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Que se passe-t-il avec le glyphosate ?

Que se passe-t-il avec le glyphosate ?

Interview du président du Criigen

Publié le 03.01.2018 Propos recueillis par Hortense Meltz

L’autorisation de mise sur le marché du glyphosate a été reconduite pour 5 ans par Bruxelles. Cet herbicide qui représente 25 % du marché mondial fait partie des composants du Rondup, il a été classé cancérigène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’OMS. Pourquoi n’est-il toujours pas interdit ? Réponses avec le docteur Joël Spiroux de Vendômois.

 

Médecin, président du Comité de recherche et d’informations indépendantes sur le génie génétique (Criigen), le Dr Spiroux de Vendômois travaille sur les liens entre santé et environnement depuis une trentaine d’années.

Pensées Sauvages : A-t-on des preuves de la toxicité du glyphosate ?

Dr Joël Spiroux de Vendômois : « On a les études depuis très longtemps qui montrent que c’est produit éminemment toxique. D’ailleurs, il a été déclaré cancérigène probable l’année dernière par le CIRC [Centre international de recherche sur le cancer].

Le deuxième point fondamental : au début de l’année sont sortis les Monsanto papers. Une class-action américaine [action de groupe] dirigée par une avocate et une journaliste a obtenu d’un tribunal américain la déclassification de toutes les données internes à Monsanto. On y trouve que dès les années 1982-1983, les équipes de Monsanto s’inquiétaient des possibilités cancérigènes du glyphosate. »

Pourquoi cela bloque à Bruxelles ?

« Quand un produit est mis sur le marché et qu’un laboratoire indépendant montre ses effets délétères. Très vite, l’industrie fabrique des pare-feux en sortant des publications de ghostwriters [auteur fantôme]. Ce sont des publications que les industriels écrivent eux-mêmes et qu’ils font signer par des scientifiques de renom moyennant finances évidemment. Cela permet de faire la balance entre l’étude qui montre les effets délétères et la leur qui n’en montre pas.

Ce sont des guerres qui n’auront jamais de fin. Si on prend l’exemple du bisphénol A qui a été retiré des biberons. Il a été remplacé par le bisphénol S ou le bisphénol F qui sont plus toxiques. Le dicamba et d’autres pesticides qui sont encore plus toxiques sont déjà dans les cartons. Il faudra encore 30 ou 40 ans de bataille pour les faire retirer. »

Renoncer au glyphosate, c’est renoncer à l’agriculture ?

« Chaque année, en France, 40 000 personnes meurent à cause de particules fines. On a des pathologies colossales dues aux pesticides. Mais on ne bouge pas car l’industrie est en jeu.

Se priver de pesticides, cela veut changer de mode agricultural, reprendre de l’agrobiologie. Dès que l’on évoque cette question, on nous accuse de ne pas pouvoir nourrir 12 milliards d’habitants. Mais c’est un faux problème. Olivier de Schutter [rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation à l’ONU de 2008 à 2014] a fait de très beaux rapports montrant que l’on pouvait nourrir toute la planète avec l’agrobiologie. Et à l’heure actuelle, en Occident, on gaspille 30 à 40% de l’alimentation produite. »

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