Décryptage
Le développement du cerveau de l’enfant

Le développement du cerveau de l’enfant

Le rôle de la génétique versus celui de l’environnement

Publié le 13.11.2017 Propos recueillis par Hortense Meltz

A la naissance, le cerveau du bébé est prêt pour tous les possibles de son environnement. Que se passe-t-il sur les plans cognitifs et biologiques dans la tête de l’enfant ? Pour discuter de ces questions à la lumière des dernières recherches scientifiques et rencontrer les parents et les professionnels, le Train-Petite Enfance & Parentalité est parti de la gare de Lyon le 2 novembre pour un tour de France d’un mois. Interview de Catherine Verney, chercheuse à l’Inserm et membre du comité d’expert du Train.

Pensées Sauvages : Quelles sont les grandes étapes du développement du cerveau de l’enfant ?

Catherine Verney : « Dès la naissance, bébé reconnaît le visage de sa mère parmi d’autres visages. Il s’intéresse plus aux choses qu’il ne connaît pas, imite les mimiques des adultes et tire sa langue lorsqu’on lui montre la notre.

Entre 3 et 5 mois, il est capable d’observer la permanence d’un objet qu’on lui présente. Mais l’envie de bouger, ramper, marcher à quatre pattes puis debout est là pour sa conquête du monde! Quelle somme d’apprentissages de maîtrise du corps, de coordination droite/gauche (coordination des 2 hémisphères cérébraux), d’exploration sensori-motrice sont associés à l’apprentissage de sa sécurité et de sa confiance /méfiance. Bien évidemment, toutes ces explorations sensori-motrices ainsi que le big bang de l’apprentissage du langage/vocabulaire stimulent ses différentes mémoires. 

Sur le plan cognitif, tout début de la vie, l’imitation est la base de l’apprentissage de bébé par analogie, aptitude innée et précoce. Ceci grâce à ses neurones miroirs qui s’activent de manière similaire à ceux de la personne en face de lui effectuant le geste. Mais comme pour tous ses apprentissages, bébé doit avoir confiance et se sentir en sécurité.

En parallèle, il est capable de discernement et de logique et sait que les autres ont aussi des pensées dès 15 mois. Puis il découvre qu’il peut partager des observations/pensées et qu’autrui ne voit pas le monde de la même façon que lui. Vers l’âge de 5 ans, il commence à concevoir que chacun a sa propre représentation de la réalité physique et sociale. Avec le développement du langage, l’enfant peut comprendre les états mentaux d’autrui et petit à petit exprimer/confronter ses pensées, idées ou croyances. Selon le psychologue français Olivier Houdé, le développement intellectuel de l’enfant n’est pas linéaire comme le pensait Jean Piaget mais plutôt « biscornue »….. Se développer, c’est plutôt inhiber un comportement connu (qui peut être archaïque) pour en adopter un autre. Il faut savoir sélectionner et inhiber certaines données pour en apprendre de nouvelles. »

L'un des moteurs de l'apprentissage est de corriger ses erreurs de raisonnement et de choisir une stratégie cognitive adéquate. 

Pourquoi tous les bébés sont-ils programmés pour naître avec trop de neurones ?

« Pour le cerveau organisé en régions hautement spécialisées, dès qu’un neurone est  généré, il migre pour trouver sa bonne place, développe ses prolongements (axones et dendrites), les connexions (sorte de fils électriques) qui relient les neurones par des synapses (sorte de prises).

Bien sûr, les cellules du futur bébé sont en contact permanent avec celles de sa maman. Vers 6 mois de gestation, les neurones de son cerveau sont générés et bébé se manifeste activement dans le ventre de sa mère. Il entend des voix, goûte à des saveurs et perçoit la lumière.  Pour sécuriser un bon fonctionnement cérébral, la programmation génétique produit trop de neurones, trop de connexions et trop de synapses.

A la naissance, le cerveau de bébé est prêt pour tous les possibles de son environnement. Il rencontre l’environnement par tous ses sens en éveil, ce qui stimule des connexions/synapses dans une organisation intracérébrale spécifique à chacun. Quand il écoute, voit ou touche les objets ou une personne, cela stimule des groupes de neurones correspondant à des réseaux/connexions/synapses spécifiques qui ainsi renforcés consolident des circuits. D’autres seront en partie éliminés. L’interaction constante de ses neurones/connexions/synapses avec l’environnement va sculpter une sorte de « disque dur » cérébral sensoriel, émotionnel et cognitif singulier à chacun. »

Dès la naissance, il peut entendre le chinois ou le japonais aussi bien que le français. Mais s'il n'entend que des phonèmes français, rapidement ses circuits "français" se renforcent, alors que les circuits correspondant au chinois non stimulés sont éliminés.

« Tout se joue avant 6 ans » disait il y a plus de 40 ans le Dr Dodson 

« C’est à la fois vrai, car la quasi totalité des neurones/connexions se mettent en place pour la vie pendant cette période, et faux car une grande plasticité des connexions/synapses permet de modifier les circuits neuronaux. Le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik a insisté sur l’importance de la « résilience » permettant de faire évoluer des mécanismes/comportements dysfonctionnants -sensori-moteur, émotionnel ou cognitif- au cours de l’enfance et de l’adolescence. De plus, il a été découvert que le cerveau est capable de générer de nouveaux neurones tout au long de la vie, si utile dans la mémorisation. »

Quelle est la part de la programmation génétique versus de l'environnement ?

« L’étude entre les gènes et l’environnement chez les jumeaux évalue entre 40 à 60% la part de l’héritage génétique dans l’élaboration de traits de personnalité associant le caractère et le tempérament de l’individu. 

Dès que bébé naît, ses yeux rencontrent le regard de sa mère ou d’un autre humain et il devient  humain. Même petit, dépendant et vulnérable, il a déjà beaucoup de capacités ! Mais pour les exprimer, bébé a besoin de sécurité, doit se sentir en confiance. C’est un prérequis pour tout apprentissage ! Environ 60% des enfants ont un attachement sécurisé, mais plus de 30% se développe dans un attachement anxieux.  La bienveillance doit être la base de l’éducation des enfants. »

 

Le samedi 18 novembre à Saint-Malo de 10h à 11h,  vous pourrez rencontrer Catherine Verney, dans le train Petite Enfance et Parentalité, lors de sa conférence sur développement du cerveau de l’enfant.

Retrouvez le programme détaillé avec les villes étapes et les conférences en ligne. L’inscription est gratuite mais obligatoire.

https://train-petite-enfance-parentalite.org/

 

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