Décryptage
Pour la santé de la Terre et des Hommes La permaculture

Pour la santé de la Terre et des Hommes La permaculture

Qu’est-ce que la permaculture?

Publié le 31.07.2017 Nathalie Picard

Vous avez certainement entendu parler de la permaculture. Ce concept a le vent en poupe, mais de quoi s'agit-il exactement ? Réponse à la ferme de la Bourdaisière, à Montlouis-sur-Loire, en Touraine.

 

Des pieds de tomates de différentes variétés grimpent le long de leur tuteur. À côté, des touches de couleurs rose, rouge et blanche égayent le feuillage vert d’arbres fruitiers. Framboises, groseilles, cerises, etc. : c’est l’été, la saison des fruits rouges. Plus loin, des abeilles butinent dans une prairie fleurie. Bienvenue à la ferme de la Bourdaisière, à Montlouis-sur-Loire. En lisière de forêt, bordée par les jardins potagers du château, elle s’étend sur 1,4 hectare (l’équivalent de 2 terrains de football) dont 8 000 m2 de cultures maraîchères. En plus du fond de panier classique (carottes, pommes de terre, salades, etc.) poussent d’étonnants légumes comme la poire de terre ou la capucine tubéreuse. À ces curiosités s’ajoutent l’herbe aux bisons (qui parfume la vodka), la Mertensia maritima (une plante au goût d’huître), etc. « Actuellement, deux personnes cultivent à plein temps 65 espèces et 200 variétés différentes, compte Maxime de Rostolan, directeur de l’association Fermes d’Avenir et créateur de ce lieu. Nos principaux débouchés sont la restauration collective, la vente en paniers et la restauration gastronomique. »

 

En résumé : une petite surface pour un grand projet. Car c’est ici qu’a débuté l’association Fermes d’Avenir, née en 2013 afin de promouvoir un nouveau modèle d’agriculture basé sur les principes de l’agroécologie et de la permaculture. La microferme de la Bourdaisière en est l’incubateur. L’objectif : démontrer par l’expérience qu’il est possible de « développer, sur de petites surfaces, une agriculture respectueuse de la nature et de la santé, rentable économiquement, portée par des paysans heureux de leur travail ». L’idée étant de généraliser ce modèle : créer massivement des microfermes, sources de 200 000 emplois d’ici 20 ans, et rendre accessibles à tous des produits sains et biologiques.

 

En quoi consiste le travail ? « Nous pratiquons l’agroécologie en nous inspirant de la permaculture », résume Maxime de Rostolan. La permaculture ? Un concept global né dans les années 1970 à l’initiative de deux Australiens : Bill Mollison et David Holmgren. Elle s’inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels et repose sur trois principes essentiels : prendre soin de la terre, respecter l’Homme et partager équitablement les ressources. Appliquée à l’agriculture, elle s’attache à développer des écosystèmes agricoles durables et autonomes. « Souvent, l’agriculture est une antithèse du fonctionnement de la nature. L’agriculteur permaculteur, lui, adapte ce qu’il fait pousser à son milieu », souligne Bernard Alonso, facilitateur en permaculture comme il aime à se définir et auteur du livre Permaculture humaine. Des clés pour vivre la Transition. En pratique, il s’agit de favoriser la fertilité des sols grâce à l’absence de labour, la couverture du sol, l’association de plantes qui vivent en symbiose, etc. La clé du succès, d’après Bernard Alonso : « Utiliser la matière organique présente sur place et l’apporter au sol en surface, sans l’enfouir. » À la ferme de la Bourdaisière, le sol est sableux : « C’est une terre pauvre et dure à travailler. Nous ne laissons jamais le sol à nu. Nous effectuons un travail minimal de la terre et la nourrissons de matières organiques comme du fumier, du compost ou du bois raméal fragmenté (résidus de broyage de branches, NDLR). Ainsi, nous sommes passés de 1,4 % à 5 % de matière organique dans le sol en 2 ans. » Un autre principe essentiel : favoriser la biodiversité. La ferme de la Bourdaisière regorge d’espaces propices à la faune et la flore locales : mare, prairie mellifère (source de nectar et de pollen), bandes de fleurs, haies d’arbres, etc. Une attention particulière est portée au design de l’exploitation : son aménagement, son fonctionnement et ses interactions. Enfin, aucun pesticide de synthèse n’est utilisé. La ferme de la Bourdaisière détient le label agriculture biologique. L’idée : « Un minium d’intrants, un maximum d’interrelations naturelles », résume Bernard Alonso.

