connue du grand public que la forêt amazonienne, cette forêt tropicale humide bordait, au XVsiècle, toute la côte de l’océan Atlantique, sur presque 4 000 kilomètres depuis Belém jusqu’à São Paulo. Bien que rasée à 90 % depuis, extrêmement dégradée, cette réserve forestière constitue encore une ressource en eau et en biodiversité pour la région.

Mais ce fragment de forêt atlantique est en danger, car il se trouve isolée au milieu de pâturages, sans connexion avec d’autres massifs forestiers, ce qui ne lui permet pas de bénéficier de nouveaux apports génétiques 

Créer un maillage écologique pour faciliter la migration de la faune et de la flore

Le projet que The Tree Hub a choisi de soutenir grâce aux fonds d’entreprises, dont les Laboratoires Lehning (Sainte-Barbe en Moselle, éditeur de Pensées Sauvages), l’imprimerie de la Centrale (Lens) et Bamolux (Luxembourg), est porté par l’association Nordesta (Genève). Présente depuis vingt-cinq ans dans la région, Nordesta est à l’origine de la création de la Reserva Biológica Federal de Pedra Talhada, qui a permis de sauver un ultime fragment de la forêt atlantique. Pour pérenniser l’existence de cette forêt, Nordesta a souhaité créer et maintenir un couloir forestier qui permettra de désenclaver la réserve.

« Cette forêt d’environ 4 500 hectares culmine à 900 mètres. Elle abrite une grande diversité biologique et 169 sources d’eau potable, dont bénéficient huit communes situées sur son pourtour, soit environ 300 000 habitants. Mais cette forêt est en danger, car elle se trouve isolée au milieu de pâturages, sans connexion avec d’autres massifs forestiers, ce qui ne lui permet pas de bénéficier de nouveaux apports génétiques », a constaté sur place Antoni Lopes, en septembre 2017.

The Tree Hub a dressé un état des lieux et valider la pertinence du projet, tant d’un point de vue environnemental que social et économique. Pour créer ce couloir forestier, il est prévu de planter 30 000 arbres par an le long de la rivière Carangueja, qui part de la réserve de Pedra Talhada sur dix kilomètres jusqu’à l’entrée de la ville de Quebrangulo. Ce corridor devrait à terme relier de manière pérenne Pedra Talhada aux trente hectares de forêt qui existent à l’entrée de la ville. Pour Antoni Lopes, s’il s’agit d’une intervention localisée, elle va quand même avoir un impact très important sur tout l’écosystème en créant un maillage écologique : « Ce corridor va faciliter la migration de la flore et de la faune entre deux territoires jadis connectés. Étant donné la présence d’espèces rares, le corridor écologique peut aider à augmenter les populations de certaines espèces et ainsi les éloigner de l’extinction. Il faut bien comprendre que cette forêt représente une véritable oasis dans un environnement très désertique sur un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. »

 

Les familles qui vivent dans le futur corridor forestier bénéficient de stages pratiques pour apprendre à exploiter ces 200 ruches mises à leur disposition. Le but est que les habitants puissent récolter du miel et en retirer un bénéfice pour leurs familles.

Corridor forestier Imnergy

En pointillé, un des corridors forestiers reboisés en bordure du réservoir d’eau de la Carangueja.

Des grands-parents aux petits-enfants, toutes les générations sensibilisées

Un autre volet du projet prévoit d’installer 200 ruches d’abeilles mélipones sur le parcours du corridor pour renforcer la pollinisation des arbres. Les mélipones (Melipona), une espèce sans aiguillon appartenant à la famille des Apidés, sont présentes dans les pays tropicaux (Amérique centrale et du Sud, Mexique et Antilles). Dites « sociales », elles vivent en colonie, comme l’abeille européenne (Mellifera). « Les familles qui vivent dans le futur corridor forestier bénéficient de stages pratiques pour apprendre à exploiter ces 200 ruches mises à leur disposition, précise Antoni Lopes. Ces abeilles sans dard sont inoffensives et toutes les générations, des grands-parents aux petits-enfants, sont invitées à participer. Le but est que les habitants puissent récolter du miel et en retirer un bénéfice pour leurs familles. »

Dès ses débuts, Nordesta a investi dans la sensibilisation environnementale des jeunes générations. Des actions sont menées auprès des 7 500 élèves des huit communes qui dépendent de l’eau de Pedra Talhada. Antoni Lopes a eu l’occasion d’assister à la fête de la journée de l’arbre, en septembre dernier, qui a mobilisé un grand nombre d’écoliers. Il a également pu apprécier l’amélioration de la qualité de vie des bénéficiaires du projet.

« Toutes ces actions menées par Nordesta sont exécutées par des villageois encadrés par des techniciens agricoles de l’association. Une structure humaine solide dans la gestion et la planification des activités, a noté le consultant. L’expertise dans l’exécution et le suivi du projet sont très visibles, et la communication au sein de l’équipe semble très efficace. Après plus de vingt-cinq ans, le projet possède une structure solide, même s’il reste toujours fortement dépendant du financement extérieur, tel que celui apporté par The Tree Hub et les entreprises participantes. »

Légende de la photo d’ouverture :  le 21 septembre 2017, pendant la journée de l’arbre brésilienne. Les enfants de plusieurs écoles situées aux alentours de la réserve de Pedra Talhada ont planté des arbres et défilé dans le village de Quebrangulo pour éveiller la population à l’importance de la forêt et de l’eau. Copyright Toni Lopes.

Pour en savoir plus :

www.thetreehub.com

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