Acteurs du changement
La laitue au secours de vos vergetures

La laitue au secours de vos vergetures

Qu’est-ce que c’est que ces salades ?

Publié le 02.10.2017Propos recueillis par Anne-Charlotte Fraisse

L’idée ne manque pas de malice : comment recycler et valoriser les restes de l’industrie alimentaire, ces produits qui n’intéressent à priori personne, et encore moins la cosmétique de luxe ou les laboratoires pharmaceutiques. C’est le défi créatif que s’est lancé Nicolas Attenot, ingénieur chimiste chez Biolie, une entreprise qui s’intéresse aux déchets. Et ça fonctionne ! Des feuilles de salade au romarin, du concombre à la carotte, tout l’intéresse ! Car nos épluchures et nos restes ont de belles propriétés souvent méconnues. Antioxydants ou régénérants, ils valent de l’or !

Pensées Sauvages : Comment le procédé d'extraction a-t-il été découvert ? Peut-on expliquer simplement son fonctionnement ?

Nicolas Attenot « Depuis la création de la société en 2012, nous travaillons sur l’extraction de produits issus du végétal au moyen d’enzymes. Ce procédé a été développé dans un laboratoire universitaire français de technologie d’extraction. L’enzyme est une protéine dont l’activité peut couper une liaison covalente, exactement comme lors de la digestion. Les enzymes nous permettent de fractionner le végétal pour le libérer sous forme aqueuse.

À l’origine, nous souhaitions substituer les procédés d’extraction polluante des huiles alimentaires par une méthode plus respectueuse de l’environnement et des hommes. Les huiles de grande consommation comme le tournesol ou le colza sont extraites à l’hexane, un solvant qui provient des produits pétroliers. Dangereux pour la santé et l’environnement, on  peut malheureusement parfois retrouver des traces d’hexane dans certaines huiles. La pression à froid marche très bien mais les rendements d’extraction sont beaucoup moins élevés.

Notre méthode d’extraction de la matière végétale avec de l’eau et des enzymes est unique : on obtient de l’huile et de l’eau. L’eau est gorgée d’anti-oxydants et de polyphénols, elle est idéale pour les cosmétiques. C’est un procédé totalement respectueux de l’environnement et sans danger pour l’homme. »

Nous travaillons avec les rebuts de l’industrie alimentaire ou agricole destinés à être jetés ou donnés aux animaux d’élevage et nous utilisons uniquement des ressources locales et des produits pour un bon bilan carbone. 

Quelles enzymes utilisez-vous ?

« Nous utilisons principalement la cellulase, l’hemicellulase et la pectinase, qui sont des auxiliaires utilisés dans les technologies agro-alimentaires.

Par exemple, pour avoir un jus de pomme non trouble, comme ne l’est pas le jus de pomme artisanal, l’industrie agro-alimentaire utilise de la pectinase, une enzyme qui enlève la pectine, responsable du léger dépôt. »

Comment avez-vous découvert que la salade regorgeait de tant de bienfaits pour la peau ?

« Pour conditionner de la salade en sachets, on coupe les feuilles périphériques plus grandes, plus vertes et moins croquantes pour ne garder que le cœur. Dans une logique éco-responsable, nous voulions revaloriser ces feuilles délaissées. Les extractions ont révélé que l’extrait aqueux contenait un polyphénol à l’action anti-inflammatoire, inhibitrice de la collagénase et lissante, parfait pour les soins anti-vergetures et anti-âge ! Ces effets ont été démontrés scientifiquement, testés sur des modèles in vitro. L’ingrédient est breveté.

Encouragés par ces résultats, nous avons fait des recherches sur d’autres matières premières considérées comme des déchets par l’industrie agro-alimentaire (que l’on nomme co-produits) et qui représentent pour nous une manne formidable. »

Le romarin contient de l’acide rosmarinique, qui est un polyphénol agissant sur l’endormissement. C’est un emploi totalement inédit, puisque le romarin est reconnu comme plante médicinale pour le foie !

Quels autres produits originaux extrayez-vous grâce à ce procédé ?

« Notre procédé d’extraction à l’eau et aux enzymes nous permet de produire des huiles végétales uniques.

Par exemple, les graines de sapin sont anti-âge et antioxydantes, les graines de chicorées sont riches en acides gras poly-insaturés, excellents pour nourrir la peau.

Un autre composé insolite nous a intéressés : la peau de cacahuète. Cette fine pellicule rouge produit de l’huile, qui n’est pas de l’huile d’arachide car son profil en acides gras est totalement différent.

L’aiguille de sapin contient lignanes et tanins qui jouent sur les enzymes digestives en les inhibant, les graisses ne sont pas assimilées. Nous en avons donc fait un ingrédient pour les compléments alimentaires dédiés à la minceur.

De la carotte on extrait un colorant, le bêta-carotène, qui sert de colorant cosmétique ou de complément alimentaire pour le bronzage. Si ce colorant est connu depuis longtemps, notre méthode d’extraction est nouvelle et offre une qualité de produit très intéressante.

Nous avons également développé des actifs hydratants à base de concombre. Nous récupérons les légumes« hors calibres » qui servent ensuite à la composition de fluides, crèmes ou sérums hydratants ! »

Tous vos ingrédients sont-ils issus de co-produits ?

« Sur les 25 ingrédients que nous vendons à l’industrie cosmétique, il n’y en a qu’un seul qui ne soit pas issu d’un co-produit, la racine d’orcanette, qui servait autrefois à colorer les tissus en rouge. Elle est ici utilisée pour la couleur des cosmétiques. Tous les autres sont des découvertes originales de l’entreprise Biolie ! »

L’essentiel pour nous est de n’utiliser que des produits frais, pour préserver les principes actifs. Nous travaillons donc en flux tendu.

Comment garantissez-vous la qualité de vos principes actifs ?

« Pour certaines filières, nous n’avons pas toujours la même qualité de matière première. Par exemple, on ne trouve pas encore de produits issus de l’agriculture biologique en co-produits. Comme les pesticides se retrouvent toujours dans les phases huileuses, si on veut de l’huile, on l’extrait des noyaux car les pesticides ne pénètrent pas jusque-là. Nous veillons scrupuleusement à ce que les traces, notamment de métaux lourds, soient toujours bien en-dessous de la législation. »

Quelles sont vos perspectives de développement pour l’avenir ?

« Biolie souhaite installer des usines de co-produits de l’agro-alimentaire localement, dans les DOM-TOM par exemple, pour garder un bilan carbone neutre et une démarche locale, comme celle engagée à Nancy depuis 6 ans. »

 

Pour en savoir plus : biolie.fr

 

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