Décryptage
La crème solaire, inutile et dangereuse ?

La crème solaire, inutile et dangereuse ?

L’indispensable de l’été ? Vraiment ?

Publié le 03.07.2017 Claire Sergent

Et si, protéger sa peau, tout en obtenant un joli teint hâlé, demandait de revoir sa consommation de crème solaire à la baisse ? Un geste qui pourrait également protéger la planète.

Comme chaque été, la crème solaire semble être le produit marketing incontournable. Elle envahit les supermarchés, les parfumeries, la une des magazines féminins… Seule bonne question à se poser : quelle crème solaire pour un bronzage parfait cet été ? On aurait donc trouvé le produit miracle qui, à condition de choisir la bonne protection et de l’utiliser correctement, permettrait à toutes les carnations de dorer tranquillement au soleil. Revoyons un peu les bases.

Au-delà de 15 minutes, on ne bronze pas plus, on brûle !

Une crème solaire ne protège jamais à 100 %. Le docteur Isabelle Rousseaux, dermatologue, membre du Syndicat national de dermatologues, explique que « les filtres contenus dans les crèmes solaires se fixent sur l’épiderme et absorbent les UVB mais laissent passer les UVA ». L’Institut national du cancer explique que les rayons très énergétiques (les UVB), responsables des coups de soleil, ne sont pas les seuls à provoquer des cancers de la peau, au contraire, les UV moins énergétiques (les UVA) y contribuent autant, et dans certaines conditions davantage. « Les UVA vont rentrer profondément dans la peau, précise Isabelle Rousseaux, il faut un écran qui agisse comme un miroir pour les repousser », écran qu’une crème solaire classique n’est pas en mesure d’apporter. Une récente enquête d’une association de consommateurs l’a encore confirmé 1.
Même si vous ne prenez pas de coups de soleil grâce à la crème solaire qui bloque les UVB responsables des brûlures cutanées, vous consommez quand même votre capital soleil et augmentez votre risque de cancer. Car oui, le docteur Rousseaux le confirme, nous avons bien  un seuil de tolérance aux rayons UV qui n’est pas extensible, que l’on se tartine ou pas de crème solaire. « L’usage de la crème solaire a été complètement détourné », affirme notre dermatologue. « Aujourd’hui on met de la crème pour s’exposer » alors qu’elle est censée être utilisée « quand on ne peut pas faire autrement ».

Quinze minutes d’exposition suffisent à la peau pour se pigmenter.

« Plus, ça ne sert à rien. Si vous restez plus longtemps au soleil, la peau ne va pas davantage pigmenter, elle va brûler », ajoute le docteur Rousseaux. Mieux vaut s’exposer plusieurs fois dans la journée un quart d’heure, pour obtenir un joli teint hâlé. Nous avons tous besoin de vitamine D, notamment pour ses vertus antidépressives, son rôle dans la réduction des infections et des allergies et dans l’inhibition des tumeurs cancéreuses. Sous l’action des rayons du soleil (UVB), la vitamine D, présente dans notre épiderme, s’active, est synthétisée par notre corps puis stockée mais « 10 à 15 minutes d’exposition par jour suffisent à fixer la vitamine D ». C’est la seule façon pour notre corps de fabriquer naturellement cette vitamine.

Des produits à risque pour la santé…

Les crèmes solaires résultent d’une émulsion d’huile dans l’eau à laquelle on ajoute des filtres ultraviolets et tout un tas d’autres produits plus ou moins nocifs (comme les conservateurs, les épaississants, les agents hydratants et émulsifiants, etc.). Les filtres peuvent être organiques, de synthèse ou minéraux. Ces derniers sont principalement constitués de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc. Des produits qui présentent l’inconvénient majeur d’être très difficiles à étaler. Pour éviter toute trace blanche, les marques de cosmétiques utilisent ces filtres minéraux sous forme de nanoparticules 2. Résultat : les crèmes sont plus fluides et ne laissent aucune trace mais elles présentent alors des risques sanitaires, soulevés par l’ansm. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé recommande de ne pas utiliser ces crèmes solaires contenant des nanoparticules de dioxyde de titane sur une peau lésée notamment sur les coups de soleil du fait des risques potentiels pour la santé humaine3.

