Décryptage
Rendez-vous à Tahiti pour découvrir le noni

Rendez-vous à Tahiti pour découvrir le noni

Le fruit qui a conquis la planète

Publié le 07.08.2017 Suliane Favennec

Les Américains en raffolent, c’est un incroyable anti-oxydant qui stimule l’immunité. Découvert au XVIIIe siècle par le capitaine Cook, le noni est aujourd’hui décliné en jus, poudre ou capsules et ses bienfaits continuent d’étonner les chercheurs.

 

Au bord de la route, dans les vallées, au milieu des jardins, etc., le noni fait partie intégrante du paysage polynésien. Cet arbuste pousse facilement dans les zones tropicales, on le retrouve d’ailleurs dans tout le Pacifique Sud. Sa culture est rapide et peu contraignante. « Le noni n’a pas besoin de soin particulier. Il faut juste lui donner un peu d’eau au départ et puis l’entretenir, c’est tout. Il pousse toute l’année, il ne dépend d’aucune saison ! », atteste Yvan Teamotuaitau, un agriculteur qui vit en Polynésie française. Sur son grand terrain, chez lui à Papetoai, district de Moorea, île sœur de Tahiti, située à une vingtaine de kilomètres de Tahiti, à plus de 8 h de vol de Los Angeles, le Polynésien a planté des dizaines et des dizaines de noni. Tous de tailles un peu différentes. Mais tous sont destinés à une seule fin : être réduits en purée, en jus, en poudre. Car le fruit du noni n’est pas appréciable au goût ni à l’odeur : on ne le mange pas même s’il reste comestible. En revanche, ses vertus médicinales sont très recherchées. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que le noni fut l’une des seules plantes amenées par les Polynésiens lors de leur grande migration dans le Pacifique Sud, il y a plus de 2 000 ans.

Un remède traditionnel

Depuis toujours, le noni, appelé nono en tahitien, nom qui a été abandonné pour des raisons commerciales, est un élément indispensable aux rau tahiti, les remèdes traditionnels. Ses feuilles, son écorce, ses racines, ses fruits, presque tout était utilisé dans cet arbuste, appelé de son nom scientifique Morinda citrifolia. Il fournissait même une teinture très prisée pour colorer les tapa, tissus réalisés à partir d’écorces. « Petit, j’avais des problèmes de voix, confie Charles Garnier, docteur en agronomie. Pour me soigner, ma grand-mère m’a emmené voir une dame qui faisait des rau tahiti. Elle nous a demandé d’aller récupérer des plantes dont du noni afin de faire son remède ». Charles Garnier se souvient de cette consigne particulière : celle de prendre du noni dans différents lieux. Plus tard, lors de ses études en agronomie, l’homme s’est interrogé sur les méthodes de cette dame et s’est ainsi intéressé à la géologie avec cette question en fond : pourquoi du noni de différents endroits ? « C’est comme le vin, la qualité du sol est importante », explique le spécialiste qui a réalisé sa thèse de doctorat sur cet arbuste. « Le noni qui pousse sur les îles hautes est riche en fer, en cuivre et en zinc mais pauvre en calcium et en magnésium. En revanche, le noni des sols coralliens est à l’inverse riche en calcium et en magnésium mais pauvre sur le reste. J’ai alors compris que le terroir fait qu’une plante à des vertus différentes ». Très adapté au sol polynésien, le noni est encore aujourd’hui utilisé par les locaux pour soigner différentes maladies : blessures, maladies de peau, toux, furoncles, piqûres de poisson-pierre. « Il sert à cicatriser ou arrêter les saignements », précise également Charles Garnier. Le jus de noni est aussi bu contre l’arthrose, l’arthrite, les infections bactériennes et virales, le diabète, l’hypertension, la tuberculose…

