Modes de vie
Tromper son cerveau pour perdre du poids

Tromper son cerveau pour perdre du poids

Maigrir sans effet yoyo, c'est possible

Publié le 22.06.2016 Nathalie Picard

Le taux d'échec des régimes médiatiques (Atkins, Dukan…) dépasse 95 % ! Pourtant, rien à voir avec notre volonté : notre cerveau nous manipule pour nous faire regrossir. Un chercheur en neurosciences s’est plongé dans la littérature scientifique et a trouvé le moyen de perdre durablement plus de 50 kg. Il explique comment.

Il y a plusieurs années, Myriam* s’est lancée dans un premier régime. Bien mal lui en a pris : alors qu’elle était de corpulence normale à cette époque, une succession de régimes ratés lui ont fait prendre 78 kilos. Avec ses 140 kg, Myriam souffre maintenant d’obésité morbide. Ces échecs à répétition, ces kilos que l’on perd et que l’on reprend de plus belle, Michel Desmurget, chercheur en neurosciences, les a lui aussi vécus : « Après 3 ou 4 régimes célèbres, comme Atkins ou Dukan, je me suis retrouvé à 129 kg. Ces variations de poids ont complètement détraqué mon métabolisme. J’ai fini par me demander si j’étais stupide ou si quelque chose clochait avec ces régimes… » Pour en avoir le cœur net, il décide de se plonger dans la littérature scientifique. Afin de « substituer aux illusions trompeuses l’étude des faits scientifiques », comme il le présente dans son livre L’anti-régime – Maigrir pour de bon, paru aux éditions Belin en 2015.

Regime2

Quels mécanismes permettent de réguler le poids corporel ? Comment évoluent-ils lors d’une période de restriction alimentaire ? Existe-t-il un moyen de perdre du poids durablement ? En lisant des centaines de publications scientifiques, Michel Desmurget a trouvé des réponses qui l’ont mis en colère. Car les études de cohorte avec des suivis à long terme montrent que les régimes aboutissent à un échec dans 90 à 95 % des cas. « Dans la communauté scientifique, plus personne ne doute de l’inefficacité des régimes. Alors que les magazines continuent à nous vendre des recettes miracles. C’est effarant », s’exclame-t-il. Un énorme taux d’échec que le chercheur a décrypté.

« Si l'on rate un régime, ce n'est pas par manque de volonté, affirme-t-il. En réalité, c'est un échec biologiquement programmé. »

Autrement dit, notre corps est programmé pour combattre la dénutrition. Une capacité exceptionnelle qui a certainement contribué à la survie de l’espèce, mais qui se retourne contre toute personne qui entreprend un régime. Car notre corps ne fait pas la différence entre un régime et une famine. Pour lui, le régime est une menace face à laquelle il va mettre en place, à différents niveaux, des mécanismes de défense sophistiqués. Déjà, le système hormonal réagit : la ghréline, qui agit sur le cerveau pour stimuler la prise alimentaire, augmente. Quand à la leptine qui, à l’inverse, tend à diminuer la prise alimentaire, elle voit sa concentration baisser. « D’autres ajustements se mettent en place au niveau du système périphérique, précise Michel Desmurget. Par exemple, certains capteurs, comme celui qui informe le cerveau sur le niveau d’étirement de l’estomac, se débranchent partiellement. » Ainsi, l’information ne remonte plus aussi bien au cerveau. Un dernier niveau d’adaptation se joue au niveau cérébral. Le système qui agit sur la motivation et l’attention se focalise sur les stimuli alimentaires : « Si bien que la moindre croûte de pain devient un objet de convoitise », explique le neuroscientifique. Tandis que les circuits qui nous permettent normalement de résister aux tentations se désengagent.

Pour ne rien arranger, ces mécanismes sont tenaces : ils se maintiennent tant que les kilos ne sont pas repris. « Quand la machinerie métabolique est enclenchée, on ne peut pas lutter. Des études montrent qu’il n’existe pas de lien entre le niveau de volonté d’un sujet (mesuré par des échelles adaptées) et la réussite d’un régime », souligne le chercheur. Alors, existe-t-il un moyen de perdre du poids durablement ? « Oui, si l’on fait un peu plus d’exercice physique et que l’on réduit faiblement sa prise alimentaire, de l’ordre de 10 à 15 % seulement. On passe alors sous le radar de contrôle du poids, si bien que les mécanismes de régulation ne s’enclenchent pas. » Ses conseils : marcher tous les jours, ne pas manger en faisant autre chose, utiliser de petites assiettes, faire ses courses avec une liste, dormir suffisamment, ne pas laisser de nourriture à vue… De petites choses, qui mises bout à bout, permettraient de maigrir graduellement et pour longtemps.

Recevoir notre newsletter
Le recaptcha n'est pas correctCe champ ne peut pas être videAdresse email invalide