Modes de vie
Végan : attention danger ?

Végan : attention danger ?

Ce médecin et les études scientifiques sont formels

Publié le 03.07.2017 Anne de Labouret, pharmacienne

Manger de la viande ou du poisson n’a rien d’obligatoire pour être en bonne santé. Non seulement les régimes végétarien et végétalien sont bénéfiques pour notre organisme, mais ils pourraient même devenir une vraie solution d’avenir pour nourrir la planète. Rencontre avec le Dr Jérôme Bernard-Pellet, médecin nutritionniste.

 

Lorsque le Dr Jérôme Bernard-Pellet s’’est intéressé à l’alimentation végétarienne, il a découvert le fossé qui séparait les préjugés des connaissances scientifiques relatives aux régimes pauvres en viande. Aujourd’hui végan convaincu, il milite en faveur de l’alimentation tout-végétal et a créé l’APSARes, une association de médecins et de diététiciens désireux de contribuer à l’amélioration de la santé publique par la promotion d’une alimentation responsable.

« Loin des mouvements hippies des années 1960, la tendance végane actuelle n’a rien d’un effet de mode, explique-t-il. Elle est d’abord motivée par l’intérêt général, la préservation de notre environnement et de nos ressources et la protection animale. »

Végétarien ou végétalien : de quoi parle-t-on ?

Les végétariens ne mangent pas de chair animale (viande, poisson ou crustacés). Les végétaliens ne consomment pas non plus les produits issus de l’exploitation animale : ni chair animale, ni œufs, ni produits laitiers. Quant aux végans, ils vivent sans exploiter les animaux et renoncent, par exemple, à la fourrure ou au cuir. Le véganisme désigne donc à la fois un régime alimentaire et un mode de vie placés sous le signe de l’éthique. Le terme veggie, lui, rassemble sous une même appellation les végétariens, les végétaliens et les végans.

 

Les études scientifiques prouvent qu’une alimentation végétalienne variée apporte tous les nutriments nécessaires à la vie. Les supposées carences en fer ou en protéines ne sont que des mythes...

Mais manger tout végétal, n’est-ce pas dangereux pour la santé ?

Le médecin est formel : « Les études scientifiques prouvent qu’une alimentation végétalienne variée apporte tous les nutriments nécessaires à la vie. Les supposées carences en fer ou en protéines ne sont que des mythes… Tous les acides aminés nécessaires à la vie sont présents en proportion variable dans les végétaux, pour peu que l’on adopte une alimentation variée. Seule manque la vitamine B12, qui nécessite donc une supplémentation.

Pour preuve, l’Académie américaine de nutrition et de diététique a pris officiellement position en ce sens en 2016 : « L’alimentation végétarienne bien planifiée, y compris végétalienne, est saine, adéquate sur le plan nutritionnel et peut être bénéfique pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Cette alimentation est appropriée à toutes les périodes de la vie, notamment la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance, l’adolescence, le troisième âge, et pour les sportifs. »1. Cet avis médical éclairé réfute toutes les idées reçues, notamment celles concernant l’âge : on peut manger veggie et équilibré toute sa vie et à tout âge sans souffrir de carence d’aucune sorte.

Les études montrent qu’une alimentation végétarienne ou végétalienne bien menée et supplémentée en vitamine B12 apporte de nombreux bénéfices dans la prévention de maladies chroniques.

L’alimentation veggie prévient-elle des maladies ?

C’est le second argument de poids en faveur de l’alimentation végétarienne. « Les études montrent qu’une alimentation végétarienne ou végétalienne bien menée et supplémentée en vitamine B12 apporte de nombreux bénéfices dans la prévention de maladies chroniques : réduction du risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de certains cancers, diminution de l’hypertension, de l’obésité et du surpoids » explique le Dr Bernard-Pellet.

« L’alimentation végétarienne doit comporter cinq classes d’aliments : les légumineuses (lentilles, fèves, soja, etc.), les céréales complètes, les oléagineux (noix, noisettes, amandes, etc.), les légumes et les fruits. » L’association variée de ces aliments permet de couvrir l’ensemble de nos besoins et assure l’équilibre énergétique. Sans oublier qu’une supplémentation correcte est indispensable chez les végétaliens et, dans une moindre mesure, chez les végétariens. À prendre sous forme de compléments alimentaires.

