Décryptage
Calmer sa toux efficacement grâce aux plantes

Calmer sa toux efficacement grâce aux plantes

Comment retrouver des nuits tranquilles

Publié le 27.11.2017 Jacques Pothier, pharmacien

Tout le monde connaît la guimauve ou le marshmallow anglais, mais savez-vous qu’avant d’être cette confiserie blanche ou rose, c’est l’une des plantes les plus efficaces contre la toux ? Les mucilages qu’elle contient aident à venir à bout des toux les plus tenaces. Découvrez toutes les autres plantes à mucilages et leurs vertus.

 

Fléau des nuits, le premier réflexe est souvent de faire taire sa toux… Un réflexe pourtant bien contre-intuitif, car il retarde la guérison. Une toux grasse ne doit pas être empêchée, car le corps la déclenche pour permettre l’expulsion des mucosités. S’il ne faut pas la contrarier, il est en revanche possible de l’apaiser en facilitant les expectorations grâce à des fluidifiants et des adoucissants, qui vont liquéfier le mucus et aider à son évacuation. C’est le cas des plantes à mucilage.

Les mucilages sont des substances qui gonflent plus ou moins au contact de l’eau en prenant une consistance visqueuse, parfois collante, semblable à la gélatine. On utilise d’ailleurs l’adjectif « mucilagineuses » pour qualifier de nombreuses substances d’origine animale, fongique ou bactérienne, qui présentent les mêmes caractéristiques.

Trois plantes sont connues pour leurs teneurs importantes en mucilage : la mauve, la guimauve et le lichen d’Islande. Elles sont avant tout utilisées pour leurs propriétés antitussives.

On peut classer ces plantes à mucilage dans les anti-inflammatoires émollients : elles hydratent et favorisent la « glisse » des sécrétions et leur élimination. Elles participent à l’atténuation des toux grasses mais aussi des toux sèches irritantes. On les conseille aussi  dans l’asthme et l’hypersécrétion bronchique.

Qu’est-ce qu’un mucilage ?

Les mucilages sont des substances végétales, constituées de polysaccharides, c’est-à-dire de polymères du saccharose, qui est le sucre classique utilisé en France. Les polysaccharides, appelés aussi polyosides, polyholosides ou glucides complexes, sont des composés constitués de plusieurs sucres ou oses liés entre eux. Les plus répandus du règne végétal sont la cellulose et l’amidon. Les mucilages végétaux sont utilisés, traditionnellement ou industriellement, comme des additifs alimentaires sous forme de fibre, d’inuline ou de gomme naturelle pour leurs propriétés épaississantes, adhésives et adoucissantes.

Les racines primaires de la plupart des plantes sécrètent des mucilages. Celles de la famille des Malvacées, comme la guimauve et la mauve, sont particulièrement riches en mucilage. Beaucoup de graines ou de pépins sont enveloppés d’un mucilage (la pectine des pommes, par exemple), ou en produisent quand ils sont dans l’eau ou dans le tube digestif. C’est le cas des graines de lin et de divers plantains – psyllium (Plantago Ovata) ou ispaghul – qui sont aussi laxatifs et utilisés à cette fin. Cette teneur en mucilage explique l’efficacité des collyres adoucissants contenant du plantain pour les yeux fatigués ou irrités.

Le top 3 des plantes à mucilage 

La mauve : 

Grande mauve ou mauve sylvestre (Malva sylvestris) de la famille des Malvacées

Plante bisannuelle commune, elle colonise les talus et les bords des chemins de toute l’Europe. Elle possède des racines pivotantes charnues et des feuilles à cinq lobes caractéristiques. Les fleurs ont une corolle à cinq pétales rose violacé veinés de pourpre, en fascicules à l’aisselle des feuilles. Le fruit sec mime un fromage en parts, d’où le nom de « Fromageon ». On emploie les fleurs pour fabriquer des tisanes.

La grande mauve  (Malva sylvestris) est avant tout une plante à mucilage, car elle en contient plus de 10 %. Des anthocyanosides et anthocyanidines sont également présents (malvine, malvidine et delphinidine), mais aussi des flavonoïdes classiques (glucosides de flavones, scopolétine, quercétine et malvidine-3-glucoside).

Propriétés thérapeutiques

Son activité antitussive a été largement démontrée. Émolliente, adoucissante, elle est aussi anti-ulcéreuse et anti-gastrite (Helicobacter Pylori). Vulnéraire, la grande mauve possède aussi des propriétés laxatives mécaniques non-agressives, anti-inflammatoires adoucissantes, anti-oxydantes, anti-radicalaires, anti-bactériennes (Staphylococcus Aureus, Streptococcus Agalactiae, Enterococcus Faecalis) et anti-fongiques.

Posologie

En tisane  pour une tasse, utilisez 1,5 à 2 grammes (3 à 4 cuillères à café) de fleurs de mauve séchées. Faire infuser 10 minutes et boire 2 à 3 tasses par jour en dehors des repas.