 

Ni pesticides, ni d’engrais de synthèse. Pour Maxime de Rostolan, c’est fondamental : « Les pesticides sont partout. On en retrouve même dans nos cheveux, nos urines, etc. » Exposition chronique de la population, exposition aiguë des agriculteurs, contamination de l’environnement et des aliments. Le plaidoyer Fermes d’Avenir détaille la présence ubiquitaire de telles substances chimiques et leurs effets nocifs. Fongicides, herbicides, insecticides : ces produits utilisés pour tuer des êtres vivants ne sont pas dénués d’effets sur l’Homme. Au contraire, de plus en plus d’études scientifiques mesurent l’impact des pesticides sur le développement de maladies. Les liens sont avérés pour plusieurs pathologies : le lymphome non hodgkinien (un cancer caractérisé par la prolifération anormale des cellules du système immunitaire), le cancer de la prostate et la maladie de Parkinson, qui induit des troubles de la motricité. Les agriculteurs sont les premières victimes : le risque de maladie de Parkinson, par exemple, augmente de 19 % pour ceux qui manipulent des pesticides. Mais le reste de la population n’est pas à l’abri : les femmes enceintes et les enfants constituent des sujets à risque. « Les élus doivent arrêter de subventionner une agriculture destructrice pour notre santé et notre environnement », martèle Maxime de Rostolan.

 

Mais le secteur agricole peine à se passer de pesticides. Lancé en 2008, le plan Écophyto prévoyait de réduire de moitié la consommation de pesticides en France d’ici 2018. L’objectif n’a pas tenu longtemps. Voyant l’usage des pesticides augmenter, l’État a revu ses ambitions à la baisse en 2015 : objectif reporté en 2025. Le système expérimenté par l’association Fermes d’Avenir pourra-t-il se déployer à grande échelle ? En tout cas, avec de faibles surfaces et des charges minimales (grâce, entre autres, à une faible motorisation), la microferme est accessible à des candidats à l’installation disposant d’une faible capacité d’investissement, comme c’est souvent le cas des néoruraux, ces citadins qui choisissent de se lancer dans l’agriculture sans héritage familial. Devant l’engouement suscité par ce type de projets, l’association lance le réseau des Fermes d’Avenir, qui fédère autour d’une charte : toutes sont labellisées bio et doivent respecter des engagements en termes de biodiversité, débouchés locaux et lien social. « Par exemple, l’agriculteur doit pouvoir prendre quelques semaines de vacances par an », illustre Maxime de Rostolan.

 

Car il est une autre question essentielle : ce système permet-il de générer un revenu décent dans des conditions de travail acceptables ? « La rentabilité n’est pas immédiate, il faut d’abord restaurer le capital naturel de la parcelle », prévient le directeur qui s’est entouré de scientifiques pour évaluer la viabilité économique de son projet. Une première étude menée par l’Inra de 2011 à 2015 a conclu qu’un agriculteur peut gagner sa vie en cultivant, essentiellement à la main, une petite surface maraîchère. Ce travail a été réalisé sur la ferme biologique du Bec Hellouin, en Normandie, où Perrine et Charles Hervé-Gruyer cultivent 4 500 m2 de légumes, herbes aromatiques et fleurs comestibles sur une superficie totale de 20 hectares. En se concentrant sur une surface de production maraîchère d’environ 1 000 m2, ils ont calculé que le revenu mensuel net varie entre 900 € et 1 570 € pour un travail moyen de 43 heures par semaine. Une seconde étude, menée à partir d’un modèle de fermes virtuelles créé à l’aide des données récoltées sur une quinzaine de microfermes (dont celle de La Bourdaisière), a démontré que ces systèmes peuvent être viables sur le plan économique.

 

Envie de vous lancer ? Sachez toutefois que ce n’est pas parce qu’on travaille avec la nature qu’il n’y a rien faire. Il ne s’agit pas de regarder pousser les légumes ! Au contraire, un tel système demande beaucoup de travail et de compétences techniques. En témoigne Linda Bedouet dans son livre Permaculture et agroécologie. Créer sa micro-ferme. La jeune femme, qui s’est lancée dans l’agriculture après une courte carrière dans l’immobilier, cultive avec son conjoint 1,5 hectare de légumes diversifiés à la ferme des Rufaux, en Normandie : « Nous travaillons d’arrache-pied, c’est très physique. Au début, j’ai beaucoup souffert, surtout en hiver, de problèmes de dos, de mains, de genoux, etc. C’est moins vrai aujourd’hui : j’ai appris à m’économiser. Mais malgré les déconvenues liées, entre autres, aux aléas climatiques, nous vivons très bien. Nous sommes libres et autonomes, heureux de mettre notre dynamisme au service d’une cause. Nous partons même en vacances une fois par an à l’étranger. »

Aujourd’hui, à l’occasion du Fermes d’Avenir Tour, l’association valorise ces femmes et ces hommes qui font de l’agroécologie et de la permaculture une nouvelle voie pour l’agriculture. Et Maxime de Rostolan de lancer : « Nous avons 20 ans pour changer le monde, il faut y aller ! »

Pour en savoir plus :

https://fermesdavenir.org/.

Alonso Bernard et Guiochon Cécile, Permaculture humaine. Des clés pour vivre la Transition, éditions Écosociété, 2016.

Bedouet Linda, Permaculture et agroécologie. Créer sa microferme, éditions Rustica, 2017.

https://www.inserm.fr/actualites/rubriques/actualites-societe/pesticides-effets-sur-la-sante-une-expertise-collective-de-l-inserm 

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