… et néfastes pour la planète

Revenons aux filtres de synthèse. Ces filtres chimiques employés dans les crèmes solaires sont accusés d’être nocifs pour l’environnement, en particulier pour les coraux.

Vous vous baignez, une grande partie de votre écran total termine sa course au fond de la mer.

Une étude4 a relevé que les composants chimiques, non biodégradables, sont en partie responsables du blanchiment et de la mort du corail, dans les zones très touristiques. 10 % des récifs coralliens mondiaux seraient menacés par l’utilisation massive de crème solaire, dont 4 000 tonnes se déposent chaque année sur les massifs de coraux, notamment en Thaïlande, au Mexique ou aux Caraïbes, là où les vacanciers s’entassent sur les plages. La moitié du corail mondial est en danger de disparition d’ici 20 ans.

La crème solaire bio : une fausse alternative 

Pour notre santé et l’environnement, il faudrait bannir les crèmes solaires classiques, à cause de la toxicité des filtres et des additifs. Il nous resterait alors une alternative, les crèmes solaires biologiques ? Isabelle Rousseaux a beau être végétarienne et ne consommer que du bio, elle ne croit pas une seconde aux vertus des crèmes solaires bio. Pour elle, « aujourd’hui, il n’y aucune crème dite bio qui protège bien ». « Il n’existe pas de bons filtres solaires bio. » De plus, dans la composition des crèmes biologiques, même si elles ne contiennent pas de nanoparticules, on retrouve également « des conservateurs et des produits chimiques ». Pour notre dermatologue, mieux vaut utiliser une crème solaire classique, avec des filtres solaires efficaces.

On récapitule

  • La crème solaire est imparfaite mais elle reste nécessaire dans la vie de tous les jours, même en ville. Le docteur Rousseaux préconise de protéger « son visage, son décolleté et ses mains avec une crème d’indice 50 ».
  • Pour être efficace, la crème solaire doit être appliquée en importantes quantités. On est bien loin des quelques vaporisations habituelles. Par exemple, il faut l’équivalent « d’une bonne cuillère à café bien remplie » pour le visage.
  • Sur la plage, nul besoin de s’enduire d’une crème solaire qui risquerait de détruire nos fonds marins. « Vous vous baignez, vous vous séchez 5 à 10 minutes au soleil, avant de vous installer à l’ombre », explique notre dermatologue. Et pour ceux qui veulent se baigner longuement, on se couvre. « Il y a des tissus, des matières très agréables qui collent au corps », utilisés par les Australiennes notamment.
  • Enfin, « les enfants ne doivent pas être exposés au soleil, on leur met des tee-shirts et des casquettes. »

1. UFC Que Choisir : Test sur les crèmes solaires pour enfant
2. Nanoparticules : les crèmes solaires sont un des rares produits où l’on peut retrouver la mention [nano] à la suite d’un ingrédient sur la liste de composition. Elle signifie que l’ingrédient en question a été utilisé sous forme nanométrique, donc à une taille infiniment petite (un nanomètre égale un millionième de millimètre). Cette précision n’a rien d’anodin, car les nanomatériaux présentent des propriétés spécifiques : un composé peut voir son comportement habituel complètement modifié lorsqu’il passe à la taille nanométrique. Cette particularité complique considérablement l’évaluation de la sécurité des nanomatériaux, dont de nombreux aspects échappent encore aux scientifiques (selon l’UFC-Que Choisir).
3. Recommandations relatives à l’utilisation des nanoparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc en tant que filtres ultraviolets dans les produits cosmétiques
4. Étude publiée dans Archives of Environmental Contamination and Toxicology, octobre 2015.

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