Décryptage
Quand le coeur guérit du stress

Quand le coeur guérit du stress

Découvrez la cohérence cardiaque

Publié le 11.12.2017 Claire Sergent

Le stress est en train de devenir un véritable « mal du siècle » écrit la Fédération française de cardiologie (FFC) sur son site internet. Facteur propice aux maladies cardio-vasculaires, il peut même provoquer un infarctus du myocarde. Alors la FFC recommande de recourir à une aide psychologique à la gestion du stress et, notamment, d’être encadré dans l’apprentissage de la cohérence cardiaque. De quoi s’agit-il ? Par quelle action permet-elle de réduire le stress ?

 

Généralement connue comme un ensemble d’exercices de respiration et de relaxation, la cohérence cardiaque agit contre l’anxiété, le stress, la dépression, l’hypertension artérielle… Elle a même un effet positif contre d’autres pathologies. Pensées sauvages a tenté l’expérience et décrypte une méthode qui va bien au-delà de simples exercices respiratoires.

1. Le pouls, premier indicateur

Guy Lacroix est sophrologue et pratique la cohérence cardiaque. Formé auprès de l’Institut HeartMath aux États-Unis, il dispense des séances individuelles ou en groupe de six personnes maximum, durant trois heures, et intervient en entreprise pour des ateliers anti-stress d’une heure et demie. Il me reçoit dans son cabinet à Poissy, une grande salle avec de larges fauteuils et un rétroprojecteur. Je m’installe confortablement ; j’accroche un capteur à mon oreille, relié directement à un ordinateur. Un logiciel trace la courbe de mon pouls, retransmis devant moi. Cette courbe est « le point clé de la cohérence cardiaque », m’explique Guy Lacroix. Elle représente la variabilité de la fréquence cardiaque et permet immédiatement de donner des indications, notamment le niveau de stress.

Moduler sa respiration. Guy Lacroix m’invite à expérimenter un premier exercice, celui qu’il demande toujours en préambule à toute séance. Je dois fermer les yeux et porter mon attention sur la zone cardiaque. Puis je dois imaginer qu’à l’inspiration et à l’expiration, l’air passe à travers mon cœur, comme si je respirais à travers lui. Les exercices de cohérence cardiaque sont toujours très courts, ils ne durent que quelques minutes.

Le deuxième s’effectue les yeux ouverts. Cette fois, je dois suivre une bille qui monte et descend le long d’une courbe représentant la courbe de variabilité parfaite, semblable à une courbe sinusoïdale. Il faut inspirer quand la bille monte et expirer quand elle descend, en veillant à ne pas prendre trop d’air. « L’idée est de ralentir le flux d’air quand vous respirez », dit le spécialiste en me guidant. L’approche est très différente du yoga et de la respiration « ujjayi », avec de grandes inspirations pendant lesquelles on gonfle le ventre, la cage thoracique, la gorge, jusqu’au crâne avant d’expirer longuement. Cette forme de respiration permet de chauffer les organes et le corps de l’intérieur pour mieux le préparer aux différentes postures. En cohérence cardiaque, on cherche au contraire à ne pas prendre trop d’air pour mieux réguler sa respiration.

Une courbe ample et régulière. Le résultat est immédiat, la courbe de mon pouls change et devient parfaitement régulière. Je retrouve la sinusoïde parfaite que je devais suivre du regard pendant l’exercice. Mon cœur accélère puis ralentit, il passe de soixante battements par minute à soixante-dix, de manière constante. « Le signal de bonne santé pour n’importe qui, c’est que le cœur puisse accélérer et décélérer de façon ample et harmonieuse », m’explique Guy Lacroix. Deux critères vont alors permettre de mesurer le niveau de cohérence cardiaque : la régularité et l’amplitude de la courbe. L’écart entre les sommets et les creux dessinés doit être le plus constant possible : plus il sera ample, plus le niveau de cohérence sera élevé, entraînant des effets physiologiques bénéfiques.

 

2. Le système nerveux autonome, un bon régulateur

Pourquoi est-ce important de remplir ces deux critères ? La courbe de variabilité de notre fréquence cardiaque est aussi le miroir du bon fonctionnement de notre système nerveux autonome. D’un côté il y a « le système nerveux moteur qui permet de faire des gestes », décrit le sophrologue, et de l’autre le système nerveux autonome « qui régule tout ce que nous ne pouvons pas contrôler par la volonté, typiquement le cœur ». On ne peut pas contrôler ses battements. Le système nerveux autonome est constitué à son tour de deux systèmes aux actions opposées : le système nerveux sympathique, qui répond au stress en préparant à l’action, et le système nerveux parasympathique, dont l’action est au contraire favorisée par la relaxation puisqu’il permet le ralentissement général des fonctions de l’organisme.

