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Ces généralistes qui pratiquent une autre médecine

Ces généralistes qui pratiquent une autre médecine

Avez-vous entendu parler de l’endobiogénie ?

Publié le 27.12.2016 Anne-Charlotte Fraisse

En 2016, soigner avec les plantes est non seulement possible, mais surtout souhaitable. Rencontre avec le docteur Jean-Christophe Charrié, généraliste qui pratique l’endobiogénie.

Lorsqu’il est étudiant en deuxième année de médecine, le docteur Jean-Christophe Charrié attrape une mononucléose qui compromet la suite de ses études. Le hasard fait qu’il rencontre le fondateur de l’endobiogénie, le docteur Christian Duraffourd. Il met alors en pratique les grands principes de cette médecine sur lui. Conquis par cette vision globale de l’individu, il soigne désormais 80 % de ses patients avec des plantes.

Comment se passe une première consultation chez un médecin généraliste formé à l’endobiogénie ?

Jean-Christophe Charrié : « C’est une consultation qui prend du temps, car il faut comprendre qui est face à nous. Je fais un examen clinique très poussé, accompagné de prises de sang et je prescris un premier traitement de nettoyage.
J’essaye de traiter de façon symptomatique, avec les plantes, les principaux problèmes qui enlèvent le confort de vie.
On optimise ce traitement symptomatique en drainant, pour activer les organes qui évacuent les toxines hors du corps : les poumons, la peau, les intestins, le foie et le pancréas.

L’idée est de se servir des plantes qui ont des actions spécifiques en les adaptant au terrain de chaque personne.

Par exemple, pour une action anti-infectieuse, on a le choix entre du thym ou du romarin. On sait que le thym freine l’activité du système nerveux parasympathique (qui gère la récupération de l’organisme, la digestion et la profondeur du sommeil), alors que le romarin stimule cette activité. On conseillera donc du thym à un patient dont le système nerveux parasympathique est fort (besoin de sieste après le repas et difficultés au levé matinal) et le romarin à un patient chez qui ce système nerveux est faible (digestion difficile, difficulté d’endormissement le soir).

Avec un patient qui a de l’hypothyroïdie, ou un profil d’hypothyroïdie et des antécédents de cancers, on choisira plutôt du fucus pour soutenir sa thyroïde, car la sauge et l’avoine, si elles sont aussi efficaces, ont une action oestrogénique, ce qui est à éviter pour les terrains cancéreux.

Les traitements, que l’on trouve en pharmacie, utilisent toutes les formes galéniques de la plante: tisanes, teintures mères ou solutions hydro-alcooliques, bourgeons concentrés en macérât glycériné D1, poudres de plantes sèches, nébulisats (poudres sans cellulose) et microsphères.

Lors des consultations suivantes, j’approfondis cette connaissance du patient en observant comment il a réagi au premier traitement. Je lui laisse le temps de s’exprimer et je procède toujours à un examen clinique. C’est un outil de prise en charge fondamentale, trop peu utilisé de nos jours en cabinet. »

Pourquoi dites-vous que la maladie est une forme d’équilibre ?

« Le patient peut venir pour plusieurs raisons : une maladie aiguë ou chronique, ou juste de la prévention.

Je garde toujours à l’esprit que, le jour de ma rencontre avec le patient, son corps malade se trouve dans le meilleur équilibre possible pour vivre jusqu’à présent. Ce qui passe pour un déséquilibre apparent n’est que la meilleure fonctionnalité du moment, il faut donc décrypter s’il existe d’autres façons pour son corps de fonctionner.

Pour ça, j’ai besoin de connaître toute sa vie ! Cela n’est pas toujours évident à savoir car j’ai besoin de détails qui remontent… à la gestation et à la naissance ! Les stress vécus à cette période ont une incidence sur l’état actuel de santé du patient. Quel niveau de vie avait-on enfant ? Quel type de soins (polymédication, sur-vaccination) a-t-on reçus ? Quelles agressions ont modelé le corps ? J’ai en tête le souvenir marquant d’une patiente chez qui je remarque des phalanges petites par rapport à la main, signe d’un arrêt de croissance. Je lui demande si elle a le souvenir d’un choc psychologique vers l’âge de 12 ans. Elle m’apprend alors que c’est l’âge auquel elle a perdu sa sœur.

Le corps et l’esprit forment un tout, on peut donc dire que toutes les maladies sont psychosomatiques quand on fait de l’endobiogénie.»

Pouvez-vous définir l’endobiogénie ?

« Endo signifie intérieur, bio la vie et génie l’organisation. L’endobiogénie est donc la science qui travaille sur les mécanismes d’organisation de notre organisme, la compréhension de ses fonctionnements et dysfonctionnements, pour l’accompagner et le soutenir dans sa dynamique d’auto-réparation au quotidien, grâce aux plantes.

Le système endocrinien, en endobiogénie, est considéré comme le premier gestionnaire de l’organisme. Arrive ensuite le système neurovégétatif.

Ce postulat de départ commence avec la fécondation : lorsque nous sommes au stade de 2 cellules, s’il n’y a pas d’organisation entre ces deux premières cellules, c’est l’anarchie, un môle hydatiforme (conglomérat de tissus). Pour que nous soyons là aujourd’hui, c’est que lors du passage deux à quatre cellules, il a fallu du dialogue entre ces dernières pour qu’elles s’organisent. Pourtant, à ce moment précis, le système nerveux n’existe pas. La seule communication possible est donc de type hormonal, donc endocrinien [les glandes endocrines produisent des hormones, NDR]. »

On comprend que vous accordez une place prépondérante aux glandes endocrines, pouvez-vous nous expliquer ?