Dans le commerce, on trouve des gélules de mauve pour les affections bronchiques. Prenez 2 à 3 gélules par jour pendant les repas, avec un grand verre d’eau.

La cure peut être occasionnelle, pendant quelques jours, en cas de troubles digestifs, de problèmes respiratoires (toux, laryngite, asthme) ou d’infections buccales (toux, mal de dent, aphte, abcès). Elle est également indiquée pour les chanteurs dont les cordes vocales fatiguent.

Elle sera plus régulière si les troubles digestifs sont fréquents, mais la cure ne devra pas excéder trois semaines. Attention à l’effet laxatif de la mauve ! Il n’y a aucune autre contre-indication à sa consommation. On peut l’utiliser aussi dans l’eau du bain  (10 grammes par litre d’eau) pour ses propriétés adoucissantes pour la peau.

 

La guimauve :

Guimauve (Althaea officinalis) de la famille des Malvacées

Sa racine et sa fleur sont employées en thérapeutique. On utilise souvent son nom latin d’Althaea officinalis pour la désigner. Très voisine de la mauve, elle contient pratiquement les mêmes composants. Avant l’utilisation de la gélatine et de diverses autres substances, les racines de la guimauve, une plante des zones humides, étaient utilisées pour créer la pâte de guimauve.

Propriétés thérapeutiques

La guimauve amollit et détend les tissus de la gorge et des voies respiratoires. Elle agit également sur la vessie, l’intestin et la cavité buccale. Grâce à ses propriétés laxatives, elle convient parfaitement en cas de constipation. Elle agit sur la peau pour guérir rapidement des piqûres d’insectes et des ulcères cutanés. Il est déconseillé de l’utiliser chez les enfants de moins de 3 ans.

Posologie

Pour soigner les inflammations bucco-pharyngées (voie orale), gargarisez-vous avec un verre d’eau chaude (200 ml) contenant 1 à 2 grammes de racine séchée de guimauve ayant infusé pendant deux heures. Il est préférable de laisser macérer la racine (2 à 4 g pour 200 ml d’eau) à température moyenne (20 à 30 degrés), car le liquide obtenu est moins épais. On peut également se gargariser avec un verre d’eau chaude contenant 1 à 2 grammes de feuille de guimauve, trois fois par jour.

 

Le lichen d’Islande : 

Lichen ou mousse d’Islande (Cetraria islandica) de la famille des Parméliacées

Le lichen d’Islande (Cetraria islandica) pousse sur des sols acides, dans les landes à bruyères des régions froides, où il est très abondant. Il s’agit d’un lichen terricole, c’est-à-dire qu’il se développe sur le sol. Le lichen d’Islande, comme son nom le laisse deviner, évolue dans les régions arctiques et tempérées de l’hémisphère Nord. Dans le Sud, on ne le trouve généralement qu’en montagne. Il est utilisé en médecine populaire et, dans les périodes de pénurie, il a servi d’aliment aux hommes. Son thalle (tissu végétal composé de cellules indifférenciées, sans feuille ni tige ni racine) comporte les principes actifs. Le lichen d’Islande bat tours les records en mucilage. Il peut en contenir jusqu’à 50 % avec des acides lichéniques amers.

Propriétés thérapeutiques

Après l’avoir trempé dans l’eau, le lichen d’Islande peut être bouilli jusqu’à obtention d’une gelée qui peut servir de base pour les soupes ou les ragoûts. Tout comme la guimauve et la mauve, il est riche en polysaccharides, mais aussi en acides cétrariques. Grâce à ses polysaccharides, il est un immunostimulant antibiotique. Ceux-ci déterminent son utilisation pour le traitement des troubles du système digestif ainsi que pour l’inflammation des voies respiratoires supérieures.

Posologie

Pour les maladies des voies respiratoires supérieures (bronchite, toux rebelle et épuisante…), faites macérer le lichen et buvez-en 2 à 3 fois par jour avec une infusion de thym. Son efficacité vient des propriétés bactéricides des acides lichéniques, similaires à celles des antibiotiques. Il inhibe la toux sèche et soulage le mal de gorge. Il existe dans le commerce de nombreux produits, dont certains sont des combinaisons d’extraits de mousse d’Islande et de mauve, pour une double action : apaiser les muqueuses irritées et prévenir de nouvelles infections.

 

Le coquelicot, la violette et le bouillon blanc sont des plantes pectorales à ne pas négliger

Il existe d’autres plantes à propriétés pectorales antitussives, appelées parfois « béchiques », dont le bouillon blanc, le coquelicot et la violette. Le pied de chat et le tussilage ne sont plus utilisés. Le premier, car il est une espèce en voie d’extinction, et le second pour des raisons de sécurité sanitaire (il contient des substances alcaloïdiques toxiques).

