Décryptage
Les solutions naturelles contre les cystites

Les solutions naturelles contre les cystites

Cette infection urinaire n’est pas une fatalité

Publié le 25.09.2017 Annie Casamayou

Les symptômes d’une cystite disparaissent avec un antibiotique et en avalant des litres d’eau. Mais quelle frustration quand l’infection réapparaît ! Pour en venir à bout durablement, consultez un professionnel de santé. Il pourrait vous proposer des traitements naturels

Une question d’anatomie

Douleur intense et sensation de brûlure en urinant, envies fréquentes pour seulement quelques gouttes : quelle femme n’a jamais vécu au moins une fois dans sa vie ces horribles symptômes qui signalent une cystite ? C’est un fait, les femmes sont très largement touchées par les infections urinaires, et ce pour une raison purement anatomique. En effet, l’urètre féminin, le canal de sortie de la vessie, ne mesure que 2 ou 3 cm et il débouche dans la région péri-anale, un endroit où fourmillent tout un tas de micro-organismes en provenance du vagin et surtout des intestins.

Les facteurs qui favorisent les cystites sont nombreux, mais on retrouve généralement une flore intestinale où prolifèrent des bactéries pathogènes qui n’ont aucun mal à monter vers la vessie, et ce encore plus facilement quand l’orifice de l’urètre est irrité. C’est ainsi que les rapports sexuels sont considérés comme le principal déclencheur des infections urinaires car, mécaniquement, les frottements créent une petite irritation locale qui entrouvre momentanément l’orifice et permet aux germes de s’introduire facilement et d’atteindre la vessie.

La ménopause peut aussi être une période de fragilité pour de nombreuses femmes. En effet, les changements hormonaux ont pour conséquence de diminuer la flore vaginale et de rendre le pH vaginal alcalin, des éléments qui augmentent la vulnérabilité face aux infections, d’autant plus que l’orifice va avoir tendance à perdre de l’élasticité et à s’ouvrir facilement.

La solution : les antibiotiques ?

Il existe un risque grave mais heureusement rare que l’infection de la vessie atteigne les reins et provoque une pyélonéphrite. C’est pourquoi pour faire face à une cystite aiguë, on vous prescrit un traitement court d’antibiotique. La guérison est généralement rapide mais le problème, c’est que très souvent une cystite en appelle une autre et qu’alors la solution n’est probablement pas de multiplier les traitements antibiotiques, sous peine de déstabiliser la flore intestinale, d’affaiblir l’immunité et de favoriser l’émergence de bactéries résistantes. Parmi les bactéries impliquées dans les cystites, on retrouve à 80 % Escherichia coli. Or depuis quelques années, on constate que le germe a muté en augmentant son insensibilité aux antibiotiques. La situation liée à la surconsommation d’antibiotiques est assez préoccupante et elle doit orienter vers une meilleure éducation sanitaire et une prise en charge de certaines cystites récidivantes avec des solutions naturelles.

Que faire en cas de cystite aiguë ?

Dès les premiers symptômes, il est indispensable de boire beaucoup. Vous pouvez compléter avec les remèdes naturels ci-dessous :

– Préparez des infusions à boire à intervalles réguliers. Parmi les nombreuses plantes diurétiques et antiseptiques, on peut citer la busserole (Arctostaphylos uva ursi)

: particulièrement concluante selon une étude en double aveugle[1] : pendant un mois 57 femmes (âgées de 32 à 63 ans) souffrant d’infection urinaire chronique (au moins 3 par an) ont pris un extrait de feuille de busserole accompagné de pissenlit (pour un effet diurétique additionnel), et 27 un placebo. Au bout d’un an, aucune femme du groupe busserole (A. uva ursi) n’eut de récidive. Le thym et la bruyère sont également bien documentés pour leur action antiseptique des voies urinaires et diurétiques.

On peut accompagner la busserole par de la teinture mère d’ Ononis spinosa. Cette plante est réputée pour son activité diurétique. Elle est aussi anti-inflammatoire et antalgique. Elle est particulièrement précieuse car elle est antifongique et agit contre les candidoses.

– L’huile essentielle d’origan (Origanum vulgaris ou Origanum compactum) a un fort pouvoir anti-infectieux à large spectre, notamment sur E. coli. L’HE d’origan peut provoquer des brûlures, il est préférable de la consommer sous forme d’oléocapsule. Vous pouvez l’utiliser par voie orale dès les premiers signes d’infection. Elle est déconseillée aux femmes enceintes ou allaitantes et aux enfants.

Si la situation ne s’améliore pas au bout de 48 h, consultez un médecin. S’il vous prescrit un traitement antibiotique, n’oubliez pas d’enchaîner avec une cure de probiotiques pour rééquilibrer votre flore intestinale.

[1] Larsson B, Jonasson A, Fianu S. Prophylactic effect of UVA-E in women with recurrent cystitis: a preliminary report. Curr Ther Res 1993;53:441-443.

8 réflexes pour éviter une récidive

– Boire beaucoup, au minimum 1,5 l par jour, pour diluer les germes. Plus le flux urinaire est important, moins l’urine est concentrée et plus les germes seront éliminés rapidement. Éviter les sodas et les eaux gazeuses, privilégier l’eau pure, les infusions et les jus de fruits.

