Décryptage
Cancer du sein : votre déodorant est-il coupable ?

Cancer du sein : votre déodorant est-il coupable ?

Le débat continue

Publié le 21.10.2016 Nathalie Picard

L’aluminium est toxique pour le cerveau et les os. Cela a été observé sur des personnes particulièrement exposées. Mais qu’en est-il des risques pour chacun de nous, en contact avec ce métal via l’alimentation ou les produits cosmétiques ( comme les déodorants ) ? Une nouvelle étude renforce les craintes d’un effet cancérigène de l’aluminium contenu dans les déodorants.

 

Les sels d’aluminium présents dans les déodorants augmentent-ils le risque de cancer du sein ? Certains scientifiques s’inquiètent de ces composés – associant de l’aluminium à d’autres éléments chimiques – qui servent à bloquer la transpiration au niveau des glandes sudoripares situées sous les aisselles. Et une nouvelle étude, publiée en septembre 2016 dans la revue International Journal of Cancer, vient relancer le débat. Depuis plusieurs années, une série d’éléments nous a conduits à émettre l’hypothèse d’un lien entre la survenue d’un cancer du sein et l’exposition à l’aluminium par le biais des anti-transpirants, explique Stefano Mandriota, co-auteur de l’étude avec le professeur André-Pascal Sappino, et directeur de recherche au laboratoire de cancérogenèse environnementale de la fondation des Grangettes en Suisse. Quels sont ces éléments ? Le cancer du sein apparaît fréquemment dans la partie externe des glandes mammaires, à proximité des aisselles. Aussi, l’incidence du cancer du sein a beaucoup augmenté. Aujourd’hui, le cancer du sein est le premier cancer chez la femme : 48 763 nouveaux cas ont été décelés en 2012 en France métropolitaine. Les scientifiques ont cherché à expliquer cette évolution par le biais de facteurs environnementaux. Tel l’aluminium contenu dans les déodorants.

L’aluminium est loin d’être une molécule inoffensive, qui resterait inerte dans l’organisme. Or, on mesure sa présence en concentration importante dans la glande mammaire humaine.

En 2012, l’équipe suisse publie une première étude : elle montre alors qu’en présence de sels d’aluminium, à une concentration équivalente à celle mesurée dans les glandes mammaires dans l’organisme, des cellules mammaires humaines deviennent cancéreuses. Les chercheurs poursuivent leurs travaux en étudiant l’impact causé par l’injection de ces cellules dans un animal vivant. Ils travaillent sur des modèles de souris utilisés pour le cancer. Résultat : l’injection de cellules mammaires de souris exposées pendant plusieurs mois aux sels d’aluminium entraîne le développement de tumeurs cancéreuses et de métastases chez la souris. Ces résultats s’avèrent très préoccupants, s’inquiète Stefano Mandriota. L’aluminium est loin d’être une molécule inoffensive, qui resterait inerte dans l’organisme. Or, on mesure sa présence en concentration importante dans la glande mammaire humaine.

Les preuves scientifiques s’accumulent. Autant utiliser les produits sans aluminium, puisqu’ils existent, et demander à tous les industriels de faire sans.

D’après le biologiste, il est très probable que cet aluminium provienne des déodorants appliqués tous les jours sur la peau des aisselles. D’autant que des chercheurs français ont déjà démontré, en 2012, que les sels d’aluminium présents dans les déodorants pouvaient passer à travers des cellules de peau humaine. Tout est parti d’un cas clinique que nous avons décrit en 2006 dans la revue The American Journal of medicine, raconte Olivier Guillard, biologiste à l’université de Poitiers. Il s’agit d’une femme qui, après avoir utilisé pendant quatre ans un anti-transpirant contenant de l’aluminum, souffrait d’hyperaluminémie (un excès d’aluminium dans le sang, ndlr)Pour Olivier Guillard, une chose est sûre : Désormais, il y a suffisamment d’éléments pour retirer dès maintenant l’aluminium des produits cosmétiques. Même son de cloche du côté de l’Association santé environnement France (Asef) : Les preuves scientifiques s’accumulent. Autant utiliser les produits sans aluminium, puisqu’ils existent, et demander à tous les industriels de faire sans, insiste Pierre Souvet, médecin et président de l’association.

 

Pour autant, toutes les preuves ne sont pas encore réunies sur le plan scientifique. A ce jour, il n’existe pas de données épidémiologiques, c’est-à-dire sur la population, qui confirmeraient le lien entre l’usage de déodorant à l’aluminium et la survenue d’un cancer du sein. D’ailleurs, les auteurs de l’étude suisse se montrent prudents dans leurs conclusions : Les preuves conclusives du potentiel carcinogénique de l’aluminium requièrent des études épidémiologiques chez les humains et des essais in vivo où l’aluminium est directement appliqué sur la peau des souris.  Et ils comptent bien s’atteler à ces nouveaux essais in vivo.

Personne ne suit la recommandation [des autorités sanitaires françaises, 0,6 % d’aluminium pur] car, à ce taux-là, l’aluminium ne serait pas efficace.

Les autorités sanitaires françaises, elles, ont émis un avis sur le risque lié à l’utilisation de l’aluminium dans les produits cosmétiques. Une évaluation est parue en 2011  et n’a pas été mise à jour depuis. Leurs recommandations : ne pas utiliser les produits cosmétiques contenant de l’aluminium sur une peau lésée (les écorchures facilitant l’absorption du métal) et restreindre la concentration d’aluminium dans les produits anti-transpirants et les déodorants à 0,6 % (en aluminium pur). Ce dernier avis, qui s’adresse aux fabricants, n’a jamais été introduit dans la réglementation. D’ailleurs, le pourcentage d’aluminium ou de sels d’aluminium n’est pas indiqué sur les étiquettes. Un anti-transpirant peut contenir environ 20 % de sels d’aluminium (chlorhydrate d’aluminium), soit 5 % d’aluminium pur. Bien plus que le 0,6 % conseillé. Personne ne suit cette recommandation car, à ce taux-là, l’aluminium ne serait pas efficace, souligne Laurence Wittner, fondatrice et rédactrice en chef de L’Observatoire des Cosmétiques. Si bien qu’à ce jour, cette recommandation est restée lettre morte.

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