Décryptage
Le lagom

Le lagom

Le bien-vivre à la suédoise

Publié le 20.11.2017 Anne de Labouret, pharmacienne

Cet automne, on se met au lagom. Cet art de vivre à la suédoise nous propose une autre façon de penser la vie avec modération, éthique et équilibre : mieux avec moins !

 

Le lagom (prononcez lar-gom) est un mot intraduisible que les Suédois utilisent pourtant à tout moment, qui est ancré dans les mœurs et s’applique à tous les aspects de la vie quotidienne. On peut manger lagom, s’habiller lagom, acheter ou travailler lagom… bref, vivre lagom. L’expression qui s’en rapproche le plus pourrait être « ni trop, ni trop peu » ou encore « ce qui est juste » ou « ce qui est suffisant ». « Le lagom est ainsi fait de minimalisme, de juste mesure, de simplicité et d’éthique », écrit Anne Thoumieux dans Le Livre du Lagom. Une idée de modération optimale, tant en qualité qu’en quantité. Une façon de vivre basée sur le contentement personnel, en étant heureux avec ce que l’on a sans forcément vouloir plus.

Un code de conduite tout en sagesse

Finis les achats coups de cœur, les éclats de voix, les comportements excentriques et les vagues de la vie ! Le lagom est fondamentalement altruiste, il privilégie le collectif à l’individuel. Politesse, ponctualité, compromis, il s’agit de rester calme en toutes circonstances pour ne pas déborder les autres avec ses états d’âmes… même dans les embouteillages, le métro ou en faisant la queue au supermarché.

La protection de la planète occupe une place centrale dans le comportement des Suédois. Ils considèrent que tout achat est un acte citoyen qui a des conséquences sur l’environnement. Pas question donc de se laisser aller à la surconsommation ! On oublie les promesses de la publicité, qui ne visent qu’à nous faire acheter davantage. Au contraire, on se désencombre, on consomme sans excès, on arrête d’accumuler pour privilégier le fonctionnel et les objets que l’on aime. Pour limiter son impact environnemental, on partage, on troque, on achète d’occasion, on répare, on recycle, on trie ses déchets, on boycotte les marques qui polluent… On pense empreinte écologique, économie d’eau et d’énergie, consommation durable et raisonnée dans tous les domaines.

Voitures, vêtements, mobilier, alimentation aussi...

Plutôt que de suivre la mode, on trouve et on adopte le style vestimentaire intemporel dans lequel on se sent bien. On achète moins de vêtements mais de meilleure qualité avec des coupes qui tombent bien. Ainsi, on les garde plus longtemps.

On cuisine soi-même des produits frais et locaux plutôt que d’acheter des plats cuisinés tout prêts et ultra-transformés. Mieux encore, si on a la chance d’avoir un jardin, on cultive soi-même son propre potager. On mange sain, naturel et équilibré. Même la préparation des repas est vécue comme un moment de partage privilégié.

Le lagom, appliqué au travail

En Suède, la vie de famille est primordiale. Tout le monde a le droit d’aller chercher ses enfants à la sortie de l’école… même les ministres ! Au travail, on s’attache à être concentré sur ce que l’on fait dans le but d’être plus efficace, de ne pas finir tard et de laisser une vraie place à la vie de famille. Le télétravail et le temps partiel sont favorisés. Le travail est conçu comme une zone d’épanouissement, centré sur les relations humaines, où les challenges sont valorisants et accessibles. Les pauses obligatoires y favorisent la convivialité. Le travail d’équipe exclut la vantardise et l’esprit de supériorité. On ne se compare pas aux autres, pas plus qu’on n’essaie de prendre le pouvoir : c’est la réussite collective qui compte.

Enfin, chaque fois que c’est possible, et notamment en vacances, les Suédois se rapprochent de la nature. On respire, on se régénère en plein air, on se reconnecte avec soi-même et avec le monde.

Le bonheur suédois réside dans la norme : être heureux en se satisfaisant de ce qu’on est et de ce qu’on a. Vu de chez nous, sans doute cet idéal suédois présente-t-il un petit côté uniformisé et trop mesuré pour notre esprit latin gaiement frondeur. Sans doute aussi avons-nous à gagner à intégrer quelques sages touches de lagom dans nos quotidiens souvent trépidants. On essaie ?

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