– Ne pas attendre le dernier moment pour aller aux toilettes : se retenir permet aux bactéries de se multiplier dans la vessie. En pratique, il faudrait uriner au minimum toutes les 3 h en prenant le temps de vider complètement la vessie sans forcer et sans interrompre le jet par le « stop pipi ».

– S’essuyer de l’avant vers l’arrière est le geste le plus efficace pour réduire la dissémination d’E. coli ou d’autres bactéries fécales de l’anus vers l’urètre.

– Se laver les parties génitales, mais sans excès. Une toilette une fois par jour à la main (éviter le gant, c’est un nid à microbes) suffit avec un gel lavant intime ni décapant, ni antiseptique. Rincer soigneusement. Éviter le gel douche, les bains moussants, les produits parfumés ou les déodorants.

– Pendant les règles, éviter les gros tampons qui compriment l’urètre et préférer la coupe menstruelle naturelle ou les serviettes hygiéniques, de préférence en coton biologique non blanchi et non traité au chlore. Changer de protection toutes les 2 h.

– Côté vestimentaire, éviter les pantalons moulants, les strings et les sous-vêtements en matière synthétique qui provoquent une hausse de la température et de l’humidité, deux éléments propices au développement des bactéries. Adopter des sous-vêtements en coton et des vêtements amples. Ne pas garder un maillot de bain mouillé et se doucher rapidement après une baignade.

– L’alimentation est un facteur majeur à ne pas sous-estimer, que ce soit pour maintenir un pH urinaire suffisamment acide capable d’inhiber la croissance des bactéries ou pour ne pas laisser s’installer des troubles du transit qui augmenteraient les risques de contamination :

– Éviter les aliments irritants pour la vessie : café, tomate, asperge, vin blanc, champagne ou autres alcools avec sulfites et soufre ajoutés.

– Supprimer les sucreries car elles favorisent le développement des germes (E. coli adore le sucre.).

– Ne faites pas une consommation excessive de viande, elle joue un rôle significatif dans le développement d’une flore bactérienne propice aux infections urinaires.

– En cas de constipation, régulariser le transit intestinal en consommant en abondance les fibres présentes dans les légumes, les fruits et les céréales semi-complètes ou complètes.

– La consommation de jus de petits fruits frais comme les baies (les canneberges bien sûr, mais aussi les myrtilles, les cassis, etc.) et de produits fermentés contenant des probiotiques renforcent les défenses de l’organisme.

– Les rituels de l’amour, pour vivre une sexualité sans cystites :

Avant chaque rapport sexuel, boire un grand verre d’eau et faire une petite toilette intime.

Après l’amour, uriner impérativement dans les 10 minutes pour éliminer les germes qui auraient pu pénétrer la vessie et boire de nouveau. Refaire une petite toilette intime.

Selon les besoins, utiliser un gel hydratant si il y a une sécheresse vaginale.

Les compléments indispensables en cas de cystites chroniques

La busserole (Arctostaphylos uva ursi) permet de déloger les bactéries en accélérant le débit urinaire et son effet antiseptique cible plus particulièrement E. coli. La plante sèche se prépare en décoction et s’avale dès les premiers signes d’infection et au long cours en cas de cystite chronique.

La canneberge (Vaccinium macrocarpon)

Son action antimicrobienne tient à la présence de proanthocyanidines (PAC) qui réduisent l’adhésion des bactéries le long du tractus urinaire et ainsi les empêchent de le coloniser. Elle est très utile en prévention des cystites récidivantes mais, attention, toutes les préparations de canneberge ne se valent pas. Plutôt que le jus qui contient un taux important de sucre pour contrebalancer son goût amer, privilégiez les gélules qui offrent une quantité de 36 mg de PAC au minimum[1].

Le D-mannose

En cas de cystite chronique installée depuis longtemps, il faut essayer cette substance naturelle, un sucre cousin du glucose. Il agit en attirant à lui E. coli et la bactérie s’y attache au lieu d’adhérer aux parois de l’urètre et est ensuite facilement éliminée par les urines. En général, un traitement de 2 à 3 mois permet de voir des résultats.

Les probiotiques

Indispensables, ils agissent à plusieurs niveaux contre les cystites en rétablissant l’équilibre entre les « bonnes » souches de bactéries et les « mauvaises », en renforçant la réponse du système immunitaire et en empêchant les bactéries pathogènes d’adhérer au tractus urinaire.

La vitamine C

Un des effets de la vitamine C est de rendre l’urine acide, ce qui nuit à la croissance des germes dans la vessie. De plus, la vitamine C est importante pour le système immunitaire et elle est intéressante en cas d’infection récidivante.

Recommandations :

Ces conseils ne dispensent pas de prendre un avis médical. Si les symptômes persistent, consultez votre médecin. Gardez en tête que les plantes médicinales peuvent avoir des interactions avec d’autres médicaments. Signalez toute prise de plantes ou médicaments à votre médecin.

Privilégiez des plantes de qualité biologique, locales et avec une bonne traçabilité.

[1]Head KA. : Natural approaches to prevention and treatment of infections of the lower urinary tract. Altern Med Rev. 2008 Sep;13 (3):227-44

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