creme-calendula

Des études menées

C’est en tout cas ce qu’explique en partie dans sa fiche technique le docteur polynésien qui a consacré une partie de sa carrière à la recherche sur le noni. « J’ai découvert que lors de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands utilisaient le jus de noni dans leurs chaussettes. Il fonctionne comme un analgésiant, cela permettait aux soldats de ne pas sentir la douleur lors des longues marches. » En mettant en lumière ses bienfaits, le spécialiste a contribué à l’essor et à la commercialisation du jus de noni en 1996 avec la société Morinda, à l’origine de cette nouvelle industrie. Réputé comme étant un antioxydant et un analgésique, le jus de noni connaît aussitôt le succès. Certains disent même qu’il fonctionne contre le cancer ou la maladie d’Alzheimer. Ces allégations n’ont jamais été validées par des instances de santé internationales, mais des études ont été menées. Le biochimiste américain Ralph Heinicke s’y est intéressé dans les années 1980. Il a mentionné que le noni est riche en xéronine, un alcaloïde qui jouerait un rôle primordial dans divers processus immunitaires. « Tous les bienfaits du noni se trouvent dans cette structure chimique », confirme Charles Garnier qui a travaillé avec le biochimiste. D’autres études in vitro ont été menées sur des rats par des chercheurs japonais. Ces recherches ont montré que les fruits et les racines de noni pouvaient stimuler le système immunitaire. Elles confirmaient aussi certains usages traditionnels du noni : cicatrisant, analgésiant, antioxydant. Mieux, elles montraient que le noni pourrait jouer un rôle dans la prévention du cancer. Ces études, bien qu’encourageantes, ont été obtenues en laboratoire et uniquement sur des animaux. Il faut donc pour l’heure lire ces informations avec la plus grande précaution. Quoi qu’il en soit, certains bienfaits du noni restent indéniables.

 

NONI - photo milieu article

 

Une cure de vitamine

Aujourd’hui comme hier, dans les maisons polynésiennes, il n’est donc pas rare de voir par-ci par-là des bocaux posés sur un rebord de fenêtre ou près de l’évier de la cuisine, dans lesquels fermentent des noni. « Ma grand-mère laissait le fruit durant 2 à 3 mois pour en retirer ensuite le jus. Elle buvait une gorgée tous les matins car ça fonctionne comme de la vitamine », confie Vatea Quesnot qui, aujourd’hui, prend son verre de jus de noni tous les matins. « Enfant, je ne voulais pas goûter car l’odeur m’écœurait. » Il faut dire aussi que le « parfum » du noni est plus proche d’une odeur de chaussettes renfermées que de celle de la tiare, fleur tropicale bien connue en Polynésie pour sa senteur qui envahit les maisons et les jardins polynésiens. Régulièrement, les Polynésiens font une cure de 3 à 5 jours de jus de noni pour renforcer leur système immunitaire. Et la recette marche. « Depuis que j’en prends, je ne tombe plus malade. Il faut prendre le jus de noni en prévention et non comme un médicament », affirme Vatea Quesnot. L’homme a repris la recette de sa grand-mère pour produire et exporter à l’international son jus de noni. Dans sa modeste société de production, créée en 1998 et située à Moorea, Vatea Quesnot produit par an 150 tonnes de jus 100 % noni. Le producteur s’est lancé dans le bio, il a misé sur la qualité. Du coup, il approvisionne uniquement des sociétés de produits paramédicaux de l’Europe à l’Asie.

Un produit qui s’améliore

Si le noni est vendu sous différentes formes, la plus connue reste le jus transformé pour masquer l’odeur du noni. Mais on le retrouve aussi sous forme de capsule ou de comprimé et désormais en cosmétique. Vatea Quesnot, lui, a voulu rester traditionnel. « C’est une valeur sûre. J’ai testé le produit moi-même ! » Son jus est 100 % noni, tant pis si l’odeur n’est pas des plus agréables. Les noni arrivent par kilos dans son local, ils sont amenés mûrs par les agriculteurs de Moorea. « Il faut que le fruit soit jaune ou blanc », explique l’agriculteur, Yvan Teamotuaitau, qui travaille avec Vatea Quesnot depuis le début de l’aventure. Les noni sont ensuite nettoyés à l’eau puis stockés dans des cuves plastifiées de manière à éviter la venue de parasites. « Au bout de 5 semaines, on ouvre la cuve et là tu as le jus. Je vends ce jus. Le jus de noni est un produit fermenté, il s’auto-conserve et n’a pas de sucre. On peut garder une bouteille durant 2 ans sans qu’il ne s’abîme », affirme le producteur polynésien. Certains de ses clients demandent une fermentation en cuve plus longue pouvant aller jusqu’à 9 mois. « Ils pensent que plus c’est long, plus c’est efficace. Je ne saurais pas dire si cela est vrai mais ce qui est sûr, c’est que l’odeur est moins forte. Finalement, le noni, c’est comme le vin, plus il fermente, plus il s’adoucit. » Quoi qu’il en soit, aujourd’hui en Polynésie, le jus de noni est utilisé quotidiennement. Avaler une gorgée chaque matin est devenu une habitude. Alors, même si, comme tout produit, il faut le consommer avec modération, une cure de jus de noni de temps à autres ne peut faire que du bien…

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