Chez l’adulte : 1 000 μg/semaine en dehors des repas (ou 2 000 μg/semaine pendant les repas).

Chez l’enfant, la dose doit être adaptée à l’âge.

Une vraie question environnementale

Dernier intérêt, et non des moindres, de l’alimentation végane : les végétaux sont des sources de protéines nettement plus économiques que la viande ou le poisson. L’alimentation végane pourrait ainsi constituer une solution pour que chacun mange à sa faim sur Terre.

Quelques chiffres suffisent pour comprendre que l’alimentation carnée est à l’origine d’un énorme gaspillage à l’échelle de la planète. Le Dr Bernard-Pellet explique : « 10 kcal d’aliments d’origine végétale sont nécessaires pour produire 1 kcal d’origine animale.  70 % des terres agricoles sont utilisés pour l’élevage, afin de faire paître et de nourrir les animaux qui finiront dans nos assiettes ». La production d’un kilogramme de protéines à partir de haricots rouges demande 18 fois moins de surface agricole, 10 fois moins d’eau, 9 fois moins de carburant, 12 fois moins d’engrais et 10 fois moins de pesticides que la production du même kilogramme de protéines à partir de viande de bœuf.

Ce n’est pas tout : « Les pays en voie de développement exportent des aliments pour nourrir le bétail des pays riches. Il serait pourtant tellement plus simple et plus rationnel de manger directement ce que nous cultivons ! »

Un phénomène mondial... mais peu français

Le véganisme s’est développé sur tous les continents autour de valeurs partagées par des personnes de tous âges, de toutes cultures et de toutes classes sociales. Avec 35 % de la population qui observe un régime sans viande pendant toute sa vie (soit 450 millions de personnes !), l’Inde est le champion des pays végétariens. En Europe, la France est à la traîne, avec seulement 2 ou 3 % de végétariens ou végétaliens, alors qu’ils sont près de 10 % en Grande-Bretagne et en Allemagne. Signe de l’intérêt pour les régimes alimentaires moins carnés, la Journée internationale sans viande du 20 mars a été créée en 1985. La tendance végétalisée gagne du terrain, à tel point qu’elle a retenu l’attention de grandes enseignes de distribution. Carrefour, Super U ou Monoprix ont récemment mis en place avec succès des gammes végétariennes. L’Agence spatiale européenne s’est elle aussi très scientifiquement intéressée à l’alimentation végane en vue d’implanter des colonies humaines autonomes sur Mars : sur la planète rouge, les astronautes cultiveront leur jardin et mangeront… végétalien ! Google et Microsoft ne sont pas en reste : les sociétés digitales les plus innovantes financent des start-ups qui cherchent comment remplacer les produits d’origine animale dans notre alimentation. Car le défi est planétaire. Nous sommes de plus en plus nombreux sur Terre. Comment notre planète réussira-t-elle à nourrir tous ses habitants demain ? Le véganisme apporte une solution saine et pertinente pour l’homme… et respectueuse de notre environnement.

Oui, car en plus d’être bénéfique pour notre santé et d’aider à lutter contre la faim dans le monde, l’alimentation végétarienne généralisée pourrait permettre de préserver nos ressources naturelles. L’Académie américaine a même précisé que la réduction substantielle des produits issus de l’élevage dans l’alimentation humaine constituerait l’un des principaux moyens d’inverser le changement climatique. Un sujet épineux… et ô combien actuel ! Il est urgent de développer des sources d’informations fiables afin que chacun puisse prendre des décisions informées et responsables sur sa santé nutritionnelle.

Pour en savoir plus

Le site de l’APSARes (Association de Professionnels de Santé Pour une Alimentation Responsable) : www.alimentation-responsable.com

1. Position of the Academy of Nutrition and Dietetics: Vegetarian Diets, Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, Melina V., Craig W. et Levin S., décembre 2016.