Souplesse et fluidité. Pour bien fonctionner, « le système nerveux autonome doit être capable de nous mettre en action et au repos très rapidement. Quand il nous met en action, le cœur accélère ; quand il nous met au repos, il décélère », affirme Guy Lacroix. Une personne capable d’enchaîner rapidement accélérations et décélérations cardiaques possède « un système nerveux autonome souple ». Elle s’adapte plus facilement à l’environnement ; elle est donc capable « de beaucoup moins stresser, de mieux gérer les situations difficiles » ; elle peut se mettre immédiatement en action et se reposer de façon efficace. La variabilité cardiaque indique directement l’état du système nerveux autonome à travers la fluidité de la fréquence cardiaque. Prenons l’exemple d’un burn out : il va se refléter par un écrasement de la courbe. Idem pour quelqu’un de dépressif : son cœur va avoir du mal à accélérer et décélérer, et il aura plus de difficultés à se mettre en action ou au repos. Par exemple, il aura du mal à s’endormir et à se réveiller. Les exercices ont pour but de nous faire atteindre l’état de cohérence cardiaque : l’équilibre entre les deux branches de notre système nerveux autonome, celles qui nous mettent en action puis au repos.

 

3. Des effets insoupçonnés et rapides

Les progrès peuvent être très rapides. Pour Guy Lacroix, « si la personne est motivée, trois à quatre semaines peuvent suffire ». Lorsqu’une personne est dépressive, sa courbe de variabilité de la fréquence cardiaque est au départ très écrasée, mais, dès la première séance, elle va commencer à onduler. Même si ce n’est que légèrement, « cela aide, cela encourage à poursuivre les exercices, [car] quelques minutes par jour suffisent pour obtenir des progrès significatifs d’une semaine sur l’autre ».

Contre l’hypertension, pour un rééquilibrage hormonal. Des médecins lui envoient des patients atteints d’hypertension, car cette technique peut éviter la prise de médicaments. La courbe au repos d’un hypertendu est particulière : elle est « écrasée et toutes les vingt, trente secondes, il y a une brusque accélération cardiaque avant de redescendre », décrit Guy Lacroix. Ces pics répétitifs sont un signal qui se retrouve chez tous les hypertendus. Or, « d’une séance à l’autre, ces pics commencent à diminuer. Au bout de quelques semaines, ils peuvent même complètement disparaître ».

La cohérence cardiaque permet également d’opérer un rééquilibrage hormonal. En rendant le système nerveux autonome plus réactif, « on va réguler en priorité le cortisol, qui est l’hormone du stress par excellence », explique Guy Lacroix. En quelques semaines, à raison de quinze minutes par jour, « on peut baisser le taux de cortisol, qui peut être de 25 à 40 % au-dessus de la moyenne ». La cohérence cardiaque permet encore d’amoindrir les effets de la ménopause.

 

4. Un état de bien-être permanent

Selon Guy Lacroix, la cohérence cardiaque n’est vue que par le seul prisme respiratoire en France. C’est prendre le risque que beaucoup abandonnent parce qu’ils vont se lasser de cette méthode jugée « trop facile », « pénible » parce qu’ils auront « l’impression de stagner », déplore-t-il. Pour que les effets ne soient pas que mécaniques, il faut travailler sur ses émotions. Par exemple, « certains peuvent très bien respirer en suivant la bille des yeux tout en étant anxieux ».

Cette partie est la plus difficile à comprendre, « se rendre compte que ce sont les émotions positives qui vont provoquer les accélérations du cœur ». Le spécialiste entraîne ainsi les gens à se mettre dans des états positifs émotionnellement pour pouvoir générer ces accélérations. « Le bien-être doit être notre état naturel. » Le but est de parvenir, après un certain entraînement, en permanence à l’état de cohérence cardiaque.

En cohérence avec soi-même. Pour illustrer cette idée, alors que la courbe de mon cœur s’affichait toujours en face de moi, grâce au capteur à mon oreille, Guy Lacroix m’a fait remarquer qu’elle était parfaite, que j’étais en plein état de cohérence cardiaque sans procéder à aucun exercice. Comment y suis-je parvenue ? À ce moment précis, nous étions en train de parler des bienfaits des médecines naturelles, telles que la cohérence cardiaque. J’étais en parfait accord avec moi-même, avec mes centres d’intérêt.

Cette dernière étape peut prendre plus de temps. On comprend pourquoi l’exercice de base est de porter son attention sur la zone du cœur, même si, au premier abord, cela peut sembler très abstrait, voire ne pas avoir beaucoup de sens. Pour Guy Lacroix, l’objectif final est d’apprendre « à ne pas générer un état de bien-être à partir de son intellect, mais à partir du cœur » : il devient alors naturel et permanent.

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