 

Le bouillon blanc : 

Bouillon blanc ou molène (Verbascum thapsus) de la famille des Scrophulariacées

Le terme de bouillon blanc (Verbascum thapsus) rappelle ses feuilles très duveteuses et blanches. Ses fleurs sont jaunes, et certaines très grandes plantes peuvent atteindre deux mètres de hauteur. Le bouillon blanc est un anti-inflammatoire (il contient aussi des iridoïdes) respiratoire émollient et expectorant.

 

Le coquelicot : 

Coquelicot (Papaver rhoeas) de la famille des Papavéracées

Espèce de plantes dicotylédones, le coquelicot (Papaver rhoeas) comme le pavot à opium, est abondante sur les terrains fraîchement remués à partir du printemps. Elle appartient au groupe de plantes dites « messicoles », c’est-à-dire associées à l’agriculture. Comme tous les pavots, le coquelicot a des effets narcotiques dus aux alcaloïdes : il contient du latex, dans lequel se trouvent divers alcaloïdes, dont le principal est la rhœadine. Contrairement au pavot somnifère, il ne contient pas de morphine. Ses pétales, riches en mucilage, comprennent des tanins et des pigments anthocyaniques, dérivés de la cyanidine, qui lui donnent sa couleur rouge, ainsi que des alcaloïdes dérivés de la benzylisoquinoline, des alcaloïdes d’isoquinoléine et des alcaloïdes dérivés de la tétrahydro-3H-3-benzodiazépine (dont la rhœadine, la rhœarubine I et II, la rhœagénine, l’isorhœadine, la papavérine et la protopine).

 Propriétés thérapeutiques

On utilise ses pétales séchés, qui prennent une couleur lie-de-vin à la dessiccation et dont on fait le plus souvent des tisanes. Leur effet apaisant se fait sentir sur l’adulte, mais surtout sur l’enfant. Autrefois, on ajoutait du coquelicot à sa bouillie pour faciliter le sommeil. Par ses propriétés émollientes, sédatives légères et béchiques, le coquelicot est un calmant de la toux et des irritations de la gorge. Il est alors utilisé sous forme de pastilles à sucer ou de sirop.

La violette : 

Violette ou pensée sauvage (Viola tricolor) de la famille des Violacées

Selon le positionnement de leurs pétales, les espèces de cette plante herbacée vivace sont appelées « violettes » ou « pensées ». Elles portent aussi le nom d’« herbes de la Trinité ». Leur principal usage est ornemental, mais des variétés odorantes servent également en parfumerie et en confiserie. Les fleurs, violet foncé, sont composées de cinq pétales et leur odeur est des plus suaves. Les fleurs, feuilles, graines et racines, recueillies de juillet à septembre, sont utilisées en phytothérapie. Mais c’est surtout la fleur qui est employée.

Propriétés thérapeutiques

La violette  (Viola tricolor) contient des saponines, du mucilage, du salicylate de méthyle. On l’utilise contre les toux grasses (racine et fleur), l’eczéma, les gerçures, les rhumes, les bronchites et les maux de gorge.

Les vertus des sirops, des pastilles et des tisanes

De nombreux sirops existent à base de mauve, de guimauve ou de lichen d’Islande, souvent sans alcool et sans sucre. Pour calmer une toux sèche, il est possible de se tourner vers les pastilles employées pour leurs vertus adoucissantes. On privilégiera des pastilles, dites de gomme, ainsi que des pastilles au citron et à la menthe. En vente libre, les pastilles permettent de lutter contre les toux sèches en ayant une action adoucissante, calmant les irritations. Il existe un grand nombre de pastilles qui peuvent jouer ce rôle adoucissant, avec des parfums variés (menthe, eucalyptus, pin, miel, citron) mais, attention, certains sont à déconseiller aux jeunes enfants.

L’action psychologique de ces pastilles n’est pas à négliger. Un traitement contre la toux constitue une prise en charge que le cerveau enregistre comme étant curative. Les pastilles peuvent aussi livrer une sensation de fraîcheur et ainsi libérer les voies respiratoires.

Elles contribuent à une forme de bien-être et ont l’avantage de provoquer une salivation importante, avec un apport de lysozyme au niveau des parties enflammées. Le seul fait de provoquer la salivation et d’adoucir la muqueuse est une bonne chose en soi.

On retrouve souvent des pastilles associant propolis et mucilage. La propolis désigne à la fois une matière résineuse produite par certains végétaux et un matériau complexe fabriqué par les abeilles à partir de résine végétale et de cire. Les abeilles utilisent leur production comme mortier et anti-infectieux pour assainir la ruche. Quant aux tisanes, on peut en élaborer à partir de la mauve et du lichen d’Islande, plus éventuellement des espèces pectorales. Quelle que soit la tisane choisie, il est conseillé d’ajouter du miel comme un agent édulcorant lui aussi adoucissant.

 

Recommandations :

Ces conseils ne dispensent pas d’un avis médical. Si les symptômes persistent, consultez votre médecin. Gardez en tête que les plantes médicinales peuvent avoir des interactions avec d’autres médicaments.

Privilégiez les plantes de qualité biologique, locales et avec une bonne traçabilité.

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