« Je compare la communication endocrinienne au système postal : il faut écrire sa lettre, trouver une enveloppe, coller le timbre, ajouter l’adresse, la mettre dans la boîte aux lettres, attendre que le facteur la prenne, la trie, la répartisse, etc. : c’est un système qui prend du temps.

Au stade de 6-7 semaines de vie, la masse cellulaire est tellement importante qu’il faut un mode de communication avec des réponses beaucoup plus rapides. C’est là que le système nerveux se crée. Je compare le système nerveux à un coup de fil : les informations circulent bien plus vite.

C’est le système endocrinien, donc le système le plus lent, qui impulse la construction et la destruction dans le corps que l’on nomme le métabolisme. »

Pouvez-vous nous expliquer le métabolisme, ce cycle permanent de construction et de destruction du corps ?

« Notre corps est dans une dynamique de recyclage permanent. On nomme anabolisme, la construction et catabolisme, la destruction en vue de fournir de l’énergie. L’alimentation de l’adulte vient compenser les pertes. On pense, à tort, que lorsque l’on a bu un verre d’eau, ce que l’on élimine dans les urines, est ce verre d’eau. Or, ce n’est pas du tout la même eau, notre organisme fabrique de l’eau.

Notre corps est dans une dynamique permanente de restauration : notre peau, par exemple, est neuve toutes les trois semaines. Cette dynamique ne s’arrête qu’avec la mort. Être en bonne santé, c’est garder une organisation et une cohérence dans cette dynamique du vivant. »

Quel est le rôle de l’alimentation dans la guérison ou le maintien d’une bonne santé ?

« Lorsque la croissance est terminée, vers 18 ans pour les filles et 20-22 ans pour les garçons, le corps entre dans une phase de restauration et d’entretien.
La grande partie de la masse énergétique qui circule dans notre corps est issue de l’auto-digestion et de l’auto-reconstruction. Mais l’alimentation est fondamentale pour compenser les manques. Si on apporte des aliments de mauvaise qualité ou qui ne correspondent pas aux besoins de la personne, on ne les comblera pas. »

Nous préférons traiter un malade plutôt qu’une maladie ! L’endobiogénie essaye de détricoter le problème, pour comprendre l’origine ou les origines de la maladie en remontant à la source.

L’endobiogénie est également une médecine préventive ?

« Oui, l’idée de guérison est intéressante. Si on a deux bronchites à trois semaines d’intervalles, cela signifie que la première n’était pas guérie et que la problématique à l’origine de la bronchite n’est pas réglée.

La longueur de l’ordonnance n’a rien à voir avec le problème présent. On peut être en bonne santé apparente et avoir beaucoup de fragilités à compenser pour éviter de tomber malade pour de bon.

Il est possible qu’une chute du système immunitaire due à un traumatisme (divorce, perte d’emploi, décès dans la famille) entraîne des maladies. L’endobiogénie s’attache donc à faire de la prévention individualisée. »

Est-ce que vous utilisez aussi des médicaments allopathiques ?

« Oui, car l’allopathie a vu le jour au moment où la phytothérapie arrivait au bout de ses capacités. Elle apporte de nouveaux outils performants et puissants, basés sur la statistique du plus grand nombre : donnez ce cachet à tout le monde, il fera le même effet !

Les médecins ne sont malheureusement formés qu’à cette médecine exceptionnelle nécessaire à l’hôpital où l’on a besoin d’outils puissants pour des situations d’urgence. Et lorsque l’on arrive en cabinet pour faire de la médecine de ville, en tant que médecin généraliste, on a tendance à galvauder les traitements, à utiliser pour des maladies du quotidien des traitements exceptionnels.

C’est par cette pratique que l’on crée des résistances [aux antibiotiques NDLR], ou de l’iatrogénicité, c’est-à-dire lorsque la prise d’un médicament crée un autre trouble ou une autre maladie.

L’endobiogénie est une médecine intégrative qui utilise le bon outil au bon moment. À titre d’exemple, dans ma pratique de cabinet, j’utilise à 85 % des plantes médicinales. J’ai fait 10 ans de médecine hospitalière à temps partiel et si on le souhaitait, on pouvait y intégrer 15 à 20 % de plantes médicinales. »

La demande des patients pour ce type de médecine est de plus en plus forte, mais il existe peu de praticiens. Comment faire pour qu’il y ait plus de médecins qui pratiquent l’endobiogénie en France ?

« C’est un problème de société. Je pense que l’initiative citoyenne peut faire changer les choses. Si les patients réclament à leurs médecins et aux pouvoirs publics une médecine plus intégrative, alors notre association pourra ouvrir un diplôme universitaire d’endobiogénie. Il est différent d’un DU de phytothérapie puisque nous formons à des outils diagnostic.
Nous avons crée une association pour les médecins, SIMEPI . Les patients ont également créé une association pour la promotion de la médecine endobiogénique et la formation des médecins : Phyto 2000 . »

 

Pour en savoir un peu plus sur la pratique de l’endobiogénie, regardez ici la conférence TED du Dr Charrié.

Vous trouverez des conseils avisés dans son livre Se soigner toute l’année au naturel, conseils d’un médecin pour toute la famille, aux Éditions Prat.