Modes de vie
On a testé le yoga du rire 

On a testé le yoga du rire 

Rire pour guérir

Publié le 02.10.2017 Claire Sergent

Inspiré par sa femme qui était persuadée des bienfaits du rire, le médecin indien Madar Katarian a inventé une méthode tirée du yoga qu’ils pratiquaient tous les deux. Ainsi est né, il y a une vingtaine d’années, le yoga du rire. Peut-être vous direz-vous que c’est complétement farfelu et – même si le ridicule ne tue pas – vous demanderez-vous quel effet positif cela pourrait bien avoir sur votre santé… Attendez la fin de la séance, quand vous aurez sécrété des hormones du bonheur, atteint un niveau parfait de relaxation, tout en rigolant. Même de manière forcée, le rire naturel est un formidable médicament. Il suffit de savoir comment s’en servir. Pensées sauvages a tenté l’expérience et vous guide.

 

Pour tenter l’expérience, je suis allée dans le XVIIIe arrondissement de Paris, là où l’association Rires éveillés propose des cours de yoga du rire. Mylène Koenig m’accueille, souriante, rayonnante, comme un shoot de bonne humeur à son contact. Pour cette séance d’essai, je rejoins un petit groupe hétérogène. Une retraitée qui enseigne également le yoga du rire et enregistre les rires à chaque séance afin d’en compiler les meilleurs. Tous les jours, elle les écoute, accroc à sa demi-heure de rire. Une autre retraitée qui propose des visites guidées dans les coins inconnus et insolites de Paris. Une femme plus introvertie et une jeune fille d’une timidité charmante, convertie au yoga du rire par sa mère. Toutes sont des yogeuses du rire assidues.

Rire oui, mais pas n’importe comment

“La méthode est très structurée, expose Mylène Koenig. On commence par une introduction de manière formelle, en se regardant dans les yeux, mais cela peut aussi être des mouvements, quelque chose de plus informel pour rentrer en contact.” Pendant cette séance, nous nous présentons chacune avec un salut yogique et des étirements.

Puis vient “l’explication du cadre qui est très importante, ajoute Mylène. Il faut expliquer qu’on va rire sans raison, que c’est bon pour le corps.” Elle est persuadée que cette entrée en matière permet aux personnes, surtout celles qui découvrent le yoga du rire, d’avoir “moins de mal à rentrer dedans”.

S’ensuit l’échauffement, indispensable pour s’ouvrir à la séance, être prêt à rire, mais aussi assouplir les articulations. Cela permet de “prendre conscience de son corps”, explique Mylène.  Quand vous faites ces petits exercices de mobilisation, “vous n’êtes plus dans le mental, vous êtes à l’écoute de votre corps, vous commencez tout doucement à lâcher prise”.

Tous les mouvements effectués sont des mouvements de stretching doux, de détente, qu’on retrouve dans les exercices de pleine conscience. Mylène dit en souriant : “On peut avoir l’impression de mouvements loufoques, mais rien n’est fait au hasard.”

Se laisser guider par le ressenti

Pendant une séance, Mylène donne toujours comme consigne de ne pas parler pour déconnecter son cerveau logique, analytique, au profit du cerveau plus intuitif, émotionnel. “Il faut laisser aller tout ce qui est logique, raisonné.”

Elle demande aussi de toujours garder le contact visuel. “C’est ce qui déclenche l’ocytocine”, l’hormone des rapports humains. L’ensemble de la séance s’articule autour d’un lien, qui unit tout le groupe “dans la bienveillance, dans la complicité”. Pendant cette heure de pratique, nous nous prendrons dans les bras, nous nous encouragerons mutuellement et, bien souvent, des rapprochements, des mouvements d’ensemble naîtront naturellement. “Il y a toujours une interaction, qui fait que les exercices se transforment, évoluent en fonction des personnes.”

La respiration, l’essence du yoga

La séance est également accompagnée d’exercices de respiration. Il s’agit d’expulser l’air résiduel, car nous avons tendance à respirer superficiellement, uniquement au niveau du thorax.

Un bébé respire naturellement du ventre, tandis que les grands ont tendance à respirer uniquement de la poitrine. Or, “c’est une respiration qui entraîne du stress”, à l’inverse de “la respiration profonde, qui est celle de la décontraction complète, précise Mylène. Ce travail sur la respiration permet de bloquer la fabrication de cortisol, l’hormone du stress”.

Un cercle vertueux

D’une part, la respiration profonde va “automatiquement bloquer le cortisol”. D’autre part, “le rire provoqué a les mêmes effets physiologiques que le rire spontané” mais, pour cela, il ne suffit pas de rire trois minutes. Pour vraiment provoquer les hormones du bonheur, “il faut rire de manière vigoureuse, soutenue, ample, pendant un quart d’heure”, indique Mylène. La pratique du yoga du rire, une séance d’une heure articulée autour de dix rires qui correspondent chacun à un exercice d’imagination, d’improvisation pour déclencher un rire naturel ou forcé, permet de sécréter ces hormones du bonheur, telles que la dopamine.

Pour clôturer ce cercle vertueux – effet de groupe, interactions continues entre les participants, exercices pensés de manière collective –, la séance de relaxation finale se fait épaule contre épaule, ce qui permet de secréter l’hormone des rapports humains, l’ocytocine.

Le yoga du rire : loufoque mais libérateur

Le seul bémol au yoga du rire peut venir des a priori ou des difficultés à rentrer dans sa séance. “Il faut admettre que c’est un peu dingue, complétement loufoque, reconnaît Mylène. Les premières fois, je me suis demandée comment les gens allaient réagir.” “Mais, en fait, la méthode marche”, assure-t-elle. Elle s’avoue même surprise de voir à quel point les gens sont réceptifs : “ Au début, le rire est fabriqué, puis il vient naturellement, parfois au bout de plusieurs séances.”

Le yoga du rire demande un total lâcher prise. Françoise, qui l’enseigne également, recommande, pendant ses séances, de “ne pas se moquer, ne pas se juger, ne pas se comparer ni se mesurer”. Mylène ajoute : “C’est très important, c’est un rire de la bienveillance.”

La benjamine du groupe confie que, la première fois, ce fut un échec. “J’étais intimidée, je ne comprenais pas vraiment le principe.” Aujourd’hui, elle a du mal à imaginer cette première séance tant son sentiment a évolué. “Quand il y a plein de monde, ce sont mes cours préférés. On sent vraiment l’unité du groupe et l’envie de tous rire ensemble.”

 

Des médecins se sont intéressés aux bienfaits du rire. Voici quelques exemples de lecture recommandés à l’issue de cette séance de yoga du rire : Psychosomatique du rire. Rire pour guérir du Dr Henri Rubinstein (Robert Laffont, 2013) ; Le Rire, une formidable thérapie de Christian Tal Schaller, Corinne Cosseron et Kinou-le-clown (Fernand Lanore, 2010) ; Le Rire, une source inépuisable de santé de Raymond Abrezol (Fernand Lanore, 2007).

 

Pour en savoir plus : rires-eveilles.fr 

Recevoir notre newsletter
Le recaptcha n'est pas correctCe champ ne peut pas être videAdresse email invalide