Décryptage
Les secrets du safran, l’épice la plus chère du monde

Les secrets du safran, l’épice la plus chère du monde

Dépression, insomnie : rien ne lui résiste

Publié le 16.03.2018 Jacques Pothier, pharmacien et botaniste

Fleur violette aux pistils pourpres, le safran est l’épice la plus laborieuse à produire au monde. Il vaut presque aussi cher qu’un lingot d’or : 30 000 euros le kilo. De nombreuses études prouvent son efficacité pour soigner les dépressions légères de l’adulte et de l’adolescent. Mais savez-vous que cet « or rouge » est aussi un formidable anti-oxydant ?

 

Le safran possède un goût amer et un parfum proche de l’iodoforme, ou du foin, causé par la picrocrocine et le safranal.

Il contient également un caroténoïde, la crocine, qui donne une couleur jaune or à la nourriture. S’il est un condiment très prisé pour de nombreuses spécialités culinaires dans le monde entier, notamment dans la cuisine persane, le safran est également utilisé de façon traditionnelle comme plante médicinale. Pour les anciens Persans et Égyptiens, il était un aphrodisiaque, un antidote couramment utilisé contre les empoisonnements, un stimulant digestif et un tonifiant contre la dysenterie et la rougeole.

Cette épice a longtemps été réputée pour remédier à de nombreuses affections. Elle serait l’un des végétaux les plus riches en riboflavine, c’est-à-dire en vitamine B2. Elle renferme à la fois l’huile essentielle, le safranal et des crocétines, qui sont des caroténoïdes (provitamine A). Le safranal possède une activité sédative.

Comment utilisez le safran ?

Les propriétés médicinales du safran sont connues et utilisées depuis longtemps. On s’en sert comme antalgique, anti-inflammatoire, pour remédier aux insomnies, stimuler la digestion et lutter contre la dépression légère. Selon plusieurs études [1] [2], la consommation de safran a permis de réduire significativement les symptômes de la dépression comparativement à un groupe témoin sous placebo.

Ses effets seraient équivalents à ceux des antidépresseurs conventionnels, cette plante inhibe la recapture de la sérotonine par les synapses  grâce au safranal et à la crocine, ses éléments actifs. Ce qui favorise l’augmentation du taux de sérotonine dans le cerveau.

Le safran est efficace dans les cas de dépression légère à modérée. Les recherches en cas de dépression grave sont encore peu nombreuses, même si les études menées sont positives. Elles mettent généralement en avant l’absence d’effets secondaires.

On trouve dans le commerce des comprimés contenant 30 mg de safran et des teintures mères qu’on utilise à raison de 50 gouttes matin et soir diluées dans une infusion de mélisse par exemple.  Ces produits doivent être tenus hors de portée des enfants. Ils sont déconseillés à la femme enceinte ou allaitante.

Des recherches récentes montrent également des propriétés anticancéreuses, le safran étant également un antioxydant : comme un agent « anti-âge », il neutralise les radicaux libres…

Ainsi, à des concentrations allant de 500 à 1 000 ppm (parties par million), la crocine permet la neutralisation de 50 % à 65 % des radicaux (le safranal possède un taux de neutralisation plus faible que celui de la crocine). Le safran pourrait ainsi entrer dans la fabrication d’antioxydants, rejoindre l’industrie pharmaceutique et cosmétique, ou servir de complément alimentaire.

Une plantes à épice, appelé parfois « or rouge »

L’épice est obtenue par la culture de Crocus sativus (famille des Iridacées) dont on prélève et déshydrate les trois stigmates rouges de la fleur (2,5 et 3,2 cm). Les styles et les stigmates sont souvent utilisés en cuisine, en assaisonnement ou comme agent colorant.

Sans doute originaire de Crète, Crocus sativus s’est répandu au Moyen-Orient. Cette plante vivace de 10 à 30 cm possède un corme (tige souterraine de réserve ressemblant à un bulbe) particulièrement volumineux. Les feuilles linéaires apparaissent en automne, avant, pendant ou après la floraison, et poussent continuellement jusqu’à l’entrée en repos végétatif à la fin du printemps. Elles peuvent alors mesurer une soixantaine de centimètres pour quelques millimètres de largeur. On en compte une à dix environ par bourgeon. Chaque corme produit jusqu’à une dizaine de fleurs réunies en inflorescence : elles sont spectaculaires, grandes, parfumées et très attractives pour les insectes butineurs.

Dans l’hémisphère nord, la floraison a lieu entre septembre et novembre et dure de deux à six semaines. L’espèce n’existe pas à l’état sauvage et disparaît rapidement sans l’intervention incessante du safranier. Il faut environ 150 000 fleurs et près de quarante heures de travail manuel intense pour obtenir un kilo de safran sec.

 

Recommandations :

Ces conseils ne dispensent pas d’un avis médical. Si les symptômes persistent, consultez votre médecin. Gardez en tête que les plantes médicinales peuvent avoir des interactions avec d’autres médicaments. Privilégiez les plantes de qualité biologique, locales et avec une bonne traçabilité.

[1] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5747362/

[2] http://www.jad-journal.com/article/S0165-0327(17)32713-1/abstract

 

 

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